COMITE VALMY

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MICHEL ANFROL IN MEMORIAM
PAR GILLES BROCHARD1

jeudi 13 juin 2019, par Comité Valmy


MICHEL ANFROL IN MEMORIAM

– Je suis très touché que mon amie Anne m’ait demandé de dire quelques mots sur son cher père tant aimé. Comme pour elle, Michel Anfrol était pour moi l’exemple même du père qu’un enfant pouvait désirer avoir. À la fois généreux, attentif, disponible, toujours bienveillant, comblant ceux qu’il côtoyait d’anecdotes savoureuses, voyant toujours le bon côté des êtres. Un « merveilleux Papa », comme Anne aime l’appeler. Et lui, le curieux, l’enthousiaste, savait raconter les histoires, les faire durer avec naturel et, surtout, le ton qu’il fallait. Il n’était ni professeur ni juge, encore moins moraliste : dans sa grandeur d’âme, Michel savait tout simplement témoigner, transmettre, avec ce goût inné de vouloir se confier sans rien imposer, une fois qu’on avait gagner sa confiance et son amitié.

Je dis cela car ces dernières années, je l’ai vu aux côtés des étudiants de mon école de journalisme raconter l’histoire de la presse et de sa rédemption au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, évoquant chaque titre, chaque nom, chaque courant et chaque épopée pendant près de deux heures, sans aucune note, l’esprit clair, sans un bredouillement. Car Michel, était non seulement un puits de culture et entretenait une mémoire infaillible, mais avant toute chose, il avait une voix, si reconnaissable entre toutes. Une voix de théâtre, chaude, envoûtante, un timbre à la fois caressant, velouté et grave, qui semblait rendre hommage à la langue française avec l’allure d’un séducteur.

Michel était journaliste dans l’âme. Après ses études de sciences politiques à Paris et d’italien à l’Université de Pérouse, il avait fait ses débuts à Europe 1, avant d’entrer à Paris Inter, puis à l’ORTF, où sa carrière l’entraîna vers de lointains horizons, notamment en Italie, mais aussi et surtout aux États-Unis où il fut le plus jeune correspondant de la télévision française. La multitude de reportages qu’il réalisa au cours de la dizaine d’années qu’il passa en Amérique, avec sa famille, en ont certainement fait l’un des plus fins et des plus avisés observateurs français de la société américaine.

Parmi les moments forts de sa carrière, on se rappelle aussi, bien évidemment, cette nuit du 21 juillet 1969, où Michel commenta en direct à la télévision les premiers pas de l’homme sur la Lune… Il m’avait raconté aussi sa collaboration à L’Aurore et l’enquête qu’il avait menée sur la condition des noirs aux États-Unis au lendemain de l’assassinat de Martin Luther King. Je n’oublie pas quand vers l’âge de quinze ans, mon père m’avait offert un 33 tours contenant de larges extraits des discours historiques du général de Gaulle. Chacun d’entre eux était espacé d’un commentaire ou d’une présentation dites par Michel de sa voix de stentor. Ceux-ci semblaient parfaitement accordés aux imprécations magnifiques du Général, entre Brazzaville, Bayeux, Phnom-Penh et Bucarest !

Tout le monde sait combien la vie de Michel était liée à une certaine idée de la France, c’est à dire à l’homme du 18 juin 1940, cette ombre du commandeur qui n’a cessé pour lui d’être non pas une statue figée, mais bien la figure vivante à la fois de la Libération, de la fierté retrouvée et de la restauration de la grandeur perdue. Il avait aperçu le libérateur, le 26 août 1944, à Paris alors qu’il n’avait que neuf ans. Et, cinq ans après, heurté par l’impéritie des hommes politiques qui gouvernent le pays, il adhère au RPF car il refuse que l’on surnomme son pays : « France, malade de l’Europe ». Ses lectures, Tel Quel, puis Carrefour, l’avaient poussé à comprendre que « seul le général de Gaulle serait capable de redresser le pays grâce à un pouvoir exécutif stable et durable », comme il l’écrivit.

Il ne savait pas encore combien, cet engagement allait non seulement le nourrir intellectuellement, mais le propulser des années plus tard à l’Institut Charles de Gaulle, qui deviendra la Fondation Charles de Gaulle, y collaborant de 1994 jusqu’à aujourd’hui. Je me souviens d’avoir assisté à ses côtés en 2016, en présence de Philippe de Saint Robert et d’Alain Malraux à cette belle soirée aux Invalides où fut interprété magistralement Les Chênes qu’on abat, qui, comme l’a écrit Jean Grosjean, « éclaire de Gaulle de l’intérieur ». Ce texte version théâtre, c’est un peu Malraux visitant Charles X- et je suis certain que Michel était sensible au mot que l’auteur met dans la bouche du général : « – Il y a un pacte vingt fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté des autres. ».

Pour terminer, j’évoquerai les deux lieux qui ont particulièrement compté pour Michel. La Corse où il croisa le beau regard de Madeleine, une rencontre qui déboucha sur soixante années de mariage heureux, et l’Argentine, pays dont il tomba amoureux alors qu’il couvrait la guerre des Malouines. Il y séjourna plusieurs années, y revenant depuis régulièrement, nourrissant des amitiés fortes. Il s’était passionné pour le tango, touché par ses mélopées, cette poésie du vague à l’âme, cette mélancolie des cœurs qu’il partageait avec sa chère Madeleine, admirant les vers de Carlos Gardel, le poète chanteur, et les musiques de son ami compositeur Raul Garello, dont un extrait vient de nous accueillir dans l’église.

Gilles Brocchard

« J’ai peur de la rencontre avec le passé qui revient faire face à ma vie

J’ai peur des nuits peuplées de souvenirs qui enchaînent mon rêve.

Sentez, c’est un souffle, la vie, que vingt ans ne sont rien,

Quel regard fébrile errant dans l’ombre

Il vous cherche et vous nomme.

Vivre, avec l’âme accrochée à un doux souvenir,

Je pleure encore. »

Carlos Gardel

La rédaction de prochetmoyen-orient.ch s’associe à ce bel hommage de Gilles Brochard et adresse à la famille et aux proches de Michel ses plus sincères condoléances.

1 Gilles Brochard est écrivain. Dernier ouvrage paru : Un Thé chez les tigres. Editions Pierre-Guillaume de Roux, mai 2019.

Proche&Moyen-Orient.ch
Observatoire Géostratégique


hommage à Michel Anfrol, notre ami.


Pour le Comité Valmy, je me joins avec tristesse à ces hommages. Michel Anfrol était un ami. Dans les discussions politiques que nous avons eues, notamment sur la nécessité d’unir les patriotes républicains en dépassant le clivage gauche-droite, nous étions toujours sur la même longueur d’onde.
Il a participé au Collectif « Résistance et Renouveau Gaulliste » animé par Geneviève Blache et partie prenante de l’Arc Républicain de Progrès. Celui-ci pendant quelques années aura démontré combien notre objectif souverainiste commun, d’alliance prioritaire entre les gaullistes et les communistes était réaliste et pertinent. En ce sens l’ARP peut être considéré comme une expérimentation concrète du rassemblement des « républicains des deux rives » qu’avec le Mouvement des citoyens, le Comité Valmy a été l’un des premiers à prôner. Claude Beaulieu
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