COMITE VALMY

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Vers l’ukrainisation de la France
ou qui est finalement bâillonné ?
par Karine Bechet-Golovko

jeudi 6 juin 2019, par Comité Valmy


Vers l’ukrainisation de la France
ou qui est finalement bâillonné ?

Mathilde Panot, député LFI, s’est bâillonnée à la tribune de l’Assemblée nationale pour dénoncer la réduction du temps de parole des députés en fonction des groupes parlementaires. Visuellement, en effet, ça porte. Mais du point de vue de la qualité du débat politique, l’on peut s’interroger sérieusement quant à la dégradation, la transformation des débats parlementaires en clownerie de bas étage. Si cette tendance a toujours existé, le niveau général baisse dangereusement et n’est pas sans rappeler le cas ukrainien. Pour autant, la France n’a pas eu besoin d’un Maïdan pour détruire ce qui reste de ses institutions étatiques, l’élection de Macron a été suffisante. A moins qu’elle ne soit justement ce "Maïdan français", ce putsch destructeur antiétatique largement soutenu par différents groupes d’intérêts mondialisés.

La député LFI Mathilde Panot a décidé, assez paradoxalement, de choisir le geste, la posture, la mise en scène, pour dénoncer le manque de possibilités de parole. Réduisant par la même la portée de la parole.

Sur le fond, l’on serait tenté de dire que ce genre de comportement justifie justement le temps de parole des politiques, qui réussissent à concentrer leur message dans un selfie, un tweet ou un geste. La profondeur et la nuance de l’argumentation sont adaptées aux exigences de l’époque : allons droit au but, pourquoi ennuyer chacun avec de grands discours ?

Ce réductionnisme, ou minimalisme politique, fait penser à l’évolution de la politique ukrainienne, inévitable lorsque les partis politiques et leurs membres sont fantoches. Ce député ukrainien qui apparaît, par exemple, avec des gants de protection verts à l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Au lieu d’un discours convenu sur la "responsabilité russe" dans l’affaire Skripal, dont aucun média n’aurait parlé, il met ses gants, les montre à la caméra et fait la Une. Un instant. Ce qui est suffisant et dépasse même sa valeur politique. C’est sa seule façon possible d’exister politiquement.

Le non-professionalisme des politiques, avancé comme un avantage, montre ses limites. La politique est un métier, un art, qui s’acquiert avec le temps, l’expérience ... et ne peut être sans culture. Au lieu de cela, nous avons droit à des discours formatés sur le modèle ukrainien : des institutions étatiques dépassées, rendons le pouvoir au peuple, à la jeunesse, pour un avenir (forcément) meilleur. Ce sont les slogans lancés dans le cadre, non pas de la Rada ukrainienne (ils existèrent avant le Maïdan), mais à l’Assemblée nationale, si vous écoutez cette vidéo, lancés pour justifier une VIe République et la mort de la Ve.

C’est amusant cette manie, légèrement infantile et largement populiste, de faire porter le dysfonctionnement des institutions non pas sur ceux qui y siègent, mais sur le système institutionnel lui-même. C’est vrai, c’est plus facile et plus vendeur. Les institutions françaises ne fonctionnent plus ? Oui. Mais en quoi une VIe République peut-elle sauver miraculeusement la situation ? En rien.

Nous avons déjà eu droit au slogan selon lequel il faut des figures neuves, qui n’ont jamais fait de politique, pour que tout à coup la voix du peuple arrive au sommet et que nous vivions dans un monde merveilleux. Nous avons ainsi eu Macron et sa bande de vieux nouveaux et de jeunes incompétents. Nous avons ainsi eu une Assemblée nationale totalement incapable, avec un niveau de réflexion politique qui n’atteint même pas celui du café du commerce, où au moins les gens savent de quoi ils parlent, car ils sont confrontés à la rie réelle et à ses difficultés.

Une assemblée constituante pour créer les institutions parfaites d’une VIe République idéale ? Fabuleux. Et qui va y siéger ? Des gens ordinaires, car il faut rendre la voix au peuple. Génial. Donc, des groupes d’intérêts vont téléguider cette "voix populaire", tout simplement car l’organisation institutionnelle, l’équilibre entre les institutions, les garanties d’indépendance et de coordination demandent des connaissances extrêmement pointues, si l’on sort du populisme basique. Donc qui va finalement y siéger ? Les anciens, dont on ne veut plus car ils sont anciens ? La "jeunesse", car elle est jeune ? Ou des génies tout aussi inconnus que spontanés qui vont sauver le pays ?

Le problème vient-ils donc des institutions étatiques ou des gens qui les occupent ? Mais il est plus facile de casser un système étatique, comme en Ukraine, au cri de rendre le pouvoir au peuple pour l’avenir meilleur d’une jeunesse salvatrice, que d’instaurer, préserver, renforcer un système de professionnels. Le problème vient-il de l’institution présidentielle, qui permet de gouverner réellement dans la tradition française et non parlementaire anglo-saxonne, ou bien de la personnalité - Macron - qui l’occupe et qui la discrédite ? Le problème du présidentialisme vient-il du fait qu’un homme fort gouverne au lieu des consultations permanentes d’une mythique "société civile" (qui est-ce ? qui représente-t-elle ? Qui lui donne le pouvoir de représenter quels intérêts ?) ou plutôt du diktat de la dilution de l’Etat dans le cadre globaliste de l’Union européenne il faille absolument casser cette Ve République, qui, même théoriquement, reste dangereuse, pour éparpiller un pouvoir illusoire entre des parlementaires incompétants, afin que, réellement et définitivement, les décisions soient prises ailleurs ?

C’est en tout cas le seul "horizon" réel, l’abandon de souveraineté (de ce qui en reste), vu la configuration politique interne et internationale, qui nous attend si l’on casse définitivement les institutions de la Ve République. L’Ukraine est décidément l’avenir de l’Europe.

Karine Bechet-Golovko
mercredi 5 juin 2019

Russie politics


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