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Point de vue

Partie de poker au Moyen-Orient
par Jean-Luc Baslé

jeudi 2 mai 2019, par Comité Valmy


Partie de poker au Moyen-Orient

Il se dit que Donald Trump, l’ancien magnat de l’immobilier, négociait toujours avec une main forte pour obliger la partie adverse à accepter ses conditions. Dans une partie de poker, vous pouvez gagner avec une main faible si vous parvenez à convaincre les autres joueurs que vous avez un beau jeu. Au Moyen-Orient, John Bolton et Mike Pompeo, les Laurel et Hardy de la diplomatie américaine, jouent au poker avec une paire de deux. Ils vont perdre, car les autres joueurs savent qu’ils bluffent.

Supprimer les dérogations accordées à huit pays importateurs de pétrole iranien, juste après avoir déclaré organisation terroriste le Corps des gardiens de la révolution islamique, est un acte de guerre. Les Iraniens le savent tout comme les Chinois, les Turcs, les Indiens et le reste du monde. Que feront les États-Unis si la Chine continue à s’approvisionner en pétrole iranien ? Bloqueront-ils le détroit d’Ormuz avec la cinquième flotte pour l’en empêcher ? Il s’agirait alors d’une violation des lois internationales et d’un déni de la liberté de navigation que les États-Unis ont pourtant l’intention de préserver en mer de Chine méridionale. Cela constituerait également une perturbation majeure du marché mondial du pétrole, puisque 25% du pétrole transite à travers ce détroit. En conséquence, le prix du baril de pétrole monterait en flèche, et menacerait une économie mondiale déjà fragile. Donald Trump ne peut pas prendre ce risque s’il veut être réélu l’année prochaine. Les Chinois le savent.

Les États-Unis peuvent-ils faire pression sur les Chinois dans les négociations commerciales en cours, en proposant de meilleures conditions en échange de leur renoncement à acheter du pétrole iranien ? Les Chinois sont dans une situation difficile. Ils ont besoin du marché américain. D’un autre côté, les Américains sont aussi dépendants du marché chinois. En outre, la Chine a un as dans sa manche. Elle pourrait se délester d’une partie des 1.131 milliards de dollars de bons du Trésor américain qu’elle détient. La simple nouvelle que la Chine se débarrasserait de ses bons du Trésor américain enverraient les nains de Wall Street courir aux abris. Cela aurait pour conséquence de faire monter les taux d’intérêt américains, d’augmenter le déficit budgétaire et la dette publique. Cela ferait aussi baisser le dollar et augmenter le coût des importations, ce qui aurait un impact négatif sur le revenu net des ménages américains. Pas de très bon augure pour quelqu’un qui veut être réélu d’ici un an et demi. La main du nabab de l’immobilier n’est pas aussi forte qu’il le pensait. Autre fait, non négligeable, la Chine a clairement fait savoir qu’elle ne se laisserait pas décourager par la position, sans équivoque, des États-Unis concernant le Venezuela, et qu’elle continuerait à soutenir le président Nicolas Maduro. (1)

Les Iraniens vont-ils relancer leur programme nucléaire ? La classe dirigeante est divisée. Ce serait une erreur colossale de le redémarrer, car cela donnerait aux États-Unis et à leurs alliés le prétexte parfait pour « intervenir ». Les Iraniens doivent également résister à la tentation de bloquer le détroit d’Ormuz. Cela entraînerait non seulement une chute brutale de l’économie mondiale, mais aussi un recul des Iraniens aux yeux de la communauté internationale. Pour sa part, le Corps des gardiens de la révolution islamique doit s’abstenir de toute action stupide de représailles pour avoir été déclaré organisation terroriste. Si aucune de ces choses ne se produit, les États-Unis n’auront d’autre choix que de se « coucher ».

Jean-Luc Baslé
30 avril, 2019

(1) La Russie a envoyé un message encore plus fort en envoyant des troupes au Venezuela.


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