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L’ennemi commun des peuples

Trump met fin à la guerre en Afghanistan
Par M. K. Bhadrakumar

mercredi 24 juillet 2019, par Comité Valmy


Trump met fin à la guerre en Afghanistan

Il y a plusieurs façons d’interpréter la décision du département d’État des États-Unis mardi de classer l’Armée de libération de Baloutchistan (ALB) comme Specially Designated Global Terrorist ( Organisation considérée comme terroriste à l’échelle mondiale), qui impose des sanctions économiques au groupe et à toute personne qui lui est affiliée. Ce qui est absolument certain, c’est qu’il ne s’agit pas d’une décision altruiste de la part de Washington.

L’ALB est basée en Afghanistan et mène une lutte armée violente contre le Pakistan depuis une décennie et demie pour défendre le droit à l’auto-détermination du peuple baloutche et exiger la séparation de la province du Baloutchistan du Pakistan, en plus d’être impliquée dans le nettoyage ethnique des minorités non baloutches au Baloutchistan.

Curieusement, le calendrier de l’ALB, à partir de 2004, a coïncidé avec l’occupation américaine de l’Afghanistan. Il est inconcevable que les forces américaines et celles de l’OTAN aient ignoré les activités subversives de l’ALB et qui en étaient les mentors. Tout ce temps, Islamabad a crié sur tous les toits que ses adversaires instrumentalisaient le groupe comme un proxy pour déstabiliser le Pakistan.

Autrement dit, il convient de noter que la décision du département d’État interdisant l’ALB a été prise à un moment opportun. Pourquoi maintenant, à ce stade ?

C’est un moment extraordinaire où presque tout et n’importe quoi de ce que les États-Unis font dans le Grand Moyen-Orient est lié à l’Iran avec lequel ils sont verrouillés dans une rivalité historique. Est-il possible que par ce geste, Washington espère recruter des militaires et des agents de renseignement pakistanais pour renforcer encore sa stratégie de «  pression maximale » contre l’Iran ? On ne peut pas évacuer cette possibilité.

Bien sûr, cela ne veut pas dire que le Pakistan prendra des mesures hostiles contre l’Iran. Bien que les relations entre le Pakistan et l’Iran aient été très problématiques au cours des quatre dernières décennies, depuis la Révolution islamique de 1979, et que leur hostilité mutuelle ait débordé de temps à autre, les choses n’ont jamais atteint un point de bascule, car les deux parties ont observé certaines règles de base permettant de savoir jusqu’où aller et quoi ne pas faire. Dans le contexte actuel, le Pakistan fera tout son possible pour ne pas se retrouver coincé entre les États-Unis et l’Iran.

Cela dit, il y a une convergence vitale entre les États-Unis et le Pakistan sur l’Iran qui ne peut être négligée non plus. Du moins, quand il s’agit de la situation afghane. L’Iran a affirmé clairement que si les États-Unis l’attaquaient, il riposterait contre les actifs américains dans toute la région. Or il y a eu dernièrement au moins deux déclarations venant de hauts fonctionnaires américains, selon lesquelles l’Iran s’attaquait aux actifs américains en Afghanistan. L’Iran, bien sûr, a catégoriquement rejeté cette accusation, mais les États-Unis sont paranoïaques, et non sans raison. Le fait est qu’en plus des liens traditionnels avec les groupes chiites en Afghanistan, Téhéran a aussi des relations avec les Talibans. Coïncidence ou non ? Washington s’est opposé à l’ALB quelques jours après un accrochage qui a eu lieu dans la province de Wardak, dans l’est de l’Afghanistan, le 26 juin, à l’occasion duquel deux soldats américains ont été tués par les Talibans dans une embuscade.

Des soldats américains ont été déployés en Afghanistan dans un pays montagneux et sans littoral depuis la fin de 2001. (Photo AFP)

L’incident a eu lieu seulement un jour après que Pompeo se soit arrêté dans la capitale afghane, Kaboul, pour une journée de discussions avec le président afghan, Ashraf Ghani, ainsi qu’avec d’autres hauts responsables et politiciens de l’opposition, sur deux sujets : les efforts continus déployés par les États-Unis pour conclure un accord de paix avec les Talibans d’une part, et le risque que l’Iran prenne des mesures qui mettraient en péril la stratégie de retrait des États-Unis hors d’Afghanistan d’autre part (Lire ici un article du magazine The Geopolitics intitulé «  Deux sujets qui dominent la visite de Pompeo en Afghanistan ».)

En fait, les États-Unis appréhendent qu’une situation extrêmement dangereuse se développe en Afghanistan au moment même où le retrait des troupes américaines s’accélère. Le président Trump a révélé dans une interview cette semaine avec Tucker Carlson à la télévision FOX que l’effectif des troupes américaines était déjà passé de 16 000 à 9 000. Trump n’a pas caché qu’il en avait fini avec la guerre en Afghanistan.

À un moment donné de l’entretien, Trump a insisté : « J’aimerais juste sortir ». Il a également affirmé qu’il avait l’intention de maintenir une « très forte » présence du Renseignement en Afghanistan. Il se fiche complètement de savoir s’il y aura un gouvernement légitime à Kaboul ou une prise de contrôle par les Talibans : il est bien loin, le temps des hésitations pénibles. À un autre moment, il a laissé entendre à Carlson, qui est aussi un critique inlassable des « guerres sans fin » de l’Amérique qu’il ne faisait plus confiance au jugement ni à l’intégrité des commandants militaires. Soit dit en passant, Carlson a accompagné Trump lors de la réunion avec Kim Jong-Un à Panmunjeom pendant que l’homme chargé de la Sécurité nationale, John Bolton, avait été envoyé en Mongolie.

C’est là que l’aide pakistanaise devient importante : le gouvernement Ghani manque de légitimité mais la tenue de l’élection présidentielle en septembre, comme prévu, dépend fortement d’un règlement avec les Talibans. Les États-Unis attendent de l’aide pakistanaise dans trois directions : premièrement, persuader les Talibans de parvenir à un accord aux pourparlers du Qatar sans tarder ; deuxièmement, permettre aux États-Unis de retirer leurs troupes rapidement et de façon ordonnée ; troisièmement, créer des conditions de sécurité politique pour faciliter un transfert pacifique du pouvoir à Kaboul. Bien sûr, c’est un défi de taille.

Les Américains savent que les Iraniens peuvent interférer en Afghanistan quand bon leur semble. Le territoire afghan relève de la Force d’élite Qods des Gardiens de la Révolution islamique iranienne, commandée par le légendaire général Qassem Soleimani, bête noire des États-Unis et d’Israël en Irak et en Syrie. Bien sûr, si Soleimani crée une situation dramatique comme au Vietnam, où le Nord-Viêtnam avait forcé les États-Unis à une retraite humiliante se terminant sur le toit de l’ambassade américaine à Saïgon, ce sera politiquement très dommageable pour Trump au milieu de sa campagne pour les élections de 2020. C’est précisément pourquoi Trump est impatient de lâcher prise et de quitter l’Afghanistan sans même attendre la mise en œuvre d’un accord de paix avec les Talibans.

Tout cela devrait constituer la morale à tirer pour les stratèges et les décideurs indiens au moment où ils ramassent les débris de leurs propre politique afghane et sa facture de 2 milliards de dollars qui, au cours des 15 dernières années, s’était fortement appuyée sur la stratégie américaine. De même, cela devrait être un signal d’alarme pour les lobbyistes indiens qui espèrent toujours s’atteler aux États-Unis dans d’autres théâtres régionaux comme le Sri Lanka, les Maldives ou le Népal. (Voir l’article US eyes Sri Lanka as its military logistics hub : les États-Unis envisagent le Sri Lanka comme leur centre logistique militaire).

Il est certain que la guerre en Afghanistan n’est pas terminée. Trump a rappelé avec émotion que les attentats du 11 septembre n’avaient pas été orchestrés par des Afghans, mais que l’Hindu Kush avait fourni aux comploteurs un « laboratoire pour terroristes ». Dorénavant, les USA n’ont plus qu’à croire sur parole les Talibans qu’une telle chose ne se répétera pas. La meilleure garantie de Washington est que le Pakistan garde un œil d’aigle pour s’assurer que les terroristes d’Afghanistan ne viendront pas rendre visite aux États-Unis.

À son tour, cela va créer une interdépendance entre les États-Unis et le Pakistan. Le renflouement par le FMI, l’interdiction de l’ALB, la quasi-certitude que le Pakistan est tiré d’affaire lors de la prochaine plénière du Financial Action Task Force (Groupe d’action financière internationale), une visite officielle du Premier ministre Imran Khan à la Maison-Blanche – constituent un point de départ du point de vue américain. Pour le reste, le Pakistan a une grande expérience dans l’établissement de conditions d’accord avec les États-Unis.

M. K. Bhadrakumar
– Le 4 juillet 2019

Traduction le Saker francophone

Source : Indianpunchline.com


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