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La "lettre à l’Europe" de Macron
est nulle et non avenue
Danielle Ryan, RT

dimanche 10 mars 2019, par Comité Valmy


La "lettre à l’Europe" de Macron
est nulle et non avenue

Sur fond de plusieurs crises politiques en Europe, 28 journaux de l’UE ont publié hier une lettre d’Emmanuel Macron dont on aurait vraiment pu nous passer. Il s’agit d’un texte lénifiant sur l’unité et le progrès.

"Citoyens d’Europe", déclame, avec son arrogance habituelle, le président français en difficulté, avant de s’attaquer à l’énigme du Brexit et à la crise de légitimité de l’Union européenne.

Le Brexit, nous dit Macron, est un "symbole" du "danger" dans lequel se trouve l’UE. Plutôt un symbole de l’effondrement du projet européen, non ? Ah attendez, il y vient : L’UE, poursuit-il, "n’a pas réussi à répondre aux besoins de protection des peuples contre les grands chocs du monde contemporain".

À ce stade, le lecteur peut encore s’imaginer que Macron va faire preuve d’un peu de lucidité, mais l’espoir est de courte durée. Ce n’est pas malheureusement la lettre de démission de Macron. On n’est pas surpris…

Manu le mégalomane

On ne peut qu’admirer son culot. Il en faut de l’audace pour écrire une lettre aux "citoyens d’Europe" appelant à une "renaissance européenne" alors que vos propres citoyens manifestent contre votre gouvernement néolibéral en faillite depuis quatre mois – et que, pendant cette période, votre taux de popularité a chuté au niveau pathétique de 18 %. On pourrait penser qu’une telle humiliation aurait encouragé Macron à la mettre en sourdine et à réfléchir un peu. Hélas, nous vivons dans un monde à l’envers - et c’est le très impopulaire président français qui vient nous expliquer la situation.

Rapidement, au milieu du deuxième paragraphe Macron se lance dans son sport favori : accuser… ici, les Européens qui "se replient dans le nationalisme" mais n’offrent aucune solution "alternative". Les "exploiteurs de colère, soutenus par les fausses informations", menacent toute l’Europe, affirme-t-il.

Les "exploiteurs de colère" (un nouvel élément de langage ?) n’ont généralement que peu de pouvoir sur les gens lorsqu’ils n’ont pas de raison d’être en colère - mais beaucoup d’Européens ont beaucoup de raisons d’être en colère.

PaulPopper@formerleft 10:56 PM - 4 mars 2019

La grandiloquence de @ EmmanuelMacron est incroyable. Détesté par ses concitoyens, incapables de sortir de sa bulle de peur d’être attaqué par des gilets jaunes, voilà comment le pot de fer Napoléon nous parle

https://www.theguardian.com/commentisfree/2019/mar/04/europe-brexit-uk ... pic.twitter.com/9tngyoPDTl

Et il ne s’arrête pas là. On a droit ensuite à ceux qui "nient les peurs qui traversent nos peuples" et aux "doutes qui minent nos démocraties", ce qui est une remarquable volte-face de la part d’un homme dont la première réponse aux émeutes dans les rues de Paris à cause de la baisse du niveau de vie et de l’austérité a été essentiellement de "leur dire de manger de la brioche".

Mais ne vous inquiétez pas, depuis, il a trouvé des solutions à tous les problèmes sociaux et politiques de l’Europe.

Et c’est reparti. Accrochez-vous !

‘Protéger la démocratie’

Tout d’abord, Macron propose la création d’une Agence européenne pour la protection des démocraties (AEPD ?) qui enverrait dans tous les Etats membres de l’UE des experts pour les aider à protéger leurs élections contre les "cyber-attaques et la manipulation".

Rappelez-vous, il a seulement quelques secondes, Macron a dit qu’il ne fallait pas ignorer la douleur et la colère des citoyens privés de leurs droits ni nier les problèmes indéniables qui affligent l’Union ? Ça n’a pas duré longtemps. Maintenant, il accuse ceux qui votent pour des partis qu’il n’approuve pas d’être sous "influence étrangère" – le truc la plus éculé du monde.

Des puissances étrangères diaboliques lavent le cerveau des pauvres Européens sans défense pour les forcer à voter pour des gens qui (du moins le prétendent-ils) proposent d’autres solutions pour résoudre les problèmes de l’Europe – et si quelqu’un ne saute pas de joie devant l’enfer néolibéral de Macron et autres faux progressistes, c’est uniquement de la faute des "fausses nouvelles". Imparable !

Ironiquement, ce sont les lamentables échecs de ce même Macron - qui nous met maintenant en garde contre le danger qu’ils représentent - et les dirigeants de son acabit qui ont renforcé les partis anti-establishment à travers l’Europe.

Ensuite, Macron s’attaque aux migrations en proposant la formation d’une police des frontières commune de l’UE, d’un office européen de l’asile (avec des règles communes d’acceptation et de refus) et d’un Conseil européen de sécurité intérieure (CEIS ?)

Excellent. Créons encore toute une série de ces méga-agences et de ces organismes supranationaux que tout le monde déteste, pour n’avoir aucun compte à rendre à personne sur la question qui a suscité le plus de divisions et de controverses dans les États membres de l’UE.

Si la Grande-Bretagne retourne aux urnes pour un second référendum sur le Brexit et que c’est le genre d’Europe qu’on lui offre - une surveillance bruxelloise renforcée à travers des organes européens encore plus anonymes et plus sourds remplis d’eurocrates non élus – on peut s’attendre à un second round du chaos du Brexit.

Le désastre de la Défense

Dans le domaine de la sécurité, Macron propose un nouveau traité de Défense qui définira les "obligations indispensables" de l’UE en lien avec l’OTAN. Bien sûr, cela impliquera "une augmentation des dépenses militaires", une "clause de défense mutuelle" et un Conseil européen de sécurité, "avec le Royaume-Uni à ses côtés" pour préparer les "décisions collectives".

La chancelière allemande Angela Merkel et Macron lui-même ont tous deux appelé de leurs vœux une "véritable armée européenne" - ce qui n’est pas surprenant, puisque l’Europe s’est engagée depuis longtemps vers une militarisation accrue.

Imaginez que plus de 27 États essaient de décider à l’unanimité quand et où faire la guerre. Qui prendra la décision ? Les hommes et les femmes d’Europe accepteront-ils de servir de chair à canon dans des guerres au profit d‘autres pays que le leur ?

Ce ne pourra qu’augmenter encore le sentiment anti-UE qui enfle sur le continent, en particulier dans les pays où les citoyens (sinon les gouvernements) ont une tradition de neutralité, comme l’Irlande.

Le progrès pour les travailleurs

Enfin nous en arrivons aux "travailleurs" de l’Europe. Macron écrit que l’UE a besoin d’un meilleur "bouclier social" qui garantirait le " même rémunération sur le même lieu de travail," et un salaire minimum européen "adapté à chaque pays".

Macron affirme avec des trémolos dans la voix qu’en Europe on devrait "pouvoir vivre de son travail" - mais voyons ce qu’il a réellement fait pendant son mandat : Il a réduit les impôts des riches, accordé aux entreprises françaises le pouvoir de licencier plus facilement, et attaqué les syndicats, dont certains l’ont accusé de mener des "politiques idéologiques visant à détruire notre modèle social" et favorisant "l’explosion des inégalités et la casse des droits collectifs"

.

Ce n’est pas par hasard que Macron, ancien banquier d’affaires, a acquis la réputation d’être le président des riches et des nantis, complètement déconnecté du citoyen français moyen.

Il ne devrait pas s’étonner que son appel au reste de l’Europe tombe dans l’oreille d’un sourd.

Ben Cobley@bencobley 7 h 58 - 5 mars 2019

"Chère Europe, écrit Emmanuel Macron, je suis complètement fou". https://t.co/s6S6MFJYDxhttps://www.theguardian.com/commentisfree
/2019/mar/04/europe-brexit-uk%20...

Danielle Ryan
7 mars 2017

Danielle Ryan est une journaliste indépendante irlandaise basée à Dublin. Elle est publiée dans Salon, The Nation, Rethinking Russia, teleSUR, RBTH, The Calvert Journal etc.

Traduction : Dominique Muselet


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