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Articles de Bruno Adrie, Le monde tel qu’il est

« Chantal Mouffe jargonne
et le vent se lève ! »
par Bruno Adrie

samedi 16 mars 2019, par Comité Valmy


« Chantal Mouffe jargonne
et le vent se lève ! »

Chantal Mouffe jargonne sur le site bobo-laclau-mouffien LVSL – Le Vent Se Lève, tout un programme – au sujet des Gilets Jaunes, c’est-à-dire au sujet de gens qui ne la connaissent pas et ne gagneraient rien à la connaître hormis l’occasion de passer un moment de franche rigolade.

Je ne prendrai qu’un extrait de son interviou.

Au sujet des manifestations de gilets jaunes, Chantal Mouffe parle de « situation populiste », c’est-à-dire d’une situation particulière qui rattachée à d’autres situations populistes sont les manifestations d’un « moment populiste » qui caractérise «  la situation actuelle en Europe occidentale ». Vous suivez ?

Théoriser sur des luttes qu’on n’a pas vu venir et coller dessus des étiquettes simplistes, il n’y a rien de mieux pour rassurer un intellect en quête de confort – on imagine Chantal Mouffe sirotant un baby whisky pendant qu’elle nous distribue les premiers éléments du lexique sorti de son crâne d’Athéna.

Elle poursuit son analyse : «  Les demandes des gilets jaunes sont définitivement des demandes qui ont à voir avec des résistances contre ce que j’appelle la post-démocratie, dans ses deux volets : la post-politique et l’oligarchie. Ils veulent avoir une voix, ils veulent qu’on les entende, et mettent en cause, pour cette raison, la post-politique ; d’autre part un certain nombre de leurs revendications renvoient à une critique des inégalités et à des demandes d’égalité. »

Chantal Mouffe nous fait que nous rappeler ce que nous savons déjà, à savoir que les Gilets Jaunes « veulent avoir une voix, ils veulent qu’on les entende », qu’ils veulent plus d’égalité. Mais, alors que le commun – le Gilet Jaune – s’arrête à ces simples constatations, la théoricienne prend son envol et nous emporte sur son aile : «  les Gilets Jaunes mettent en cause […] la post-politique ».

Vertige ! Qui l’aurait deviné ?

Je ne sais pas de quelle post-politique elle parle et je me demande bien ce qui pourrait se passer après une période post : une période post-post peut-être et, je suppose, ainsi de suite.

Ne sommes-nous pas tout simplement dans une période où des acteurs concrets ayant investi plus que jamais les institutions cherchent à les détourner de leur fonctionnement normal ou tout simplement à les abolir pour pouvoir se livrer en toute tranquillité à un pillage éhonté de la richesse nationale, provoquant de ce fait un appauvrissement des perdants de la mondialisation qui dès lors ont pris le parti de manifester leur mécontentement sous les coups de matraques de la police et sous les quolibets de la presse ?

Que vient faire là-dedans la post-politique mouffienne ?

Chantal Mouffe poursuit son élévation. Elle crève les nuages de l’ignorance – des Gilets Jaunes ? – et atteint les cieux écrémés de la pensée pure. Obsédée par son besoin d’étiqueter le monde, elle cherche maintenant à savoir si les Gilets Jaunes constituent un mouvement populiste. Méditant brièvement sur la question, elle affirme n’en être pas certaine parce «  dans un mouvement populiste, il y a deux dimensions, horizontale et verticale ». Or ce n’est pas le cas des Gilets Jaunes qui se caractérisent par un « aspect horizontal d’extension de la logique de l’équivalence ».

Vous êtes toujours là ?

Chantal Mouffe remarque que le mouvement des Gilets Jaunes est purement horizontal et totalement dépourvu de verticalité. Coup de bol, avec Laclau, elle a précisément étudié «  la manière dont un mouvement se constitue à partir d’une série de demandes qui, tout à coup, se reconnaissent les unes et les autres comme ayant un adversaire commun. Mais, dit-elle, il n’y a pas chaîne d’équivalences pour autant. Pour qu’il y ait une chaîne d’équivalences, il faut qu’il y ait un principe articulateur, une dimension verticale. Or elle n’existe pas chez les gilets jaunes. »

Un jargon tellement verbeux et éthéré qu’il pourrait être collé à n’importe quelle réalité. En quoi s’enracine-t-il dans le vécu, dans le réel, dans une souffrance endurée par des personnes dressées contre le projet autoritaire d’un gouvernement au service des lobbies financiers et industriels ?

Chantal Mouffe enfile sur la page les mots creux d’un lexique désincarné mais qui a le don de satisfaire son besoin d’élucidation facile et d’asseoir, par la même occasion, son autorité : elle dit « demandes », « adversaires », « chaînes d’équivalences », « principe articulateur », « dimension verticale ».

A quoi j’ajouterai : «  interconnexion génératrice des horizontalités », « pluralité pluridirectionnelle articulée des demandes », « conflictualité entre adversaires polarisés dans un contexte post-politique et repolitisé ».

La liste peut être allongée à volonté.

Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin. Compte-tenu de son avancée dans le dévoilement d’un lexique qui permet d’épingler le réel au tableau noir de l’ennui, Chantal Mouffe déclare que le mouvement des Gilets Jaunes pourrait être qualifié de mouvement « proto-populiste ».

Que personne ne sorte avant la fin !

En effet, fidèle au principe de verticalité qui manque cruellement au mouvement des Gilets Jaunes, elle affirme qu’ «  un mouvement populiste nécessite un principe d’articulation, qui est symbolisé ou bien par un leader, ou bien par une lutte, mais [qu’]on ne trouve pas cela dans le mouvement des gilets jaunes ».

Qu’entend-elle par « un principe d’articulation, qui est symbolisé ou bien par un leader, ou bien par une lutte » ?

Que peut bien signifier qu’un leader ou une lutte symbolise un principe d’articulation ?

Veut-elle dire que pour gagner une guerre, il faut un chef charismatique capable d’incarner le groupe et de galvaniser les troupes ? Cherche-t-elle à nous dire que la lutte doit viser des objectifs bien définis et que les stratégies et les tactiques pensées et mises en oeuvre par ce chef charismatique et son état-major doivent permettre d’emporter la mise ?

Oublie-t-elle que les Gilets Jaunes ne sont que des manifestants ? Que viendrait faire un leader dans les manifestations ?. Permettrait-il d’éviter les coups, les gazages, les éborgnements, toute cette violence déchaînée dont la présidence en grand débat a interdit de parler dans un État de droit ?

Inattentive à mes interrogations, Chantal Mouffe conclut : «  Il y a une extension de la logique d’équivalence, mais il n’y a pas de chaîne d’équivalences qui donnerait un caractère politique, soit une forme de populisme de droite, soit une forme de populisme de gauche. Pour l’instant, on ne sait pas du tout dans quel sens ça peut aller. »

« Extension de la logique d’équivalence », « chaîne d’équivalence », « caractère politique », « populisme de droite », « populisme de gauche »...

Comme si les populismes de droite (gouvernements autoritaires, fascisme) avaient été produits pas les classes populaires !

Chacun doit bien savoir que ce n’est pas le peuple italien qui a payé la marche sur Rome mais la bourgeoisie lombarde. Chacun doit bien savoir que ce n’est pas le peuple allemand qui a mis Hitler sur son orbite politique mais les monopolistes de la Ruhr et les Junkers prussiens. Chacun doit bien savoir que ce n’est pas le peuple français qui a voulu le pétainisme mais que la fascisation du régime a été mise en place par la bourgeoisie française dès l’été 38, comme l’avait confié André François-Poncet au comte Ciano. Et que ce sont les amis de François-Poncet qui ont mis Pétain et Laval en selle pour faire tomber la République après une invasion allemande soigneusement préparée et attendue avec impatience.

Même si une partie des peuples a suivi les propagandes…

Chacun doit bien savoir aussi que lorsqu’un appareil politique prend de la verticalité, c’est pour aussitôt trahir la base qu’il prétend représenter.

C’est en tout cas l’idée des Gilets Jaunes aujourd’hui.

Mais ils n’ont pas lu Mouffe, ces proto-populistes sans chaîne d’équivalence ni principe articulateur…

Salauds de pauvres qui refusent de laisser aux petits-bourgeois la direction de la lutte des classes en France !

Bruno Adrie
13 mars 2019


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