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L’ennemi commun des peuples

Le gang de néocons à l’assaut du Venezuela
est-il stipendié par Moscou ?
Par Martin Sieff

samedi 9 mars 2019, par Comité Valmy


Le gang de néocons à l’assaut du Venezuela
est-il stipendié par Moscou ?

Parce que l’aventure qu’ils mènent est exactement le genre d’effort excessif et de dissipation d’énergie qui ne peut que profiter à Pékin et à Moscou

Le secrétaire d’État, Mike Pompeo, le conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, et l’envoyé spécial pour la restauration de la démocratie au Venezuela – titre farfelu – Elliott Abrams, sont-ils des agents d’influence de la Russie et de la Chine ? Cette idée a bien plus de valeur que la plupart des ridicules paranoïas qui ont balayé Washington au cours des dernières années.

Si la Russie et la Chine voulaient réellement compromettre la sécurité nationale des États-Unis, elles chercheraient à plonger Washington dans une guerre totalement nouvelle et ouverte, sans solution pratique en vue, sur un autre continent éloigné, où les États-Unis eux-mêmes n’ont absolument aucun intérêt stratégique majeur, mis à part leurs fantasmes de domination et leur cupidité.

Une telle guerre servirait également à consommer une part croissante du budget de la défense qui, autrement, pourrait être consacrée à la modernisation des forces armées américaines.

Les témoignages répétés au Congrès des Chefs de l’Armée, au cours des deux dernières années, confirment que ces forces sont terriblement vieilles et dépassées malgré des budgets de défense pharaoniques. Cela témoigne de l’incompétence, de la corruption et du pur gaspillage du complexe militaro-industriel et du Congrès (MICC).

Surtout, une telle guerre affaiblirait les forces armées américaines et les détournerait de ce qui est maintenant censé être leur objectif stratégique principal, défini par le gouvernement Trump lui-même, qui consiste à se concentrer sur la concurrence des grandes puissances, principalement la Russie et la Chine.

L’obsession soudaine de provoquer une confrontation militaire à grande échelle avec le Venezuela ne correspond pas à cet agenda ambitieux : au contraire il le subvertit et garantit l’échec et la défaite des États-Unis.

Pompeo et Bolton semblent avoir vendu avec succès l’aventure vénézuélienne au président Donald Trump, au motif de l’élimination du principal pays ami de la Russie dans l’hémisphère occidental, qui a accueilli récemment des bombardiers nucléaires stratégiques supersoniques Tupolev 160 « White Swan », les meilleurs bombardiers stratégiques du monde.

Cependant, il est clair que Trump a gobé les plans foireux, que Bolton et Pompeo colportent énergiquement, d’une mission d’infiltration pour installer finalement d’importantes forces militaires américaines au Venezuela afin de renverser le président légitime Nicolas Maduro et le remplacer par le farfelu président de l’Assemblée nationale, Juan Guiado.

La quatrième flotte américaine a été activée dans les Caraïbes et Bolton se prépare à déployer des milliers de forces terrestres américaines dans la Colombie voisine – ce qui, incidemment, à cause de la production de cocaïne, continue de faire peser une menace beaucoup plus grande sur la sécurité nationale des États-Unis que le comportement du Venezuela,

Mais pourquoi le font-ils ? Les vastes réserves de pétrole du Venezuela constituent certainement une cible tentante. Mais les efforts antérieurs des États-Unis en vue des changements de régime, notamment en Irak et en Afghanistan, se sont révélés totalement incapables d’assurer le contrôle des ressources stratégiques de leurs victimes, encore moins de les organiser dans un but lucratif.

L’Empire britannique – qui a saisi et exploité les ressources pétrolières de l’Iran pendant plus de 40 ans de 1911 à 1953 et de l’Irak de 1918 à 1958 – s’est révélé beaucoup plus efficace à l’époque en ce qui concerne le règlement de ces questions.

D’autre part, le risque imprudent et stupide de s’en prendre au Venezuela, en commençant une guerre sans fin, dans un environnement de jungle tropicale, pour la première fois en un demi-siècle depuis le Vietnam, devrait être évident pour le conseiller à la sécurité nationale des États-Unis .

Les forces américaines sont débordées et épuisées, entraînées dans d’importantes guerres interminables en Irak et en Afghanistan et soumises à des engagements extrêmement dangereux en Géorgie, en Ukraine et dans les États baltes, dont chacun pourrait dégénérer, par imprudence ou par pure incompétence, dans une guerre mondiale.

Les forces armées des États-Unis ont désespérément besoin d’une période de paix et de retrait, comme sous le président Dwight Eisenhower dans les années 1950 et le président Ronald Reagan dans les années 1980, pour se reposer, se rétablir et se rééquiper. Mais Bolton, avec son cocktail explosif habituel d’imprudence, de jeu et d’ignorance crasse, ne leur en donne pas le temps.

Bolton et ses co-inspirateurs néocons se sont toujours vantés narcissiquement d’être des « génies » stratégiques, à l’instar de Vil Coyote, le personnage comique et éternellement malchanceux des dessins animés de Warner Brothers, Road Runner. Au lieu de cela, en réalité, ils ont toujours été des clowns catastrophiques qui ne savaient pas où ils mettaient les pieds. Le Venezuela répète ce modèle classique de cauchemar.

Il y a un quart de millénaire, un véritable génie stratégique, le roi de Prusse Frédéric le Grand, avait averti : « Celui qui tente de tout défendre ne défend rien. »

Il y a cent vingt ans, les maîtres de l’empire britannique préservaient leurs vastes domaines en appliquant le même principe : ils réglèrent tous leurs différends avec la Russie et le Japon en vue de se concentrer sur la principale menace existentielle qui les concernait, c’est à dire la construction par l’Allemagne impériale d’une nouvelle flotte de haute mer.

Cependant, Bolton, Pompeo et leurs sbires sont sourds à de tels précédents. Ils se jugent beaucoup plus sages que le vieux roi Frédéric ou que Winston Churchill, qui avait appelé, en vain, dans les années 1930, à une alliance avec l’Union soviétique et à un règlement des divergences avec l’Italie, afin de se concentrer sur la seule véritable menace qui pesait sur tout le monde : Adolf Hitler et son régime nazi en Allemagne.

S’engager au Venezuela affaiblit beaucoup plus le pouvoir américain en Afghanistan, en Europe de l’Est et au Moyen-Orient que tout ce que les gouvernements de Russie, de Chine et d’Iran pourraient combiner, même s’ils le voulaient. C’est un cas classique d’extension stratégique et de dissipation de l’effort.

Bolton et ses amis sont devenus les victimes de leur propre rhétorique, ivres de leurs propres illusions. Ils croient réellement que les États-Unis sont devenus une hyperpuissance éternelle, pratiquement toute-puissante et inépuisable, capable de projeter simultanément une puissance illimitée dans toutes les directions.

Friedrich Nietzsche avait raison à propos de l‘hubris : « Les dieux rendent fous ceux qu’ils veulent détruire ».

Martin Sieff
– Le 26 février 2019

Traduction le Saker Francophone

– Source


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