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L’interview du président Bachar Al-Assad au magazine français Paris Match

samedi 30 novembre 2019, par Comité Valmy



Damas-SANA/Le président Bachar al-Assad a affirmé que la guerre contre le terrorisme en Syrie n’était pas encore terminée malgré la progression considérable accomplis, ajoutant que le terrorisme existe toujours dans les régions du nord et que le soutien fourni aux terroristes se poursuit de la part de la Turquie, des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de la France.

Dans une interview accordée au magazine français « Paris Match », le président al-Assad a indiqué que la présence des forces françaises sur le sol de la Syrie sans l’accord de son gouvernement constitue une occupation et une forme de terrorisme.

Le président al-Assad a fait savoir qu’il n’existe aucune coopération entre la Syrie et les Etats-Unis car la Syrie ne peut pas coopérer dans la lutte contre le terrorisme avec ceux qui le soutiennent, soulignant que Bush avait tué un million et demi d’Irakiens sous le titre de démocratie et que Sarkozy avait contribué au meurtre des centaines de milliers de Libyens.

Le président al-Assad a souligné que tous les terroristes dans les zones contrôlées par l’Etat syrien seront soumis à la loi syrienne.

Voici le texte intégral de l’interview :

Journaliste : Il y a cinq ans presque jour pour jour que je vous ai rencontré. C’était en novembre 2014, votre gouvernement ne contrôlait plus qu’un tiers du pays. Aujourd’hui vos armées sont de retour à la frontière turque. Avez-vous le sentiment d’avoir gagné la guerre ?

Le président : Je voudrais être très précis sur ce point. Ce n’est pas ma guerre, que je la gagne ou que je la perde. La version occidentale tentait de la présenter comme la guerre du président qui cherchait à garder son poste. C’est une guerre nationale, celle des Syriens contre les terroristes. C’est vrai que depuis, comme vous l’avez dit, nous avons beaucoup avancé, mais ça ne veut pas dire que nous avons gagné. Nous vaincrons lorsqu’il n’y aura plus de terrorisme. Or, le terrorisme existe toujours dans des régions du nord. Ce qui est encore plus dangereux c’est qu’il bénéficie toujours de soutiens de la part de la Turquie et des pays occidentaux, que ce soit les Etats-Unis, la Grande Bretagne, et notamment la France. Il est donc encore tôt pour parler de victoire.

Journaliste : Vous pensez honnêtement que la France continue de soutenir les terroristes ?

Le président : Evidemment. Ils ont envoyé des armes par le passé. Je ne sais pas si au cours des derniers mois, ou peut-être l’année dernière, il y a eu un vrai changement à ce sujet. Nous ne disposons pas de données actuellement. Mais regardons les choses dans leur contexte général. Lorsque les forces françaises viennent en Syrie sans y être invitées par le gouvernement légitime, c’est de l’occupation. Il n’y a pas une grande différence entre le soutien du terrorisme et l’acheminement de forces militaires dans le but d’occuper un pays, le contexte est le même.

Journaliste : Mais les français sont venus en appui des Kurdes qui combattaient Daech, c’était le sens de leur mission. Le président : Mais est-ce que nous pouvons envoyer des forces syriennes en France pour combattre le terrorisme, en France, sans y être invitées par le gouvernement français ? Seul le droit international régit le comportement des états dans le monde, pas les intentions. Il ne suffit pas de vouloir combattre le terrorisme, il faut observer les règles internationales pour le faire. Bien sûr, je suppose que, dans ce cas-là, les intentions sont bonnes ; mais nous n’y croyons pas vraiment. Le gouvernement syrien combattait Daech. Pourquoi ne pas avoir soutenu le gouvernement syrien ? Pourquoi les gouvernements français combattent-ils Daech, alors qu’ils soutiennent Al Nousra ? Tous les deux sont des terroristes !

Journaliste : Vous faites référence à l’époque du gouvernement Hollande où il y a eu des livraisons d’armes aux rebelles syriens. Ce gouvernement souhaitait votre élimination. Son ministre des affaires étrangères Laurent FABIUS avait dit à l’époque que vous ne mériteriez pas d’être sur terre. Qu’en est-il avec Emmanuel MACRON. Avez-vous constaté un changement quelconque dans les positions de la France ?

Le président : Dans la forme, oui. Mais tant que l’occupation demeure, c’est une forme de terrorisme. Nous devons reconnaitre cette vérité. Nous devons donc parler d’un changement dans le contenu et non dans la forme. Les déclarations ne nous intéressent pas, c’est sur le terrain que les choses doivent changer.

Journaliste : Comment voulez-vous qu’elles changent ?

Le président : Il faut tout simplement revenir au droit international, rien qu’à cela. Nous ne demandons rien au gouvernement français. Nous ne lui demandons même pas un soutien, ni politique, ni économique, ni sécuritaire. Nous n’en avons pas besoin. Nous pouvons gérer nos propres affaires. Mais nous voulons qu’il retourne à un ordre mondial qui n’est plus respecté, car c’est le chaos qui règne. Qu’ils soutiennent ou non le président ne m’intéresse pas. Dire qu’il est bon ou mauvais, ne m’intéresse pas non plus. C’est une question purement syrienne. Mais qu’ils arrêtent de soutenir tout ce qui est susceptible de répandre davantage le sang, de multiplier les tueries et d’accroitre la souffrance en Syrie.

Journaliste : la France fait face à un délicat problème avec ses djihadistes partis combattre en Syrie. Est-ce que vous en avez dans vos prisons ?

Le président : Indépendamment des nationalités, il faut solliciter s’en remettre aux services compétents qui disposent des statistiques nécessaires. Mais de toute manière, s’il y en a, ils seront soumis à la loi syrienne.

Journaliste : Mais vous savez forcément s’il y a des français dans vos prisons.

Le président : Je n’ai pas de chiffres. Pour ce qui nous concerne, un terroriste c’est terroriste, qu’il soit français ou syrien, le résultat est le même.

Journaliste : Vous avez pour le moment un accord militaire, et on y reviendra après, avec les Kurdes du YPG. Si vous concluez un accord politique, le gouvernement syrien reprendra le territoire du nord et notamment ses prisons. Que comptez-vous faire dès lors des quelques 400 djihadistes français que les kurdes ont dans leurs prisons.

Le président : Toute personne terroriste qui se trouve dans les régions contrôlées par les forces syriennes sera soumise à la loi syrienne. La loi syrienne est très claire vis-à-vis du terrorisme. Ils seront donc traduits en justice, et nous avons des tribunaux spécialisés en matière de terrorisme.

Journaliste : Et vous n’envisagerez pas, par exemple, de les renvoyer en Europe, comme le fait Recep Tayyip Erdogan ?

Le président : Erdogan tente de faire chanter l’Europe. Quelqu’un qui se respecte ne parle pas de cette manière. Il y a des institutions et des lois. Renvoyer vers un autre pays les terroristes ou toute personne qui a été jugée et condamnée, est soumis à des accords bilatéraux entre les états. Quant au fait de sortir de prison quelqu’un que vous savez être un terroriste, et le renvoyer chez lui pour qu’il tue des civils, c’est un acte immoral.

Journaliste : Après huit ans de guerre, vous allez vers la victoire sur des décombres, la moitié des syriens sont déplacés ou en exil, 400 mille personne ont perdu la vie. Est-ce que vous reconnaissez que sans l’aide des Russes et des Iraniens, vous aurez perdu ?

Le président : La guerre est dure. Elle n’est pas facile. Nous ne sommes pas une grande puissance, mais nous faisions face aux plus grandes puissances et aux pays les plus riches du monde. il est tout à fait certain que le soutien des amis a diminué les dégâts et nous a aidés à récupérer les territoires. Quant à savoir si sans ce soutien, la Syrie serait aller vers la division, ou vers une défaite totale, votre question est hypothétique. Il est parfois difficile de prévoir le résultat d’un match de tennis où il y a uniquement deux joueurs. Là vous parlez de dizaines de joueurs et de centaines de milliers de combattants.

Journaliste : Est-ce qu’au cours de cette guerre, à un moment, vous avez imaginé perdre ou partir en exil ?

Le président : A vrai dire, je n’y ai pas pensé, pour la simple raison que ce choix ne se posait même pas. Seuls les responsables occidentaux l’ont proposé. Cela ne me concernait pas. Pour moi, il n’en était pas question. Je ne peux envisager à cette option que si elle émane du peuple syrien. Et quand je dis « le peuple syrien », j’entends par là la majorité, et non une minorité terroriste, ou une minorité fabriquée politiquement dans les services de renseignement étrangers, ou encore une minorité de personnes qui ont manifesté parce que le Qatar les a payées pour le faire. Pour la majorité du peuple, la question pas. C’est pourquoi j’ai résisté et je suis resté.

Journaliste : Mais en 2013, Al Nosra est arrivé jusqu’à la place des Abbasides à Damas, à quelques kilomètres de votre résidence.

Le président : C’est tout à fait vrai. La ville de Damas est restée encerclée pendant des années, parfois quasi totalement, et parfois partiellement. Les obus nous tombaient dessus quotidiennement. C’était une raison de plus pour moi de rester, de défendre mon pays, et de ne pas fuir. J’assume mes responsabilités constitutionnelles de défendre mon peuple et mon pays.

Journaliste : La reconstruction doit commencer. On estime son coût à 300 milliards de dollars, certains disent 400… Quel est votre plan pour sortir vos compatriotes du marasme en tenant compte des sanctions terribles qui visent à vous affaiblir, mais qui en réalité touchent les plus pauvres ?

Le président : Absolument ! mais malgré ces sanctions, plutôt que de s’affaiblir, l’industrie s’est développée dans certains secteurs, par exemple, dans le domaine pharmaceutique. Quant à la reconstruction, vous pouvez aller par exemple à Alep qui a été largement détruite par les terroristes, vous constaterez d’année en année, une grande différence. Car l’Etat procède à la reconstruction, ainsi que les citoyens.

Journaliste : Mais la livre syrienne est au plus bas. Il va falloir des investissements, des partenaires étrangers. Est-ce que la Chine, l’Inde et la Russie répondent présents ? Sont-ils décidés à investir vraiment ?

Le président : Durant les six derniers mois, certaines entreprises ont commencé à venir de l’étranger pour investir en Syrie. Cet investissement étranger restera lent dans ces conditions, à cause des sanctions, bien entendu. Mais il y a moyen de les contourner, et nous avons commencé, en coordination avec ces entreprises, à trouver des moyens pour s’en sortir. Elles vont prochainement investir en Syrie. Mais ça ne veut pas dire que le processus de reconstruction sera rapide. Je suis réaliste.

Journaliste : Vous l’estimez à combien d’années ?

Le président : ça dépendra du temps que les sanctions dureront ; ça dépendra aussi du retour de nos citoyens. Ils sont en train de revenir en ce moment, mais progressivement. Il m’est donc difficile de donner une réponse précise à ce sujet. Mais c’est un processus qui prendra évidemment des années.

Journaliste : Combien de Syriens sont rentrés ?

Le président : Plus d’un million en moins de deux ans. Et les choses s’accélèrent à présent, notamment après la libération de Damas, de la région sud et de sa périphérie. Bien sûr le retour des Syriens dépend aussi de la réhabilitation de l’infrastructure, comme de l’électricité, des écoles et des hôpitaux. Malheureusement, les sanctions et le blocus pèsent lourdement sur ces secteurs en particulier. Dans le même temps, les occidentaux exercent une grande pression sur les réfugiés pour qu’ils ne rentrent pas dans leur pays, car c’est une question « humanitaire » qu’ils brandissent comme une carte pour atteindre leurs objectifs politiques.

Journaliste : Certains de ces réfugiés sont partis parce qu’ils vous étaient opposés, qu’ils ont subi des horreurs pendant cette guerre, parfois de la part de votre armée. Allez- vous décréter une amnistie ? La réconciliation est-elle encore possible ?

Le président : D’abord la plupart de ces réfugiés soutenaient l’Etat et non le contraire ; preuve en est les élections présidentielles de 2014, auxquelles ils ont participé, et ils ont voté pour le président. La majorité a émigré à cause de la guerre et de ses séquelles économiques. Donc pour ce qui est du retour, il n’y a aucun problème. Certains reviennent tout naturellement et sans qu’une amnistie ne soit décrétée, d’autres sont des opposants, mais, il n’y a aucun problème, et nous dialoguons constamment avec eux. Quant à l’amnistie, nous l’avons décrétée à plusieurs reprises, la dernière il y a moins d’un an, car certains craignent de revenir de peur d’être arrêtés. Seuls ceux qui ont porté des armes seront arrêtés. Et malgré cela, ils sont graciés.

Journaliste : L’année dernière au moment de la chute de la Ghouta, j’ai pu parler à des rebelles qui partaient vers Idlib. Les officiers syriens leur disaient : baissez les armes, n’allaient pas à Idlib, vous allez vous faire tuer. Eux répondaient : vous allez nous incorporer dans l’armée, donc on ne veut pas aller avec vous. Ils avaient peur d’être incorporés dans l’armée. Qu’est-ce que vous leur dites ? Pourquoi cette peur ?

Le président : Parlons des faits. Certains de ceux qui sont allés à Idlib, nous ont laissés leurs familles. Et nous, en tant qu’Etat, nous prenons soin de ces familles. Ça veut dire qu’ils n’ont pas peur de nous ; autrement, comment auraient-ils laisser leurs familles derrière eux ? Par ailleurs, certaines de ces personnes armées sont allées à Idlib. Ils ont demandé à revenir, et nous leur en avons donné la permission. Ils ont été amnistiés. on avait dit à la plus grande partie d’entre eux que l’armée allait les tuer, et cela pendant sept ans, alors qu’ils étaient isolés de l’Etat. Mais depuis que l’armée est entrée dans la Ghouta, la vie a repris son cours. Les gens mènent une vie normale. Il faut savoir que certains d’entre eux ont pris les armes non pas parce qu’ils étaient des extrémistes, mais parce qu’ils n’avaient pas d’autres choix que de combattre du côté des terroristes, ou d’être tués par eux. Maintenant ils reviennent progressivement à nous, parce qu’ils ont été rassurés.

Journaliste : L’Iran votre allié est aujourd’hui en proie à un grand soulèvement. Le Liban également, l’Irak. Les manifestants réclament la dignité et l’arrêt de l’accaparement des richesses par un petit nombre. N’était-ce pas finalement ce que réclamaient aussi les manifestants syriens en 2011 ?

Le président : Arrêtons-nous un instant sur les slogans de dignité, de liberté… qu’ils scandent. Ils peuvent être de beaux masques qui cachent cependant la laideur. Je vous donne des exemples : Bush a tué un million et demi d’irakiens derrière le grand slogan de la démocratie. Sarkozy a contribué au meurtre des centaines de milliers de libyens, en se cachant derrière le slogan de la liberté pour le peuple libyen. Aujourd’hui la France, la Grande Bretagne et les Etats unis violent le droit international sous prétexte de vouloir soutenir les Kurdes, or les Kurdes font partie du peuple syrien. Ce sont des Syriens et non un peuple à part. En 2011, en Syrie, il y avait les mêmes slogans levés en faveur de la dignité et de la liberté. Ce sont ces mêmes slogans qui ont été utilisés pour tuer des policiers et des civils, et saboter les propriétés publiques. Nous devons donc ne pas nous occuper des slogans, mais de la réalité des faits sur le terrain

Journaliste : au début, il y avait un soulèvement populaire, il y avait de réelles revendications. Ça n’était pas al Qaëda. Pourquoi avoir utilisé la force ?

Le président : Donnons des chiffres d’abord. La plus grande manifestation qui a eu lieu en Syrie comptait 170 mille personnes. Supposons que ce chiffre n’est pas exact. Multiplions-le plusieurs fois jusqu’à atteindre un million de manifestants. Le peuple syrien compte plus de 23 millions d’habitants. Ces chiffres ne sont pas significatifs… ils ne révèlent rien. Du point de vue quantitatif, il ne s’agissait pas d’un soulèvement populaire. On ne peut parler d’un soulèvement populaire lorsque les fonds viennent du Qatar pour pousser les gens à manifester ; et enfin, ni moi, ni le gouvernement n’auraient pu rester en place pendant 9 ans face à un soulèvement populaire. Preuve en est, malgré tout son soutien, l’Occident n’a pas pu maintenir au pouvoir le Chah d’Iran. Donc, le terme « soulèvement populaire » est faux, ou disons irréaliste.

Journaliste : Au début de la guerre, en juin 2011, vous avez fait libérer un certain nombre de détenus de la prison de Sédnaya. On vous accuse de l’avoir fait pour introduire le poison djihadiste dans l’opposition. Pourquoi avez-vous fait ça ?

Le président : Nous décrétons une amnistie pour les prisonniers en Syrie. C’est une règle générale appliquée depuis avant la guerre. Lorsqu’une amnistie est décrétée, on précise les catégories de personnes qu’elle ne couvre pas, par exemple les espions, les trafiquants de drogue, et autres… en général ne sont pas couverts par l’amnistie. Dans notre loi, il n’y a pas de catégorie qui s’intitule « les radicaux ». L’amnistie doit donc couvrir tout le monde. Il y a aussi d’autres cas de prisonniers qui sont sortis de la prison, précisément en 2011, parce qu’ils avaient purgé leurs peines, et non parce qu’ils étaient amnistiés. Pourquoi faire libérer les intégristes et les terroristes ? pour qu’ils tuent l’armée syrienne et les civils ? selon la version occidentale, je l’ai fait pour diaboliser les manifestations pacifiques. Mais en réalité, ils se sont diabolisés eux-mêmes lorsqu’ils ont diffusé sur internet des vidéos qui les montraient en train d’exécuter des civils en les égorgeant, en les fusillant, et en fusillant des policiers dès les premiers jours. Telle est la vérité concernant la libération des prisonniers.

Journaliste : J’ai évoqué Sédnaya. Il existe aussi en Syrie d’autres centres carcéraux. Des documentaires, notamment celui de ma confrère Manon Loiseau « le cri étouffé » met en avant le fait que des viols systématiques ont été pratiqués dans ces prisons, qu’en dites- vous ? Reconnaissez-vous que ces traitements existent ?

Le président : Il y a une différence entre le fait de parler d’une politique qui est appliquée, et le fait qu’il y ait des fautes individuelles. Le viol et le harcèlement sexuel, ne sont pas fréquents dans notre société. Mais de tels actes, s’ils existent, sont condamnés et punis par la loi. Ce sont des cas isolés et individuels.

Mais, si une telle politique existe, n’importe où dans le monde, nous la condamnons, parce qu’elle est immorale, et parce qu’elle va à l’encontre de la stabilité en Syrie. On ne peut pas parler de stabilité, ni de rapports calmes et sereins entre les citoyens, s’il y a torture, meurtre, ou toute sorte d’agression.

Journaliste : Précisément, ces documentaires sont basés sur des témoignages de syriens et de syriennes qui disent que dans la société, elles ont honte, donc elles n’en parlent pas. Mais elles attestent que ça leur est arrivé.

Le président : Mais là vous parlez de récits. Le récit est une chose, les documents s’en sont une autre. Tout ce qui a été proposé, c’est des récits et des images non vérifiés. Qui sont ces témoins ? Ils étaient cachés. Dans la plupart des cas, c’est le Qatar qui a financé ces rapports. Pour les accepter, on a besoin de vérifications et d’enquêtes professionnelles. En toute logique, nous n’avons aucun intérêt à ce que ce genre de crimes soit commis. Mettons l’éthique de côté ; moi je parle de l’intérêt pur et simple.

Ça va à l’encontre de notre propre intérêt, pourquoi donc le faire ? quel résultat peut-on obtenir de la torture ? la vengeance ? si vous allez dans les régions qui étaient contrôlées par l’opposition, vous allez voir exactement le contraire. Nous ne sommes pas schizophrènes pour torturer les gens ici et être indulgents ailleurs. Ce ne sont que des allégations politiques.

Journaliste : j’insiste. Ce ne sont pas des témoins produits par le Qatar, ce sont des gens qu’on a rencontrés dans des camps de réfugiés, souvent en Turquie ou en Jordanie, qui ont donné ces témoignages-là à une journaliste qui est digne de confiance, qui n’est pas téléguidée, qui n’a pas un agenda politique.

Le président : Qu’est-ce que la “confiance” vient faire dans ce genre de choses ? il y a des mécanismes. Il y a des informations bien vérifiées et non de simples récits. Qui a vérifié la véracité de ces récits ? Qui a vérifié qui sont vraiment ces témoins, et s’’ils ont bien subi ce genre de choses. Je peux en discuter avec vous quand je dispose de faits mais pas quand il s’agit de rumeurs et de récits. Si c’est vérifié, ceux qui ont commis de tels actes seront jugés par la loi syrienne, ce qui est parfaitement normal.

Journaliste : Donald Trump a cité la Syrie dans ses remerciements au moment de la mort d’Abou Bakr Al Baghdadi. Est-ce que vous avez donné une information aux américains ? est-ce que vous saviez où il était ?

Le président : Cela me fait toujours rire quand on me pose cette question. Le plus important est de savoir si vraiment Abou Bakr Al Baghdadi a été tué ou non, et si cette belle comédie présentée par les américains a vraiment eu lieu.

Journaliste : mais Daech l’a reconnu !

Le président : Oui bien sûr, mais Daech a été fabriqué par les américains. Il fait partie de cette comédie. Baghdadi a appris à jouer son rôle lorsqu’il était dans les prisons américaines en Irak. C’est pourquoi je dis que c’est une grande comédie. Est-ce que ça a vraiment eu lieu ? je ne sais pas. Ça ne veut pas dire qu’il n’a pas été tué, mais s’il l’a été ce n’est pas parce qu’il était terroriste. Ils étaient capables de frapper Daech lorsqu’il volait le pétrole syrien vers l’Irak, mais ils ne l’ont pas fait. Et lorsque Daech a attaqué l’armée syrienne à Deir Ezzor, les américains ont frappé l’armée syrienne et non Daech. Par conséquent, nous n’avons pas collaboré avec les américains en quoique ce soit. Nous ne pouvons pas collaborer dans la lutte contre le terrorisme avec ceux qui soutiennent le terrorisme.

Journaliste : Pourquoi vous a-t-il remercié alors ?

Le président : c’est une de ses plaisanteries. C’est une blague…

Journaliste : lors de notre entretien, vous m’aviez certifié n’avoir jamais utilisé d’arme chimiques, notamment dans la Ghouta en 2013. Depuis, il y a eu Khan Cheikhoun, il y a eu Douma. Pourquoi cette accumulation de preuves sur votre usage ou sur l’usage par vos armées des armes chimiques ?

Le président : Non, non, il n’y a pas une seule preuve jusqu’à présent. Utiliser une telle arme aurait fait des centaines, voire des milliers de victimes, ce qui n’a pas eu lieu Quant à l’accumulation, elle est d’abord due au fait que l’armée syrienne avançait et réalisait des victoires contre les terroristes ; donc, il fallait absolument trouver un prétexte pour frapper notre armée, et c’est bien ce qui s’est passé.

Ce récit était utilisé dans deux cas : Soit que nous avions beaucoup progressé et qu’il fallait qu’on nous arrête. On s’en servait alors comme une menace contre nous. Soit que nous étions en train de préparer une grande opération, alors ils proféraient des menaces avant que l’opération ne soit lancée.

D’autre part, puisque nous avancions, pourquoi aurions-nous besoin d’armes chimiques ? Telle est la question ? Le point le plus important est que là où nous entrons, il y a des civils, et leur vie reprend son cours normal. Comment y ont-ils pu rester si nous avions fait usage d’armes chimiques ? Sur ce sujet, les mensonges dans les médias occidentaux et la politique occidentale sont sans limites.

Journaliste : Merci


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