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Une réunion russo-américano-israélienne à Jérusalem : La Syrie et l’Iran sur la table
par Elijah J Magnier

vendredi 14 juin 2019, par Comité Valmy


Une réunion russo-américano-israélienne à Jérusalem :
La Syrie et l’Iran sur la table

Ce mois de juin, les conseillers à la sécurité nationale de la Russie, des États-Unis et d’Israël, respectivement Nikolay Patrushev, John Bolton et Meir Ben-Shabbat, devraient se rencontrer à Jérusalem pour parler de l’Iran et de la Syrie et de ce qu’Israël considère comme une “menace pour sa sécurité” au Levant.

Des sources bien informées estiment que la réunion n’apportera rien de nouveau, à cause, surtout, des continuelles violations de la souveraineté syrienne par Israël et de ses bombardements de cibles iraniennes à l’intérieur des terres syriennes. Israël ne peut s’attendre à aucun soutien de la part de la Russie à cet égard. Le Kremlin a les mains liées, et il ne prendra pas de position qui puisse déplaire au président syrien, Bachar al-Assad, et à ses alliés.

Toutefois, cette réunion est importante parce qu’elle n’a pas de précédent et qu’elle satisfait à la demande que Netanyahou, le premier ministre israélien, a faite au président Vladimir Poutine en février dernier lors de sa visite au Kremlin. Elle satisfait aussi à la demande que Netanyahou a faite au président des États-Unis, Donald Trump, lors de sa visite à la Maison-Blanche en mars dernier.

Voilà ce qu’affirment des sources bien introduites auprès des décisionnaires : “Netanyahou court voir ses alliés pour pleurer sur leurs épaules quand il est l’agresseur, comme c’est le cas chaque fois qu’il y a un problème au Levant, et en particulier lorsque l’armée israélienne dépasse les limites et franchit les lignes rouges. L’année dernière, la Russie a convenu avec l’Iran de créer une sorte de périmètre de sécurité le long du front Quneitra-plateau du Golan que l’armée russe contrôlerait. Cela aurait allégé les tensions à la frontière, et permis au Président Assad et à ses alliés de se concentrer sur d’autres fronts. L’Iran a accepté la proposition de la Russie après que le Président Assad l’a lui-même approuvée”.

“Il est important de souligner que la Russie ne fait pas partie de l’”Axe de la Résistance” et qu’elle n’embrasse pas ses objectifs. Elle entretient d’excellentes relations avec Israël, l’Iran et le Hezbollah, et considère la Syrie comme un allié stratégique. Moscou s’efforce de maintenir un équilibre dans ses relations avec les pays du Moyen-Orient. Néanmoins, la Russie s’est précipitée à la défense de l’intégrité de la Syrie, de son gouvernement et de son armée. Elle a agi comme une seconde armée de l’air syrienne en bombardant tous les ennemis de la Syrie pour aider le gouvernement syrien à reprendre le contrôle de son territoire. Bien sûr,la situation dans le nord-est sous occupation étatsunienne et dans le nord-ouest contrôlé par des groupes du genre d’Al-Qaida et des militants pro-turcs est plus compliquée et plus difficile. Le destin de ces deux territoires est lié et il faudra de sérieux efforts politiques et diplomatiques de coordination avant de pouvoir libérer le Nord par les armes”, a déclaré le décisionnaire.

En ce qui concerne le déploiement iranien en Syrie, la source a dit : “Israël a profité de la seule présence des Russes à la frontière du Golan pour bombarder les positions iraniennes au cœur de la Syrie et sur la côte. Ces positions sont précieuses et liées à l’armement stratégique de l’armée syrienne (objectifs industriels de production de missiles et entrepôts militaires stratégiques). Ainsi, Israël a fait le choix de changer la Règle d’engagement (ROE), et de déclencher le retour des alliés syriens, c’est-à-dire le Hezbollah et le Corps des Gardiens de la révolution iraniens (Pasdaran), à la frontière avec le plateau du Golan annexé et occupé par Israël. La Russie n’a pas pu les empêcher de revenir parce que c’est Israël qui a détruit ce que la Russie avait essayé de construire à cette frontière”.

A la question de savoir pourquoi la Syrie et ses alliés n’ont pas réagi aux violations agressives de la souveraineté syrienne par Israël ni à ses bombardements de centaines d’objectifs en Syrie, la source a répondu : “L’amiral iranien Ali Shamkhani, responsable de la sécurité nationale, a déclaré que son pays et le président Assad répondraient en bombardant des objectifs (en Israël) si l’armée de l’air israélienne bombardait la Syrie. Mais c’est vrai qu’il ne s’est rien passé. Le regretté secrétaire général du Hezbollah Sayyed Abbas al-Hezbollah Moussawi (assassiné par Israël en 1992) disait qu’il est important de se concentrer sur les principaux objectifs et d’éviter de perdre son temps et son énergie, quoique fasse Israël. Aujourd’hui le Hezbollah et les Pasdaran sont revenus aux frontières et la Russie ne peut pas leur demander de se retirer à nouveau. Le destin du front des fermes de Chebaa (une région libanaise occupés par Israël) et du front du plateau du Golan est lié, et la Syrie et ses alliés sont très actifs sur ces deux fronts”.

Aujourd’hui, en Syrie, il y a des priorités qui l’emportent sur une bataille avec Israël. Se battre avec Israël n’est pas une option pour le Président syrien, même si plusieurs objectifs de grande valeur ont été détruits en Syrie. Israël en est conscient et cela le perturbe et l’irrite, même s’il sait que la Syrie et ses alliés n’ont pas l’intention d’ouvrir un large front militaire à ce stade critique de la guerre au Moyen-Orient. Israël ne peut sans doute pas s’attendre non plus à ce que le Hezbollah et l’Iran gardent encore très longtemps le silence.

Un observateur superficiel a peut-être l’impression qu’Israël se rit des dirigeants syriens et de leurs alliés en s’offrant des incursions gratuites et imparables en Syrie, dans une totale impunité. Néanmoins, c’est le président Assad qui estime qu’il n’est pas impératif que la Syrie et ses alliés bombardent Israël. Idlib est prioritaire, de même que la reconstruction de la Syrie et de tout ce qui est nécessaire aux habitants (énergie, scolarisation, sociétés et villes). La guerre avec Israël peut attendre et ne mènerait nulle part, estime le président Assad.

La Russie n’est pas en mesure d’offrir à Israël ce dont il a besoin, simplement parce que Netanyahou n’est pas fiable. Netanyahou a eu sa chance et il a décidé de la jeter par la fenêtre en bombardant des objectifs iraniens dans le pays. Cela pourrait bien réduire la rencontre russo-américano-israélienne à une simple occasion de prendre une belle photo. Le premier ministre israélien pourra s’attribuer le mérite d’avoir organisé une réunion sans précédent, et cette propagande lui profitera un temps. Mais il repartira les mains vides.

Elijah J Magnier
11 juin 2019

Traduction : Dominique Muselet

Elijah J. Magnier
Middle East Politics


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