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Qu’arrivera-t-il
après l’assassinat de Qassem Soleimani par les USA ?
Par Elijah J. Magnier

lundi 6 janvier 2020, par Comité Valmy


Qu’arrivera-t-il après l’assassinat
de Qassem Soleimani par les USA ?

Les USA n’avaient pas prévu tuer le commandant adjoint des Hachd al-Chaabi irakiens Abou Mahdi al-Muhandes en assassinant le brigadier général iranien Qassem Soleimani à 23 h jeudi, heure locale, à l’aéroport de Bagdad. Habituellement, lorsque Soleimani arrivait à Bagdad, il était accueilli par le commandant de la sécurité Abou Zeinab al-Lami, un sous-officier d’al Muhandes. Mais comme al-Lami était à l’extérieur de l’Irak, al-Muhandes l’a remplacé. Le plan des USA était d’assassiner un général iranien en sol irakien, mais pas un officier de haut rang irakien. En tuant al-Muhandes, les USA ont violé leur obligation établie par traité de respecter la souveraineté de l’Irak et de limiter leurs activités à l’entraînement et au partage de renseignements de sécurité pour combattre le groupe armé « État islamique » (Daech). Ils ont aussi violé leur engagement de s’abstenir de survoler l’Irak sans permission des autorités irakiennes.

Le double assassinat embarrasse les USA et l’Irak. L’embarras des USA est évident par le simple fait que les déclarations officielles de Pompeo, Esper et compagnie ne font aucune mention du meurtre d’Abou Mahdi al-Muhandes. Du côté irakien, le premier ministre par intérim Adel Abdel Mahdi a été forcé de convoquer une réunion spéciale du parlement irakien pour discuter du retrait des forces US de l’Irak. Mais il sera difficile de parvenir à un consensus appelant au départ des troupes US.

Si jamais le parlement irakien adoptait une résolution en ce sens, elle frapperait durement les USA. Le ressentiment anti-USA n’est pas généralisé parmi les politiciens irakiens et les dirigeants du pays sont divisés à propos de la présence des USA. C’est d’ailleurs l’une des principales raisons pourquoi les USA se sentaient en confiance de liquider Soleimani en sol irakien.

Les USA ont changé les règles d’engagement. Ils ont décidé d’assassiner Soleimani pendant qu’il était en Syrie, après une visite éclair au Liban, alors qu’il s’apprêtait à prendre un vol commercial à l’aéroport de Damas pour se rendre à Bagdad. La machine à tuer des USA a attendu qu’il atterrisse à Bagdad et a suivi ses mouvements lorsqu’il est monté à bord d’une voiture au pied de l’avion. Les USA ont frappé les deux voitures transportant Soleimani et l’équipe chargée de la protection d’al-Muhandes alors qu’elles étaient toujours à l’intérieur du périmètre de l’aéroport et qu’elles ralentissaient à l’approche du premier point de contrôle.

Les dirigeants iraniens espèrent que le parlement irakien demandera aux forces US de quitter l’Irak. Cette décision pourrait être prise si Moqtada al-Sadr joint les voix de ses 53 députés à celles de la coalition Al-Bina’, ce qui suffirait pour obtenir les 165 votes favorables requis. Les députés kurdes, la plupart des députés sunnites et ceux des chiites Ammar al-Hakim et Haidar al-Abadi ne voteront pas en faveur du retrait des USA.

Mais peu importe l’issue du vote, les forces US ne seront plus en sécurité en Irak, y compris à l’intérieur des bases militaires où elles sont déployées. Un danger ou un tueur pourrait les guetter partout, ce qui limitera la liberté de mouvement des militaires américains.

Iran serait ravi si les groupes irakiens décidaient de frapper les forces US et de les pourchasser où qu’ils soient. Cela rappellerait les premiers heurts entre l’Armée du Mahdi et les forces US à Nadjaf en 2004-2005.

Lors de la première réunion du Conseil suprême de sécurité nationale iranien après l’assassinat de Soleimani, le guide de la Révolution iranienne Sayyed Ali Khamenei a déclaré qu’« il est important que notre réponse soit forte, grave et claire ». Cela signifie que Sayyed Khamenei veut cette fois que le monde sache que c’est l’Iran, et non ses alliés, qui exercera les représailles contre les forces US, ce qui constitue un affrontement direct que l’Iran cherchait à éviter par le passé.

Des sources bien informées ont affirmé que « les choix de l’Iran sont variés et ce n’est pas les objectifs qui manquent dans la région et à l’étranger ».

Selon les sources, « l’Iran peut couler un navire US avec plus de 100 personnes à bord ou tuer un officier de haut rang américain du même niveau que Soleimani. Dans les deux cas, la situation s’envenimera et l’Iran devrait être prêt à y répondre ».

Tout laisse croire que cela se passera sur le théâtre irakien. Les USA ont travaillé fort pour faire sortir l’Iran de l’Irak et l’Iran cherche maintenant à évincer les forces US de l’Irak en raison de la conduite des USA. Tel est pris qui croyait prendre. Mais la réalisation de cet objectif ne se fera pas sans complications.

Même si le parlement irakien décide d’expulser les forces US, elles peuvent toujours se replier sur le Kurdistan irakien et prendre leurs distances de Bagdad, en soutenant du même coup l’indépendance du Kurdistan.

Ce qui est sûr, c’est que les alliés de l’Iran en Irak recevront un soutien illimité dans leur lutte contre les forces US, où qu’elles soient. Le premier objectif de l’Iran est de renvoyer les soldats américains chez eux dans des sacs de plastique, surtout avant les élections aux USA.

La balle est dans le camp de l’Iran. Washington a envoyé des lettres par l’entremise de l’ambassade suisse à Téhéran indiquant qu’il « ne souhaite pas la guerre, ni une escalade ». L’Iran a répondu qu’il « n’est plus question de négociations avec cette administration ; l’assassinat de Soleimani sera puni ».

Mais l’Iran est reconnu pour son pragmatisme et trouvera probablement un moyen de régler cette crise sans aller en guerre. Trump pousse l’Iran en dehors de sa zone de confort en l’obligeant à répondre par un assassinat similaire à celui que les USA viennent de perpétrer. L’an dernier, l’Iran s’est gardé d’abattre un avion-espion américain avec 38 officiers à bord. Il est peu probable qu’il fasse preuve d’une telle indulgence dans un avenir proche.

L’Iran juge que les USA ont déclaré la guerre au pays, ce qui nécessite une « réponse nucléaire ». Dans quelques jours, l’Iran devrait annoncer un pas de plus vers son retrait de « l’accord sur le nucléaire » que le président Trump a violé et déchiré en 2018.

L’Iran ne précipitera probablement pas les choses. Il est plus probable qu’il laisse les USA attendre une attaque possible sur de nombreux fronts, ce qui se répercutera sur leurs finances et les mesures de sécurité déployées pour protéger leurs forces, leurs commandants et leurs VIP. La riposte iranienne sera songée et précise, mais cherchera à éviter d’entraîner l’Iran et le Moyen-Orient dans une guerre généralisée. Il est peu probable que la riposte de l’Iran déclenche une réponse rapide des USA.

 : @ejmalrai Traduction : Daniel G

Traduction : Daniel G.

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Middle East Politics


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