COMITE VALMY

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L’ennemi commun des peuples

Les USSA du CMI
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lundi 8 avril 2019, par Comité Valmy


Les USSA du CMI

– Dans son travail de candidate pour les présidentielles USA-2020, avec probablement le président Trump comme principal adversaire, la députée démocrate de Hawaii Tulsi Gabbard remet en cause la politique soi-disant libérale et capitaliste, – donc sans intervention ni soutien de la puissance publique, – du président (comme des USA en général puisqu’il s’agit d’un dogme fondateur de la religion de l’américanisme).

Du même coup, ce qui ne manque pas d’habileté, Gabbard se rapproche clairement de la ligne générale du parti démocrate qui est de plus en plus phagocyté par son aile extrémiste/gauchiste caractérisé par un discours haut en couleur sur le “socialisme aux USA” ( “Socialisme Vert” si l’on en croit AOC). Dans un tweet, Gabbard rappelle ce qui constitue une hypocrisie fondamentale du fonctionnement de l’économie américaniste, non seulement avec Trump mais d’une façon générale aux USA sous la forme évoquée (fortes dépenses militaires pour le CMI, ou Complexe Militaro-Industriel) depuis1948 exactement. La question est de savoir si la démarche de la députée de Hawaii rencontrera l’évolution des événements (une opposition possible, mais jusqu’ici si complètement improbable sinon impensable) aux dépenses militaires et aux aventures

extérieures.

(La question des “acventures exté"rieures”, et donc des dépenses militaires qui dévastent les budgets sociaux, constitue l’autre thème, et même le thème principal qu’affectionne Gabbard mais que le parti démocrate traditionnel, absolument belliciste, dénonce absolument. Sur ce point, l’aile gauchiste des démocrates ne s’est pas vraiment prononcé d’une façon claire et décisive et, à notre sens, le débat est ouvert même s’il paraît complètement superflu à ceux qui jugent que rien ne changera jamais dans l’emprise surpuissante du Système sur les USA, pour ce qui est de la voie belliciste et d’un Pentagone gargantuesque... Il y a beaucoup de choses que certains jugeaient impensables à la fin du XXème siècle qui se sont imposées à nous depuis le début du XXIème.)

RT.com présente ce tweet de Gabbard et lui donne une certaine signification liée au débat actuel autour de l’orientation “socialiste” du parti démocrate...

« On ne pouvait guère soupçonner Trump d’être un socialiste déguisé. Après tout, le président américain est devenu l’un des plus ardents critiques de la plate-forme idéologique de gauche. Tout récemment, il a annoncé qu’il “entrerait en guerre avec certains socialistes”, en faisant apparemment référence à ses opposants politiques du Parti démocrate.

 » Mais le président semble aussi très enclin à emprunter des idées socialistes quand cela correspond à son programme, du moins selon la députée hawaïenne et candidate démocrate à la présidence Tulsi Gabbard, dans un tweet posté vendredi  : “Trump est pour le socialisme quand il s’agit des impôts contribuables garantissant la bonne marche des entrepreneurs militaires et les fabricants d’armes. Le même argent permettrait de créer plus d’emplois pour reconstruire l’infrastructure et l’économie verte de notre pays, et ce serait mieux pour l’humanité.”

 » Elle faisait référence à un article du Los Angeles Times, qui rapportait allègrement que l’énorme budget militaire de Trump aidait à redonner vie à une usine de fabrication de chars destinés au Pentagone quelque part dans le nord-ouest de l’Ohio... [...] Le journal a salué le fait que l’augmentation du budget du Pentagone va permettre aux travailleurs locaux de conserver leur emploi et encourager une main-d’œuvre qualifiée à s’installer dans une petite ville rurale de l’Ohio. Gabbard décrit le cas cité comme une redistribution d’argent des contribuables vers une région sinistrée économiquement pour sauver certains emplois, – une mesure de type socialiste.

 » Il est très difficile de savoir si Trump avait cette usine de l’Ohio ou d’autres usines comme celle-ci à l’esprit lorsqu’il a appuyé le budget record du Pentagone. Après tout, redistribuer d’importantes sommes d’argent public en faveur du complexe industriel militaire américain en plein essor ressemble beaucoup au socialisme. [...]

 » Trump, quant à lui, semble assez confiant dans sa politique du ‘Make America Great Again’ [MAGA] alors que ce sont ces “socialistes pessimistes” qui menacent de ruiner tout ce qu’il a accompli. “J’adore l’idée de MAGA parce que vous savez que ce qu’elle dit, c’est que nous avons rendue l’Amérique à nouveau géniale et que nous allons la garder telle quelle et empêcher les socialistes de la détruire”, a-t-il déclaré à un auditoire de membres du Congrès républicain cette semaine, en parlant de la prochaine campagne présidentielle. »

Ce que détaille RT.com à partir du tweet de Gabbard n’est qu’une très petite partie du système “socialiste” actuel de l’américanisme tel qu’il fonctionne depuis plus de trois-quarts de siècle. Le “socialisme” structurel du pouvoir washingtonien aux USA (ce qui suggère l’acronyme USSA : United Socialism States of America) profite à l’industrie d’armement directement, mais à toute l’économie indirectement, notamment par les avancées technologiques et les méthodes de production qui sont rapidement introduites dans la production civile, par les ramifications de sous-traitants qui sont eux-mêmes dans le secteur militaire et civil à la fois. Encore met-on bien sûr à part, parce que c’est l’évidence “socialiste” du cas, les conglomérats industriels militaires qui ont une forte activité civile, comme l’industrie aérospatiale et les chantiers navals, et plus récemment les grandes entreprises du domaine de l’informatique. On sait par exemple que les investissements de recherches et de développement du programme Boeing 707, qui a lancé la firme dans l’industrie civile des avions à réactions pour en faire l’une des deux premières du monde avec Airbus, ont été tout entier financés par le Pentagone pour son programme de ravitailleur en vol KC-135 en 1953-1956. Aujourd’hui, comme l’ont montré nombre de cas et de “lanceurs d’alerte” (Snowden), l’apport financier du Pentagone et associés (la CIA, la NSA) pour les entreprises type- GAFA est considérable.

Du “Trou Noir du XXème siècle” au Yémen

L’un des grands arguments de l’historien et commentateur William Pfaff à propos du développement de l’économie des USA depuis1945 était que ce pays avait institué sous la forme du budget du Pentagone et des organismes associés une puissante “politique économique” dissimulée, – une “planification” publique si l’on veut et comme disaient (selon des conceptions idéologiques différentes) autant les Soviets que le général de Gaulle avec leurs gouvernements centralisateurs. C’est d’ailleurs de cette façon que l’affaire commença comme on peut le voir dans notre série d’articles rassemblés en un sujet du Glossaire.dde sur « Le Trou Noir’ du XXème siècle » auquel nous attachons une grande importance de remise en ordre historique pour la période-charnière de 1945-1948 ; on lira notamment cet extrait :

« ...L’industrie sauvée par une intervention publique massive – Ainsi, dès 1947-48, s’était imposée aux industriels de l’aéronautique autant qu’aux officiels de l’administration Truman concernés par leur problème si considérable, cette réalité qui a finalement moins évolué qu’on pourrait croire : l’industrie aéronautique américaine, dans la forme structurelle qu’elle avait, n’était viable qu’au travers d’une intervention massive des pouvoirs publics. En Europe, une telle situation eût naturellement mené à une nationalisation technique (ce fut d’ailleurs souvent le cas). Aux États-Unis, il n’en était pas question. Pour[le secrétaire à la défense]Forrestal, banquier de Wall Street venu à la fonction publique au début de la guerre, la nationalisation c’était le socialisme, voire le communisme. En 1943, il allait jusqu’à exprimer l’idée que c’était à “l’industrie privée, [par son existence et son activité] de nous éviter un coup d’état marxiste”.

 » D’autre part, il fallait sauver l’industrie aéronautique. On l’a vu, il y avait la cause fondamentale de la crainte que l’effondrement de cette industrie amenât une réaction de panique en chaîne semblable à celle de 1929, et précipitât à nouveau l’Amérique dans la Dépression... [...]

 » La Chase Bank joua un rôle fondamental dans la relance de l’industrie aéronautique par le biais des commandes de l’État. Elle le put par l’influence énorme qu’elle avait sur le monde politique (tous les candidats républicains à la présidence avaient leurs campagnes payées par la Chase Manhattan, et les démocrates recevaient également des fonds). Forrestal, ancien banquier, était un ami intime de Winthrop Aldrich, beau-frère de John D. Rockefeller et directeur général de la Chase Manhattan. Au début 1948, une lettre du secrétaire à l’Air Force Stuart Symington à Aldrich indiquait que l’opération était lancée : “Le problème est de savoir comment faire avec l’argent pour obtenir ce que nous voulons”. La réponse vint en mars-avril 1948 : la ‘War Scare’ du printemps 1948[suivant le “coup de Prague de février 1948]amena le Congrès et Truman à accepter une augmentation de 57% des commandes militaires aéronautiques. Et ce n’était qu’un début. L’industrie aéronautique américaine était sauvée. Jusqu’à aujourd’hui, elle a vécu sur ce régime qui dispense tous les avantages de la nationalisation sans imposer aucune de ses obligations. »

Ainsi, en un seul tweet qui dévoile l’orientation qu’elle entend donner à sa campagne, Tulsi Gabbard donne une orientation singulière aux arguments baptisés “socialistes” que développent divers candidat(e)s à la désignation du parti démocrate pour les présidentielles USA-2020. Elle montre qu’on peut établir un lien extrêmement puissant entre deux tendances qu’on s’entend en général à considérer comme nécessairement séparés sinon antagonistes. Cela correspond à cette position si particulière qui fait qu’elle est la seule personnalité connue à défendre deux positions : à la fois anticapitaliste (“progressiste”) de facto au niveau intérieur (en considérant le “capitalisme” dans sa version postmoderne, comme cause de la désintégration des économies classiques, notamment industrielles, comme cause d’inégalités intenables, etc.) ; à la fois antiguerre de façon explicite en s’attaquant à la racine du mal, qui est le niveau des dépenses militaires drainant l’essentiel des capacités budgétaires fédérales.

Gabbard s’adresse ainsi aussi bien à divers éléments de la gauche (en général, des “anticapitalistes”) et à divers éléments de la droite (en général antiguerres). Ces circonstances montrent qu’il ne faut pas perdre de vue que ces positions antiSystème peuvent également se retrouver à l’autre extrémité de leur positionnement initial : on dira simplement que la gauche antiSystème est aujourd’hui plus préoccupée de ce qu’on nommerait avec des guillemets de l’“anticapitalisme”, et la droite antiSystème plus préoccupée de ce qu’on nommerait l’antiguerre ; l’intérêt des positions de Gabbard est bien entendu qu’elle tend à rassembler les deux positions, notamment en développant une logique qu’on dirait de type “le roi est nu”, à savoir que les guerres dépendent du fonctionnement dans tous ses composants de l’hypercapitalisme postmoderne, avec la fonction “socialiste”-belliciste du gouvernement fédéral.

A ces considérations en grande partie théoriques, vu l’isolement apparent de Gabbard pour l’instant, s’ajoutent des événements épars qui découvrent des potentialités révolutionnaires au cœur de l’establishment, dans son fonctionnement général. Ce fut le cas, cette semaine, avec le vote du Congrès (54-46 voix au Sénat et 247-175 voix à la Chambre) d’une résolution rédigée en application de la War Powers Act (Loi des Pouvoirs de Guerre) visant à mettre fin à la participation des États-Unis à la guerre au Yémen sans autre autorisation. La résolution (déposée le 30 janvier par les sénateurs Sanders [Indépendant-démocrate] et Lee [républicain]) est présentée comme « Une résolution commune pour ordonner le retrait des forces armées américaines des hostilités en République du Yémen non autorisées par le Congrès ». Son adoption constitue sans aucun doute un événement extraordinaire par rapport aux normes du Système, et il a donc été salué par le moins de bruit possible, sinon dans certains cas par un silence, assourdissant comme il se doit.

(La War Powers Act dont se réclame le vote date de 1973 et elle avait été votée pour réaffirmer d’une façon concrète et opérationnelle le droit donné par la Constitution au seul Congrès de décider de l’entrée en guerre des États-Unis, ainsi qu’implicitement le droit de qualifier de “guerre” tel ou tel acte de l’exécutif, donc d’affirmer la maîtrise du Congrès sur eux. La War Powers Act fut votée pour donner au Congrès la complète maîtrise du rôle des USA dans ce qu’il restait du conflit vietnamien après les accords de paix de Paris de janvier 1973, et elle interdit effectivement toute intervention des USA dans ce conflit, y compris des livraison d’armes au régime de Saïgon lors de l’invasion du Sud Vietnam par le Nord en 1975.)

Il est très probable que le président Trump mettra son veto à l’application de cette résolution sur le Yémen et qu’il trouvera sans doute aisément les 35 sénateurs pour empêcher le Sénat de passer outre au veto (il faut un vote des 2/3 du Sénat pour parvenir à ce résultat). Il n’empêche qu’en l’état actuel des choses, compte tenu de ce qu’on croit et juge des forces qui règnent en maîtresses à Washington, ce vote du Congrès est difficilement explicable et dans tous les cas constitue une occurrence exceptionnelle. Il défie la logique habituelle, à partir d’un enchaînement de circonstances et d’émotions prenant leurs racines dans les tortures puis l’assassinat de l’opposant saoudien Khashoggi dans un consulat saoudien en Turquie début octobre 2018.

Ce vote avait contre lui les deux lobbies les plus puissants de Washington : le lobby sioniste et le lobby saoudien, et, d’une façon générale ce qu’on nomme d’habitude le DeepState, où le Complexe Militaro-Industriel a une place de choix. Le fait que ces barrages avec leur immense capacité de pression terroriste et de corruption n’aient pas réussi à empêcher le Congrès d’agir comme il l’a fait, selon une procédure complexe où il est aisé de faire dérailler le processus vers une résolution, constitue un événement remarquable. Il est bien difficile de dire ce que cet événement implique potentiellement mais il indique évidemment qu’il existe à Washington des capacités d’intervention hors des normes strictes et des interdits de la terrible politiqueSystème

dimanche 07 avril 2019


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