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Laurent Bouvet : « Yassine Belattar
ne pouvait que poser problème à Emmanuel Macron »
Par Paul Sugy

vendredi 25 octobre 2019, par Comité Valmy


Laurent Bouvet : « Yassine Belattar
ne pouvait que poser problème à Emmanuel Macron »

FIGAROVOX/ENTRETIEN - L’humoriste Yassine Belattar a fait polémique en déclarant : « si j’étais Blanquer, j’éviterais de mettre les pieds dans le 93 ». Il a démissionné du conseil présidentiel des villes, où il avait été nommé par le chef de l’État.


Laurent Bouvet est professeur de science politique à l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Il a notamment publié L’Insécurité culturelle chez Fayard en 2015. Son dernier essai, La nouvelle question laïque, est paru chez Flammarion en janvier 2019.


FIGAROVOX.- L’humoriste Yassine Belattar a déclaré ce mardi matin sur RFI : « si j’étais Blanquer, j’éviterais de mettre les pieds dans le 93 ». Est-il allé trop loin ?

Laurent BOUVET.- Ces mots sont tout simplement scandaleux. En tant que tels déjà, car ils constituent une forme de menace à l’encontre d’un représentant de l’État et en raison du statut de celui qui les prononcent. Yassine Belattar a en effet occupé jusqu’à récemment des fonctions dans un conseil créé par le président de la République. Au-delà, cela témoigne d’un sentiment d’impunité ressenti par celui qui nous est présenté comme « humoriste » alors qu’il s’agit d’un acteur politique, engagé dans le débat public pour défendre certaines idées. Il rappelle à bien des égards le parcours d’un Dieudonné par exemple.

Ses mots traduisent-ils malgré tout un certain état d’esprit de sécession dans des quartiers où l’on vit, comme le craignait déjà Gérard Collomb, « face à face » ?

Disons que Belattar présume ici une certaine spécificité de la Seine-Saint-Denis, validant par ses propos les pires clichés qui courent sur ce département ! Et en particulier, celui de la sécession de certains quartiers, de ces « territoires perdus de la République » pour reprendre le titre d’un livre célèbre. Ce qui est très étrange de la part de celui qui se présente comme un porte-voix de ces quartiers dans le débat public. S’il est évident qu’il existe dans certains quartiers, de la part de certains acteurs locaux, une aspiration à la sécession, qu’elle soit de nature criminelle ou de nature religieuse, l’immense majorité de la population qui y vit, le plus souvent par obligation et non par choix, réclame elle davantage de présence de l’État et de la République. On signalera d’ailleurs, du point de vue de l’Éducation nationale, et sans vouloir nier les difficultés qui ont conduit récemment à des drames tel que le suicide de cette directrice d’école à Pantin, que ce sont ces mêmes quartiers en difficulté qui sont les premiers concernés par exemple par la réduction des effectifs d’élèves dans les petites classes mise en œuvre par Jean-Michel Blanquer.

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Je ne suis pas certain que Belattar puisse
s’ériger en porte-parole des musulmans.

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Emmanuel Macron a-t-il fait une erreur en le nommant au conseil présidentiel des villes, dont il vient de démissionner en signe de protestation face à l’inaction du gouvernement devant la montée du communautarisme ?

Je fais partie des gens qui avaient été étonnés par cette nomination parce qu’à l’époque Belattar avait déjà montré par son attitude comme par ses déclarations qu’il ne pouvait que représenter un problème pour le président la République. Précisément ce dont celui-ci n’a aucun besoin. La démission médiatisée par Belattar du conseil et ses déclarations dont il est question ici montrent combien la décision de le nommer avait été prise de manière sans doute un peu rapide. Ce qui intéresse en effet ce genre de personnage, c’est moins l’action publique et le service de l’État que la promotion individuelle et les facilités de tous ordres permises par le lien personnel tissé avec le chef de l’État. Je note d’ailleurs que cette démission correspond au moment où Belattar remonte sur scène. Une forme de coup de pub communautariste n’est donc pas exclu ici.

Dans une lettre ouverte, il demandait à Emmanuel Macron de « légaliser les musulmans ». Se fait-il en cela le porte-parole d’une demande de reconnaissance légitime au sein de la communauté musulmane ?

Il s’agit d’une bien étrange formule. Au-delà du bon mot, « légaliser les musulmans avant de légaliser le cannabis », cela valide les thèses indigéniste et islamiste selon lesquelles les musulmans en France seraient traités différemment du reste de la population. Je ne suis donc pas certain que Belattar puisse s’ériger en porte-parole des musulmans. Notamment parce que nombre de nos concitoyens de religion ou de culture musulmane auront sans doute beaucoup de mal à se reconnaître dans ses postures agressives et surtout dans les thèses radicales qu’il défend.

Par ailleurs, il fait l’objet de plusieurs plaintes, c’est le style du personnage : insultant, menaçant, se croyant tout permis parce que protégé par son amitié avec le président de la République… Nous sommes très nombreux à en avoir fait les frais sur les réseaux sociaux notamment. Il est plutôt sain qu’il soit mis fin à ce sentiment d’impunité, qu’il soit mis un coup d’arrêt à ce genre de dérives. Tout le monde s’en portera mieux.

Paul Sugy
22 octobre 2019


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