COMITE VALMY

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L’Iran rejette toutes les négociations
malgré des signes de dissensions internes
Par Elijah J. Magnier : @ejmalrai

vendredi 3 mai 2019, par Comité Valmy


L’Iran rejette toutes les négociations
malgré des signes de dissensions internes

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Jawad Zarif a montré de la bonne volonté en proposant un échange humanitaire de prisonniers entre Washington et Téhéran (pour sortir l’impasse et apaiser les tensions), mais Ali Larijani, président de la Chambre des représentants de l’Iran, et Qassem Soleimani, commandant du corps des Gardiens de la révolution (IRGC) ont rejeté tout rapprochement avec Washington. Ils partagent l’état d’esprit radical qui domine en Iran et penchent pour des réponses fermes, plutôt que conciliantes, aux sanctions sévères imposées par les Etats-Unis à Téhéran. En fait, l’Iran a repris confiance, le pays paraît moins préoccupé par la politique d’étranglement étasunienne de “zéro exportations pétrolières” et il pense pouvoir faire face à l’embargo et continuer à vivre, comme il le fait depuis quarante ans, sous le poids des sanctions imposées par tous les présidents étasuniens depuis 1979.

La politique de l’establishment américain sous la présidence de Donald Trump est de maintenir son hégémonie et de montrer ses muscles, en imposant des sanctions politiques et financières plutôt qu’en d’envoyant des troupes pour soumettre ses adversaires par les armes. Tous les pays qui s’opposent à l’hégémonie étasunienne sont dans la ligne de mire des États-Unis et sont sur la liste des candidats aux sanctions. Il y a la Russie, la Chine, la Corée du Nord, Cuba, le Nicaragua, le Yémen, le Liban, l’Iran, la Syrie et beaucoup d’autres pays.

Ces sanctions étasuniennes visent à faire souffrir d’abord et avant tout la population et à détruire l’économie locale pour provoquer un soulèvement intérieur qui permettra d’atteindre l’objectif final : changer le régime. Les Etats-Unis n’ont pas l’intention d’intervenir militairement tant que la situation ne permet pas de le faire au moindre coût. L’interventionnisme militaire direct de George Bush semble aujourd’hui dépassé. L’Iran en est conscient et n’a donc pas peur de perdre le contrôle de la situation intérieure. Téhéran semble prêt à endurer un siège économique de la durée du mandat du Président Trump (jusqu’en 2020), et même d’un éventuel second mandat, selon des sources officielles iraniennes.

La Maison-Blanche estime que d’autres pays du Moyen-Orient peuvent mettre assez de pétrole sur la marché pour compenser les deux millions de barils quotidiens de pétrole iraniens qui sont “perdus” à cause des sanctions. Pour tout dire, les Etats-Unis ont deux objectifs : empêcher les exportations pétrolières de l’Iran et compenser la perte globale de quantité produite pour éviter toute panique sur les marchés et la hausse vertigineuse des prix du pétrole. Mais, ces objectifs étasuniens sont, l’un comme l’autre, inatteignables.

Téhéran régente non seulement une flotte considérable de pétroliers, mais aussi des centaines de camions capables de transporter du pétrole vers des pays voisins comme le Pakistan, la Turquie et l’Irak. Selon des sources bien informées, “l’Iran a fait part à ses voisins de son intention de vendre le pétrole à un prix beaucoup plus bas que le prix du marché”, rendant tout embargo absolu impossible. A preuve, lorsque l’”Etat islamique” (EI) contrôlait certaines parties de la Syrie et de l’Irak, tous les pays voisins achetaient le pétrole à l’EI parce qu’il n’était pas cher.

L’Iran riposte aux sanctions américaines en rejetant totalement tout processus de négociation avec le pouvoir étasunien, contrairement à ce que Trump espérait. “Ça ne sert à rien de négocier avec cet homme (Trump). Il est dangereux. Ne commettons pas l’erreur de proposer de négocier avec lui”, a déclaré le président iranien Ali Larijani, en faisant allusion au ministre Zarif.

Le général Soleimani a déclaré : “L’ennemi veut nous traîner à la table des négociations par des pressions économiques, et accepter ce type de négociation serait de la soumission… Négocier avec l’ennemi dans ces conditions revient à se rendre purement et simplement, et nous ne nous laisserons certainement pas humilier de la sorte”.

Selon des sources iraniennes, Sayyed Ali Khaminei “s’est toujours méfié des Etats-Unis, même pendant le mandat d’Obama, et a refusé de discuter d’autres questions que l’accord nucléaire qui a été négocié à l’insistance du Président Hassan Rohani. Sayyed Khaminei n’acceptera certainement jamais de parler à Trump qui fait preuve d’une arrogance inouïe envers ses partenaires du Moyen-Orient et à qui on ne peut pas faire confiance pour respecter un éventuel accord, vu la facilité avec laquelle il trahit et renie les paroles qu’il a lui-même prononcées !”

Washington espère forcer l’Iran à s’asseoir à la table des négociations, mais Téhéran ne veut pas se plier aux desideratas étasuniens. Selon des responsables américains, l’Iran a perdu 10 milliards de dollars à cause des sanctions. Néanmoins, selon les sources, “au cours des quatre dernières décennies, l’Iran a perdu des centaines de milliards de dollars sans jamais céder, alors même que son autonomie, tant industrielle que commerciale, était à son niveau le plus bas pour ce qui est des produits de nécessité. L’Iran d’aujourd’hui n’est pas l’Iran de 1979 lorsque la révolution a pris le pouvoir, ni l’Iran de 1989, lorsqu’il a accepté de mettre un terme à la guerre imposée par Saddam Hussein”. Il est clair que les deux camps, les États-Unis et l’Iran, sont en train de tracer des lignes rouges l’une pour l’autre, et aucun des deux ne semble disposé à modifier sa position actuelle.

Les réactions de Soleimani et Larijani ont fait apparaître des divergences au sein de la direction. Zarif n’aurait pas pu proposer un échange de prisonniers sans l’accord de son supérieur direct, le Président Rouhani. Soleimani et Larijani appartiennent tous deux à la même “maison”, et sont tous deux très proches de Sayyed Ali Khamenei qui est clairement opposé à tout rapprochement avec les Etats-Unis depuis le début.

Certains analystes estiment que les différentes positions des responsables iraniens ne sont qu’une répartition des rôles, une idée rejetée par notre source iranienne. “Au contraire, il est tout à fait certain que l’Iran ne négociera pas tant que les Etats-Unis ne rempliront pas leurs engagements antérieurs”. Sayyed Ali Khaminei refuse de réengager le pays dans des négociations avec les États-Unis sur d’autres questions que le rétablissement de l’accord nucléaire, la libération des avoirs iraniens détenus par les États-Unis, et la levée de toutes les sanctions.

En bafouant le droit international, en ignorant les Nations Unies, en imposant aveuglement des sanctions contre toutes sortes de pays, en abrogeant des accords précédemment signés par les Etats-Unis, et en manifestant un manque total de considération pour ses partenaires et alliés au Moyen-Orient et en Europe, Trump pousse l’Iran à se radicaliser. Trump va réussir à unir les iraniens radicaux et les Iraniens modérés dans un même combat contre l’hégémonie des Etats-Unis sur le reste du monde.

Elijah J. Magnier
1er mai 2019

Traduction : Dominique Muselet

Elijah J. Magnier
Middle East Politics


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