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Billet en Macronie : l’affaire Legay et
le procureur de la République bananière
par Karine Bechet-Golovko

mercredi 10 avril 2019, par Comité Valmy


Billet en Macronie : l’affaire Legay
et le procureur de la République bananière

Il y a vraiment quelque chose de pourri dans notre bonne veille République ! Le mépris institutionnel dont Geneviève Legay est l’objet, femme de 73 ans blessée lors d’une manifestation des Gilets Jaunes à Nice le 23 mars, est révélateur d’une crise politique profonde dans le système macronien, qui contamine toutes les institutions républicaines, détruit l’éthique policière, tente de mettre à bas la justice. Du "l’on ne va pas manifester lorsqu’on est faible" à la reconnaissance forcée de l’implication d’un policier, tout a été fait pour minimiser l’affaire Legay, pour qu’il n’y ait pas d’affaire Legay. Même confier l’enquête à la compagne du commissaire impliqué. Que reste-t-il de l’Etat de droit ? La République macronienne est une République bananière.

L’on se souvient de cette image qui a choqué, d’une femme de 73 ans avec un drapeau de paix, à terre, entourée des forces de l’ordre, du sang sur la tête lors de la manifestation des Gilets Jaunes du 23 mars à Nice. Elle fut hospitalisée pour des fractures multiples au crâne et aux côtes. Mais silence, rien ne doit filtrer, aucune responsabilité ne doit être mise en cause, sauf celle de la victime elle-même. C’est en tout cas la position de Macron. Rappelons ces déclarations, on ne peut plus méprisantes et cyniques, appelant Geneviève Legay à plus de "sagesse" si elle veut une vie tranquille :


« Quand on est fragile, qu’on peut se faire bousculer, on ne se rend pas dans des lieux qui sont définis comme interdits et on ne se met pas dans des situations comme celle-ci »

Immédiatement aussi, le procureur de la République de Nice avait alors blanchi a priori les policiers. D’ailleurs, ce serait peut-être même un caméraman qui serait impliqué ... Ah, ces journalistes, mais que font-ils ici, franchement ?


La victime « n’avait eu aucun contact avec les forces de sécurité ». « On ne voit pas qui la pousse. Si ce n’est que ce n’est pas un [des] agent[s] de sécurité, qui sont reconnaissables. C’est quelqu’un qui était devant elle, j’en connais trois », avait-il répété lundi. Il avait aussi laissé planer le doute sur l’identité de la personne qui aurait pu la pousser, citant notamment « un cameraman » et « un homme avec une casquette marron »

Au cas où, les street médics, qui interviennent sur place pour aider les blessés, sont mis de côté, puis placés en garde à vue. Pour être certain que rien ne filtre. Au centre de ce scandale, le commissaire R. Souchi de la police nationale. Le siteprofession-gendarme donne plus de détails :


 » Les gendarmes, qui n’obéissent pas à R. SOUCHI ont dit aux medics « y a un blessé, venez, mettez vous sur le côté, on va vous faire passer, on a besoin de vous » ils nous ont protégé et se préparaient à nous faire traverser la barrière des flics.
R. SOUCHI arrive et cri : « embarquez moi ça ! » en parlant de nous. Il appelle la BAC alors que nous souhaitions intervenir pour les premiers soins de Geneviève. Il nous a empêché de y’aller ! D’aller porter secours à cette femme qu’avait le crâne en sang !
Nous on était neutre, on venait aider les gens. Les mecs qui nous ont mis les menottes avaient honte ! Les gendarmes étaient dépités, et nous ont dit « c’est Souchi… on peut rien dire mais faites le nécessaire, vous avez son nom ». Tous les flics avec qui on a parlé en GAV nous ont supplié de faire quelque chose contre R. Souchi : « on peut rien dire mais vous, vous pouvez ». Même eux en ont marre, et veulent qu’on le dénonce, qu’on agisse. »

Dans la logique du procureur de Nice, les policiers n’y sont pour rien, personne n’y est pour rien, ce n’est pas du pénal. Une femme de 73 ans a des fractures multiples aux côtes et au crâne, juste parce qu’elle a été un peu bousculée ? Elle est "fragile". Donc, mémé, à la maison ! Bref, une véritable enquête n’est pas nécessaire, puisqu’avant même de mener l’enquête l’on sait qu’il n’y a pas de responsables. Et qu’il ne doit pas y en avoir. Pour être certain que rien de dérangeant ne fasse surface, comme le révèle Médiapart, le procureur, sciemment, confie à la compagne du fameux commissaire Rabah Souchi, en charge des opérations de l’ordre ce 23 mars, l’enquête technique devant déterminer les faits. Or, depuis, la vidéo de surveillance a bien montré l’implication d’un policier et Geneviève Legay a porté plainte pour violence en réunion contre les forces de l’ordre. Mais leprocureur a continué à rejeter l’implication des forces de l’ordre :


plusieurs médias, dont Le Monde, le service CheckNews de Libération, l’Agence France-Presse et Arrêt sur images avaient analysé les images à leur disposition et avaient conclu qu’un policier était sorti du cordon au début de la charge et avait volontairement poussé Mme Legay, entraînant sa chute puis ses blessures. Contacté par Le Monde, jeudi, dans la journée, Jean-Michel Prêtre avait affirmé « qu’il restait sur sa position de lundi » et avait assuré que la justice détenait « des images de très près qui ne laissent aucun doute ».

Ensuite, devant l’inévitable et le scandale, le policier a reconnu les faits, les minimise et, n’ayant plus le choix, affirme regretter - même s’il estime ne pas être en faute et n’avoir que respecté les ordres (que regretter alors ?). Dans un exercice de gymnastique politique digne des Jeux Olympiques, le procureur nous fait le grand écart, retourne ses pantalons après sa veste, et tente de justifier l’injustifiable, la nomination de la compagne du commissaire responsable, ce qui n’aurait absolument pas influencé l’enquête Vous avez un doute ? C’est que vous avez vraiment l’esprit mal tourné. Les déclarations du procureur sont simplement ubuesques :

"C’est une situation qui ne m’était absolument pas inconnue dès le départ, expliquait ainsi le procureur de la République de Nice, le 29 mars. C’est une décision que j’ai prise en toute connaissance de cause parce qu’il ne s’agit pas d’une enquête pénale au sens classique du terme."

"Il s’agit d’une enquête technique en recherche des causes de blessures qui ne mettait en cause absolument personne pour une faute quelconque, justifie-t-il. La recherche ne mettait pas en cause les responsables des manifestants, de ceux qui encadraient les manifestants, des responsables des forces de sécurité présentes"

Or, il y a bien eu implication d’un policier, sous les ordres du commissaire Rabah Souchi, qui a été à l’origine des fractures multiples, notamment au crâne, qu’a subies G. Legay et l’enquête a été confiée à la compagne de ce commissaire. Sciemment. Car l’on cherche surtout à ne mettre personne en cause ...

Si les procureurs, dans le système français, sont hiérarchiquement dépendants du ministre de la Justice, ils sont formés, normalement, pour ne pas confondre, dans l’exercice de leur fonction, le service d’Etat avec l’asservissement politique. Rappelons, par ailleurs, que les enquêtes préliminaires ne sont pas ouvertes par les procureurs dans le vide, mais lorsqu’il y a un délit ou un crime potentiel. A la suite de quoi, ce délit ou ce crime sera ou non factuellement confirmé. Autrement dit, confier une enquête préliminaire à la compagne de la personne directement impliquée est le meilleur moyen de faire semblant de garder les apparences de la justice (qui sait qu’ils sont en union libre ?) tout en mettant en place toutes les conditions favorables pour clore l’affaire faute d’éléments factuels concluants ou, si cela n’est pas possible, pour minimiser l’affaire autant que possible.

Cette République macronienne est vraiment devenue une République bananière, qui entraîne dans sa chute toutes les institutions républicaines.

Karine Bechet-Golovko
mardi 9 avril 2019

Russie politics


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