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Ukraine / US : de la relativité du culte de la lutte contre la corruption et de l’indépendance de la justice
par Karine Bechet-Golovko

dimanche 24 mars 2019, par Comité Valmy


Ukraine / US : de la relativité du culte de la lutte
contre la corruption et de l’indépendance de la justice

Une information surprenante est apparue dans la presse américaine, qui est passée plutôt inaperçue en France. Lors de son interview à The Hill, le Procureur général ukrainien a directement accusé l’ambassadrice américaine d’ingérence dans les affaires pénales et judiciaires internes, fournissant une liste "d’intouchables". Bref, de la relativité de l’indépendance de la justice et de l’importance encore plus relative de la lutte contre la corruption en Ukraine ...

Dans une interview pour le média américain The Hill, le Procureur général ukrainien, Yuri Lutsenko, a déclaré que lors de son entrée en fonction en 2016, l’ambassadrice américaine Marie Yovanovitch, s’est entretenue avec lui, afin de lui remettre une liste de citoyens ukrainiens (des députés, des business men ...) intouchables, contre lesquelles aucune poursuite pénale ne pouvait être engagée. Il aurait refusé et l’ambassade américaine aurait alors différemment réparti les 4 millions $, qui devaient être attribué à la Procuratura générale pour la lutte contre la corruption.

Si le Département d’Etat dément ces accusations, en revanche, ils confirment bien que les fonds furent "réattribués" ... D’autres éléments soulèvent de nombreuses questions quant à l’indépendance du Procureur général, au minimum parce que Poroshenko est allé aux Etats-Unis confirmer sa candidature avant de le nommer ... et Lutsenko était alors vu comme un potentiel "grand réformateur" de la Procuratura, bref l’individu qui aurait pu enterrer cette institution qui dérange dans l’espace post-soviétique.

Il semblerait que ces pratiques aient eu lieu au paravant et un cas d’ingérence américaine dans la lutte contre la corruption en Ukraine est déjà documenté. Sous l’ancien Procureur général Chokine et l’ancien ambassadeur américain Pyatt, celui-ci a ordonné par courrier au Procureur général d’arrêter l’enquête contre le Centre pour la lutte contre la corruption pour ... détournement de fonds. Ce qui a été fait.

Le Département d’Etat, évidemment, dément l’existence d’une liste :


« L’ambassadrice Yovanovitch représente le président des États-Unis en Ukraine. L’Amérique soutient l’ambassadrice et ses déclarations. Les accusations du procureur général de l’Ukraine sont fausses et vise à ternir la réputation de l’ambassadrice Yovanovitch »

Rappelons, que Marie Yovanovitch connaît bien l’Ukraine, puisque juste avant la Révolution Orange de 2004, selon le site du Département d’Etat, elle était chef de mission adjointe à l’ambassade US à Kiev. Elle a quand même le don de se trouver au bon endroit au bon moment, puisqu’elle était également en poste au Kirghizistan (ambassadrice, 2005-2008) lors de la Révolution des Tulipes de 2005, qui a ouvert la voie à cette longue période de déstabilisation dont le pays a toujours du mal à sortir.

Dans cette situation, forcément, quelqu’un ment. Soit le Procureur général, soit l’ambassadrice. La loigique d’un Etat souverain serait de convoquer Marie Yovanovitch pour demander des explications. Et si Lutsenko a menti, de le démettre de ses fonctions. Au-lieu de cela, Poroshenko s’étale de tout son long devant les Etats-Unis, dans un salue digne des protocoles orientaux d’autrefois. Trump est notre ami, les Etats-Unis, avec l’UE et l’OTAN, sont nos partenaires stratégiques. Je n’y suis pour rien, surtout ne me tapez pas ... Il attend les ordres, qui seront certainement donnés à son successeur.

Si dans ce contexte la résistance affirmée de Lutsenko laisse dubitative, en revanche, il est difficile de comprendre quel jeu joue le Procureur général, pourquoi il a lancé un scandale de cette taille ... Tenter de sauver l’honneur de ces organes d’Etat continuellement accusés, à raison, de ne pas réussir à mener la lutte contre une corruption, qui ne s’est jamais portée aussi bien ? S’il agit seul, cela revient à un suicide politique. Fait-il parti du jeu politique intérieur américain ? Possible ... Le rapport spécial sur l’ingérence russe vient d’être remis, il ne sera surtout pas publié ... Les accusations seraient déjà tombées si elles n’avaient pas été tellement nécessaires aux Démocrates, pour digérer une défaite dont ils ne se remettent pas et qu’ils veulent toujours en encore rejouer. C’est alors que Trump sort la piste de l’ingérence ukrainienne en soutien aux Démocrates et à Clinton :

L ’enquête serait menée en Ukraine par Lutsenko, sur des fuites intentionnelles d’informations depuis l’Ukraine pour aider Clinton dans sa campagne :


Ukraine’s top prosecutor divulged in an interview aired Wednesday on Hill.TV that he has opened an investigation into whether his country’s law enforcement apparatus intentionally leaked financial records during the 2016 U.S. presidential campaign about then-Trump campaign chairman Paul Manafort in an effort to sway the election in favor of Hillary Clinton.

Dans tous les cas, cette affaire est très intéressante quant à la propagande atlantiste sur le culte affiché de l’indépendance de la justice et de la lutte contre la corruption. Moralité de l’histoire : seul un Etat réellement souverain peut se permettre une justice indépendante et avoir intérêt à lutter objectivement contre la corruption ; or, ils sont de plus en plus rares ...

Karine Bechet-Golovko
samedi 23 mars 2019

Russie politics


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