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Après un premier round infructueux contre l’Iran,
les US n’ont rien à négocier
Par Elijah J. Magnier

lundi 20 mai 2019, par Comité Valmy


Après un premier round infructueux contre l’Iran,
les US n’ont rien à négocier

Lorsque le président Donald Trump dit qu’il ne veut pas de guerre avec l’Iran, il exprime une position similaire à celle du guide suprême de la révolution iranienne Sayyed Ali Khamenei, qui a annoncé que l’Iran « ne veut pas aller en guerre, ni parler » aux USA.

Ce qui ramène le bras de fer entre les USA et l’Iran à la case départ. Les USA ont été les premiers à exacerber la tension, en faisant grand cas du déploiement d’un porte-avions dans la région et en envoyant un escadron de quatre B-52, qui se voulaient une menace implicite à l’Iran. Il y a eu ensuite l’acte de sabotage contre des pétroliers géants saoudiens, émiratis et norvégiens à l’est du port d’al-Fujairah et une attaque sans précédent de drones yéménites contre l’oléoduc d’Aramco Saudi à Afif et al-Dawadmi, un pipeline de 1 200 km de long qui transporte le pétrole brut de l’est jusqu’à la ville portuaire de Yanbu sur la mer Rouge, à l’ouest. Rien n’a changé depuis les deux attaques, à part Trump qui a donné son numéro de téléphone aux Suisses et qui a reçu le président helvétique Ueli Maurer pour qu’il transmette un message à l’Iran. Trump semble feindre l’ignorance de la différence fondamentale qui existe entre l’Iran et les USA : l’Iran ne veut pas négocier ; sa ligne téléphonique est hors d’usage et ne sera réparée que lorsque Trump réintégrera l’accord sur le nucléaire.

Le port émirati d’al-Fujairah et l’oléoduc saoudien de 1 200 km peuvent transporter environ sept millions de barils de pétrole par jour qui n’ont pas à transiter par le détroit d’Hormuz, que l’Iran dit pouvoir transformer en champ d’épaves en cas de guerre. L’Iran ne souhaite toutefois pas la guerre, ni fermer le détroit d’Hormuz, un passage assujetti au droit international sur la navigation établi par l’ONU. Toute violation de ce droit entraînera la condamnation de la communauté mondiale, y compris celle des alliés de l’Iran.

Téhéran ne fermerait le détroit d’Hormuz que si une guerre est menée contre l’Iran. Il convient d’examiner attentivement la déclaration iranienne à cet égard : « Si on nous empêche d’utiliser le détroit d’Hormuz, nous le fermerons », ont déclaré les dirigeants du Corps des gardiens de la révolution iranienne, qui est chargé de la sécurité du détroit.

Voilà l’élément déterminant : personne n’empêche l’Iran d’utiliser le détroit d’Hormuz. Les sanctions des USA s’appliquent aux pays et aux sociétés qui achètent du pétrole iranien et qui ont des échanges commerciaux avec l’Iran. Les USA n’ont jamais dit qu’ils empêcheraient l’Iran de livrer son pétrole en haute mer. L’Iran a stocké des dizaines de millions de barils de pétrole brut en Chine et le pétrolier PACIFIC BRAVO s’est rempli de milliers de barils de pétrole iranien il y a quelques jours, en faisant fi de l’embargo des USA et en mettant en échec le plan de Trump visant à « réduire à zéro les exportations pétrolières » de l’Iran. La menace du Corps des gardiens de la révolution iranienne ne s’applique pas aux mesures en place des USA.

L’Iran ne souhaite pas défier les USA, ni faire étalage de ses capacités militaires, du moins jusqu’à maintenant. L’acte de sabotage d’al-Fujairah et l’attaque de drones contre Aramco constituaient des messages implicites. Personne n’a revendiqué les attaques à al-Fujairah, tandis que les Houthis yéménites, alliés de l’Iran, se sont attribué le mérite de l’attaque contre Aramco. Ces messages exprimaient la position de Téhéran par rapport à la menace des USA, en plus d’être on ne peut plus limpides : tout affrontement coûtera cher. Les alliés de l’Iran frappent les alliés des USA et c’est le pétrole qui est visé.

Ces signaux devraient donner à Trump de quoi réfléchir, car prendre pour cible le pétrole amènera le monde entier à jeter le blâme sur le président des USA et son administration. Les prix du pétrole vont assurément grimper et la population mondiale s’en ressentira. Trump connaîtra un revers majeur avant même de lancer sa guerre contre l’Iran.

Les guerres récentes des USA, notamment en Afghanistan (contre al-Qaeda et les Talibans), en Irak (les armes de destruction massive qui n’ont jamais existé) et en Syrie (pour donner le pouvoir aux djihadistes et faire tomber le président Bachar al-Assad) ne sont pas parvenues à concrétiser la vision d’un « nouveau Moyen-Orient » préconisée par Shimon Peres en 1996, puis par Condoleezza Rice, Obama et Netanyahu. Al-Qaeda est plus fort que jamais, les Talibans contrôlent au moins 52 provinces en Afghanistan et les USA négocient avec eux après des années de conflit.

La guerre en Irak a tué des centaines de milliers d’Irakiens et Saddam Hussein a été chassé du pouvoir. Cela a enragé les pays arabes du Golfe qui ont choisi de soutenir une insurrection et Daech afin d’empêcher la création d’un Irak fort dirigé par les chiites.

Enfin, depuis 2011, de nombreux présidents et premiers ministres ont quitté leur poste, tandis que le président Bachar al-Assad est toujours en place. Les USA voulaient changer le gouvernement en Syrie au profit des djihadistes takfiris (al-Qaeda et Daech) ou tout simplement pour détruire l’État syrien. Mais ce plan a échoué.

Les objectifs des USA ne se sont pas réalisés malgré leur force militaire « toute-puissante ». Ce qui mène à la conclusion qui s’impose : les USA peuvent gagner des guerres dans la région, mais jamais l’après-guerre et encore moins la paix.

Malgré ce bilan, les US défient l’histoire et se croient en position d’imposer 12 exigences impossibles à remplir par l’Iran, dont son retrait de la Syrie, la fin de son soutien à ses partenaires au Moyen-Orient et l’interruption de sa production de missiles de précision.

Pourquoi l’Iran refuse-t-il de mettre fin à son programme de missile ? Pourquoi n’accepte-t-il pas les 12 conditions des USA ? Pourquoi tient-il à ses partenaires et à ses alliés au Moyen-Orient ? Pourquoi finance-t-il à grands frais la reconstruction de ce qu’Israël a détruit au Liban en 2006 pour maintenir à flot son partenaire (Hezbollah) ? Pourquoi a-t-il investi des milliards de dollars pour défendre l’Irak et la Syrie, alors que la « République islamique » fait l’objet de sanctions internationales et qu’elle a besoin de fonds ? Pourquoi l’Iran ne se soumet-il pas tout simplement à l’hégémonie des USA ?

La réponse est simple et n’a rien à voir avec l’entêtement ou l’absence de vision à long terme de Sayyed Ali Khamenei. C’est une question de survie pour l’Iran et ses alliés au Moyen-Orient, à laquelle s’ajoute une méfiance absolue à l’endroit de l’administration américaine. Les USA ont révoqué leur propre accord (sur le nucléaire). Ils malmènent et humilient leurs propres alliés. Ils extorquent les dirigeants arabes, mais sans assurer leur protection au besoin (attaques à al-Fujairah et contre Aramco).

L’Iran a rassemblé des partenaires qui refusent de se soumettre aux diktats et à l’hégémonie d’Israël et des USA. Si les USA tentaient de favoriser la paix avec l’Iran, plus de la moitié des jeunes Iraniens adhéreraient à ce geste de bonne volonté avec enthousiasme, car ils sont attirés par bien des aspects de la culture américaine qu’ils trouvent cool, les amusent et les attirent. Le marché iranien pourrait être séduisant pour les USA, comme le marché américain l’est pour les Iraniens.

Mais les USA préfèrent vendre des armes au Moyen-Orient parce que Trump « adore le roi » et surtout son argent. Trump trouve amusant d’extorquer 500 millions de dollars au cours d’une conversation téléphonique d’une toute petite minute avec le roi Salmane. Il se vante ouvertement du harcèlement et du chantage qu’il fait subir à ses alliés.

La survie de l’Iran dépend de sa démonstration de force et aussi de ses alliés, bien qu’il n’aura recours aux armes qu’in extremis. Les Iraniens n’ont jamais oublié comment le monde les a combattus dans les années 1980, en ne lui ayant laissé que des sanctions à la fin de la guerre contre l’Irak en 1988. C’est aux USA de se retirer et de laisser les pays du Moyen-Orient vivre en paix. Mais cela se ferait au détriment de l’industrie de l’armement aux USA, en plus de mécontenter Israël.

Téhéran ne négociera jamais avec Trump, même si les dirigeants iraniens croient qu’il sera réélu pour un second mandat. L’administration Trump a prouvé à l’Iran que Sayyed Ali Khamenei avait raison de rejeter les négociations avec une administration n’étant pas digne de confiance. Téhéran ne dispose d’aucun plan pour aider Trump à descendre de l’arbre sur lequel il a grimpé. Le téléphone de Trump ne sonnera pas. L’administration américaine actuelle a uni les modérés et les radicaux iraniens sous le parapluie du Welayat al-Faqih, qui dit non au « grand Satan » (les USA).

Le Moyen-Orient se détruit lui-même avec l’argent du Moyen-Orient, en étant manipulé par les USA évidemment, mais avec la complicité des dirigeants du Moyen-Orient. Tout cet argent investi dans des guerres depuis l’Afghanistan jusqu’à maintenant aurait pu servir à faire du Moyen-Orient une région riche et prospère. Mais les choses sont en train de changer : le David iranien tient une fronde et a réuni cinq pierres bien lisses en vue de sa bataille contre le Goliath américain, muni de sa lance et de son épée. Dans le récit biblique, David lance une pierre directement au front de Goliath, ce qui suffit à le défaire. L’Iran a choisi de ne pas affronter Goliath directement, car il cherche à éviter la guerre. Deux pierres ont été lancées à al-Fujairah et Afif. Où sera lancée la prochaine pierre, si Trump ne lève pas ses sanctions et ne revient pas à la table de négociation ?

19 mai 2019

Elijah J. Magnier
Traduction : Daniel G.

Elijah J. Magnier
Middle East Politics


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