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Ray Dalio et d’autres milliardaires pensent que le système a du plomb dans l’aile et ils se préparent
à une guerre des classes
par Mary Childs, Barron’s

vendredi 10 mai 2019, par Comité Valmy


Ray Dalio et d’autres milliardaires pensent
que le système a du plomb dans l’aile et
ils se préparent à une guerre des classes

On commence à le savoir, Ray Dalio, le milliardaire fondateur du plus important hedge fund au monde, pense que le capitalisme ne marche plus et qu’il faut le réformer de toute urgence. Mais cette semaine, la Conférence mondiale du Milken Institute a clairement montré que son opinion ne détonne pas parmi ses pairs ultra-riches et puissants.

"Chaque système a besoin d’être rénové, d’être amélioré. Ne pensez-vous pas qu’il faut le faire ? " a-t-il dit dans le panel de clôture de la conférence, avant d’ajouter : "Si nous ne le faisons pas, il y aura une sorte de révolution ; cela pourrait être d’abandonner le capitalisme ou d’aller vers un autre extrémisme".

Il a demandé à l’auditoire qui était d’accord avec son analyse. La plupart des gens assis dans la salle bondée ont levé la main.

L’angoisse concernant l’avenir du capitalisme a sous-tendu l’ensemble de la conférence, y compris le thème choisi, "La gestion du partage de la prospérité". Mark Attanasio de Crescent Capital a parlé des inégalités, le fondateur de hedge fund, Sir Michael Hintze, a mentionné Karl Marx à plusieurs reprises et de nombreux milliardaires, dont Dalio, ont exprimé la crainte largement partagée d’une véritable guerre des classes.

Le groupe réuni à Los Angeles cette semaine comprenait certains des dirigeants et chefs d’entreprise les plus influents et les plus riches des États-Unis et du monde, et leur brainstorming sur les moyens de remettre le système sur les rails était sincère. Il y va bien sûr de leur intérêt personnel : Ils veulent maintenir un système qui a si bien fonctionné pour eux et ne veulent pas que leurs richesses leur soient enlevées. Mais dans les panels et les interviews, ils ont aussi exprimé clairement leur certitude que ce système peut profiter à la majorité des gens. Le capitalisme a sorti les gens de la pauvreté et a contribué à favoriser les progrès technologiques, notamment en médecine, et cela a permis de sauver des millions de gens.

Certains n’étaient pas convaincus que le "système" avait besoin d’être réformé. Ken Griffin, de Citadel, a déclaré que le marché libre avait fonctionné pour lui et ses employés. En effet, le classement annuel "Rich List" de l’Institutional Investor, publié le même jour, classe Griffin au troisième rang des gestionnaires de hedge funds les mieux rémunérés, avec 870 millions de dollars l’an dernier. Terry McAuliffe, un ancien gouverneur de Virginie, et Niall Ferguson, un des conférenciers, ont rejeté avec mépris l’intérêt croissant des jeunes pour le "socialisme" qui vient, selon eux, d’un manque d’éducation ou de conscience historique.

Mais davantage de participants sont tombés d’accord avec Dalio. Robert Smith, fondateur de la société de capital-investissement Vista Equity Partners, l’homme noir le plus riche des États-Unis, a déclaré : "Il est temps de ré-architecturer le tissu" du rêve américain, rappelant au public qu’à 56 ans, il est le premier de sa famille à "jouir pleinement de ses droits dans ce pays", du droit de vote jusqu’à celui de vivre où il veut.

"Les possibilités économiques qui m’ont été offertes ont changé, elles ont diminué, a-t-il dit. "Nous avons bénéficié d’une période, d’une fenêtre d’opportunité – j’ai eu la chance d’être l’un des enfants qui a réussi à passer par cette fenêtre." Mais aujourd’hui, la ségrégation règne dans les écoles et les communautés "tout autant que dans les années 50".

Même parmi ceux qui pensent qu’il y a un problème avec le capitalisme sous sa forme actuelle, il y avait peu de consensus ou de propositions concrètes sur ce qu’il faudrait faire. Smith a parlé des stages qu’il avait mis en place pour aider les gens à saisir les opportunités qui s’offrent à eux. Dalio a prescrit des partenariats public-privé, il a parlé du retour sur investissement de l’incarcération et de l’amélioration de l’éducation, et a cité sa récente donation aux écoles du Connecticut.

Dalio a également suggéré qu’un groupe de gens se réunissent pour un brainstorming. Si nous pouvions "nous calmer et ne pas nous énerver les uns contre les autres", aborder le problème comme des scientifiques, réunir un groupe bipartisan de gens qualifiés "et quasiment les enfermer dans une pièce, ou quelque part, et ne pas les laisser sortir avant qu’ils se soient mis d’accord sur ce qu’il faut faire", a-t-il dit, "tout irait mieux pour nous".

Alan Schwartz, président exécutif de Guggenheim Partners et ancien directeur général de Bear Stearns, a également suggéré la création d’une commission bipartisane qui pourrait s’attaquer à des problèmes tels que la réduction du nombre de licences professionnelles, qui, selon ceux qui critiquent ces licences, restreignent la mobilité professionnelle. (Les partisans des licences disent que cela pousse les salaires à la hausse et améliore la sécurité du consommateur). Au cours d’un dîner, Ivanka Trump a souligné à maintes reprises l’importance de la formation et de la certification de la main-d’œuvre.

Quelle que soit la solution qu’ils privilégient, les participants à la Conférence de Milken ont pu la faire connaître à des personnalités très influentes. Les participants ont en effet pu rencontrer des représentants du gouvernement, depuis Jared Kushner et Ivanka Trump jusqu’au secrétaire au Commerce Wilbur Ross. Mercredi, l’Institut Milken a dévoilé les plans d’un nouveau "Centre pour le rêve américain", qui sera en même temps un musée et son siège social et qui sera opportunément situé en face du Département du Trésor à Washington, un hommage concret à l’influence de l’Institut Milken dans la politique américaine, hommage qui illustre la capacité croissante des ultra-riches à peser sur les décisions politiques et les lois.

Toutes ces constations désolantes et ces échanges inquiets se réduisent à une simple question selon certains. Comme l’a très bien dit Sir Hintze : "Si on n’a pas de capital, pourquoi serait-on capitaliste ?"

Mary Childs
4 mai 2019

Pour contacter Mary Childs : mary.childs@barrons.com

Traduction : Dominique Muselet

Barron’s


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