COMITE VALMY

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L’Algérie vainqueur de la CAN :
jours de fête, tristes jours.
par Ambroise de Rancourt

lundi 22 juillet 2019, par Comité Valmy


L’Algérie vainqueur de la CAN : jours de fête, tristes jours.

Les violences dont notre pays a été le théâtre tout au long des éliminatoires de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), et l’interprétation qui en a été donnée par nos médias, en disent long sur l’ampleur de la déconnexion existant entre deux pans de la population. Les premiers s’obstinent, avec une sorte d’aveuglement volontaire empreint de désespoir – comme le mari feignant de ne pas voir que sa femme ne l’aime plus –, à ne pas voir ce qu’ils voient. Les seconds commencent à fatiguer devant l’injonction qui leur est faite, par les premiers, de ne pas voir, de ne pas dire, de ne pas observer. Et surtout, de rester indifférent à la réalité.

Deux réalités parallèles

Car les évènements ayant émaillé les éliminatoires de la CAN ne sont pas normaux. Il n’est pas normal qu’il y ait eu, en France, près de trois cents interpellations et des affrontements entre des « jeunes » et des forces de l’ordre après une victoire sportive, aussi attendue celle-ci soit-elle par un pays – l’Algérie – qui a vu dans son triomphe sportif la consolation aux maux politiques qu’il tente, depuis plusieurs mois, de traiter. Il n’est pas normal, pas plus que ne l’étaient les centaines d’interpellations qui avaient suivi la finale de la Coupe du monde de football en 2018, que des évènements sportifs soient le prétexte à des agressions ou à des attaques plus ou moins organisées contre les policiers et les pompiers venus intervenir pour limiter les dégâts. Ou alors, qu’on le dise clairement : l’émeute, en France, est devenue un moyen de célébration comme un autre, qui devrait bénéficier de dérogations particulières. En ce cas, je propose qu’on l’inscrive dans la Constitution, pour éviter de futurs – et fâcheux – malentendus.

Car le divorce est en effet double. Entre les aveugles, d’une part, et ceux qui refusent de ne pas voir et de ne pas dire – on en a déjà parlé. Mais aussi, et c’est le plus préoccupant, car il s’agit d’un phénomène plus large, entre les Français eux-mêmes. Est-il bénéfique pour un pays que de constater qu’une part non négligeable de ses citoyens se place dans une posture d’étranger, et même d’étranger opprimé ? Pouvons-nous être fiers, en voyant ce jeune supporter de l’Algérie déclarer qu’il était important de venir sur les Champs-Elysées célébrer la victoire de «  son » pays, parce que «  la France, c’est un peu comme l’Algérie, vu qu’ils nous ont un peu colonisés (sic), alors on va faire pareil pour les Champs ! » Que l’on s’entende bien : ces propos ne sont pas ceux d’un extrémiste, ils ne sont pas prononcés avec rage – il suffit, pour s’en convaincre, d’aller regarder la vidéo. Ils sont prononcés avec désinvolture, comme une évidence. On ne peut même plus parler de ressentiment post-colonial, en vérité : c’est une posture, évidente, nonchalante, qui tombe presque sous le sens. Qui consiste à se considérer en pays étranger chez soi, à considérer ce même chez soi comme un étranger dont vous seriez le créancier, capable de réclamer à tout moment votre dû. Qui consiste à pouvoir affirmer en toute désinvolture que des femmes – dont l’une vient au passage de se faire arracher son téléphone portable – « n’ont rien à faire là, wallah !  » C’est vrai, ça : où va donc un pays où les gonzesses se permettent d’aller fêter les victoires sportives dans la rue, au lieu de rester à leur place naturelle – la maison ?

Minimiser, minimiser il en restera toujours quelque chose

Nous pourrons attendre longuement les réactions indignées du gouvernement. «  On reproche à des supporters d’avoir fêté l’Algérie, mais c’est une manifestation de joie assez naturelle ! » nous disait Sibeth N’Diaye, ce lundi matin. Penser autrement, c’est déjà un peu suspect. Feignant de croire que le problème serait non pas les manifestations violentes, mais le simple fait qu’il puisse exister une double allégeance pour des citoyens binationaux, Mme N’Diaye confessait également avoir elle-même eu «  une petite tendresse » pour l’équipe du Sénégal, le soir de la finale. Vous comprenez, dans ce genre de cas, il n’y a que deux camps : les progressistes estimant que tout va pour le mieux, et que tout est justifiable ; et en face, les nauséabonds utilisant une indignation surjouée pour pouvoir enfin laisser éclater au grand jour leur racisme infect contre des concitoyens qu’au fond, ils trouvent un peu trop « d’origine » pour les aimer pleinement. A cette catégorisation, je voudrais répondre par une saine mise au point.

La France n’est ni une nation religieuse, ni une nation ethnique. La Constitution de 1958, que je tiens pour l’une des plus belles créations de notre pays, ne tolère aucune distinction entre les citoyens selon la religion, le sexe ou la race. J’estime être uni par la même fraternité, exactement la même, et je pèse mes mots, à mes compatriotes «  d’origine », qu’à ceux dont les couleurs de peau et patronymes seraient plus conformes à l’image d’Epinal du petit Français des livres d’images. Et c’est justement ce lien de fraternité absolument identique qui m’unit à eux, qui justifie que je les traite exactement, tous, de la même façon. C’est-à-dire, avant toute chose : ne pas me réjouir, petit sourire presque attendri aux lèvres, de « ces braves Algériens qui fêtent leur victoire à leur façon, en cassant et en brûlant, c’est leur façon de faire, vous savez (rires) ». Le voilà, le vrai néo-colonialisme : celui qui consiste à intégrer des standards différents selon la couleur de peau et les origines de nos concitoyens. Serait-ce cette nouvelle conception de l’universalisme républicain dont on nous rebat les oreilles et dont j’avoue, à titre personnel, m’être fait une religion ? Laissez-moi donc vous présenter la mienne, qui me semble bien différente.

Revenir au réel

Un vandale est un vandale. Un imbécile est un imbécile. Un nihiliste sans conscience de ce qu’implique le civisme et l’enracinement dans une société peut bien s’appeler comme il le veut, venir d’où il veut : ça ne m’intéresse pas, à partir du moment où, sur sa carte d’identité, sont écrits ces deux mots : République française. Et je crois que ces questions de couleur et d’origine n’intéressent plus qu’une infime minorité de nos concitoyens – et que ces procès en racisme commencent, à vrai dire, à sonner terriblement creux. Si quelques aimables droitards estiment que Kader, Farid ou Fatima ne seront jamais, quand bien même ils se comporteraient en citoyens modèles, ses concitoyens à part entière, grand bien leur fasse : ils ne méritent – et souvent, ne reçoivent – que notre mépris. C’est pour cette raison que, face aux scènes de violence qui ont émaillé les éliminatoires de la CAN, je confesse avoir eu en premier une pensée, justement, pour nos concitoyens « d’origine », qui doivent avoir le rouge au front en voyant ces scènes être accueillies par des sourires mi-attendris, mi-condescendants, eux qui souvent sont venus au nom d’une promesse républicaine de liberté, de prospérité, de sécurité et de fraternité.

Je confesse également avoir eu un peu honte en lisant certains représentants de notre haute administration, par exemple l’ancien préfet Gilles Clavreul, s’accrocher à tout prix à l’idée d’une réalité finalement pas si préoccupante, gentiment festive, en un mot : aimable. Vous n’êtes pas d’accord ? Vous êtes un « identitaire ». A cet égard, je renvoie aux propos de Sibeth N’Diaye déjà relatés plus haut : tout ça n’est qu’une banale fête citoyenne. Pas comme ces Gilets jaunes qui, eux, ont ravagé des centres-villes – là, c’était impardonnable, vous comprenez, ça n’était pas bon enfant. Défense de rire. Intransigeance avec le populo qui pleure misère, complaisance avec les émeutes de «  jeunes de banlieues » dont on a appris à avoir peur depuis 2005 – discuter avec des membres des forces de l’ordre est, à ce titre, particulièrement instructif. Prière de mettre la poussière sous le tapis, et vite.

Voir et dire ce que l’on voit : voilà où nous en sommes, en France, en 2019. Peut-être n’est-il pas si lointain, ce jour où le progressisme interdira – par la loi ? – aux citoyens ordinaires de formuler poliment leur indignation devant des agissements qui font honte à leur pays. De réclamer leur droit à distinguer célébration populaire et émeute, attachement légitime à sa culture d’origine et ressentiment perpétuel contre sa nouvelle nationalité. Cette victoire de l’Algérie a été, à bien des égards, un triste moment pour la France.

Qu’on nous permette encore, si c’est possible, de le penser, et de dire ce que l’on voit, car la colère n’est pas loin, et elle n’est pas honteuse.

Ambroise de Rancourt
22 juillet 2019

Vu du Droit
Un regard juridique sur l’actualité avec Régis de Castelnau


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