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L’ennemi commun des peuples

Venezuela : Guaidó « l’aléatoire »
ne revient que pour être ignoré
Par Moon of Alabama

vendredi 8 mars 2019, par Comité Valmy


Venezuela : Guaidó « l’aléatoire »
ne revient que pour être ignoré

Juan Guaidó, le type choisi au hasard qui prétend être le « président par intérim » du Venezuela, vient d’arriver à Caracas. Il n’a pas été arrêté. Il semble que la stratégie du président Maduro soit tout simplement d’ignorer Guaidó et d’attendre que la campagne du gars s’essouffle. Entre-temps, les médias américains et l’administration Trump font de leur mieux pour y parvenir. P/>

Le New York Times a annoncé que le hasardeux Guaidó avait l’intention de revenir au Venezuela : « Guaidó promet de revenir rapidement au Venezuela, alors que l’unité commence à s’effriter »

L’article comprenait ce passage curieux :

« Ces alliés régionaux font partie des 50 pays, y compris les États-Unis, qui l’ont reconnu comme président, pas M. Maduro qui s’est assermenté lui-même en janvier pour un second mandat après des élections largement considérées comme non-démocratiques. »

Il est inhabituel que quelqu’un s’assermente « lui-même » dans l’exercice de ses fonctions. Ce n’est pas non plus ce que la constitution du Venezuela prescrit :

Article 231 : Le candidat élu prend ses fonctions de président de la République le 10 janvier de la première année de son mandat constitutionnel sous serment devant l’Assemblée nationale. Si, pour une raison quelconque, l’élu président de la République ne peut être assermenté devant l’Assemblée nationale, il prête serment devant la Cour suprême de justice.

Alors que s’est-il réellement passé le 10 janvier au Venezuela ? Le NYT a fourni un lien dans le passage ci-dessus. Il dirige vers l’édition du Times du 10 janvier. Cela dit :

«  Lorsque le président vénézuélien Nicolás Maduro a été assermenté pour son deuxième mandat jeudi devant la Cour suprême du pays, ..

... Les présidents de la Bolivie, de Cuba, d’El Salvador et du Nicaragua ont assisté à la cérémonie, ainsi que des représentants de la Chine, du Mexique et de la Turquie. »

Maduro ne s’est pas assermenté « lui-même », il a été « assermenté ». Il a prêté serment devant la Cour suprême, ce qui est pleinement conforme à la constitution. (Le président de l’Assemblée nationale, Guaidó, a été reconnu coupable d’outrage à un jugement de la Cour suprême et n’était donc pas éligible.) Le Miami Herald propose une courte vidéo de la scène.

Ainsi, alors que le 10 janvier, le New York Times a correctement déclaré que Maduro avait été « assermenté », il affirme maintenant qu’il « s’est assermenté ». Pourquoi le Times fait-il cela, c’est assez évident. C’est Juan Guaidó, le fantoche américain, qui s’est « assermenté » en tant que « président par intérim » sous une forme incompatible avec les exigences de la Constitution. Comme CNN l’a signalé à ce moment-là :

« Le président de l’Assemblée nationale, Juan Guaidó, s’est assermenté aujourd’hui à la présidence du Venezuela s’adressant à une foule nombreuse de partisans à Caracas.

’Levez la main droite, aujourd’hui, le 23 janvier 2019, dans ma fonction de président de l’Assemblée nationale, en invoquant les articles de la Constitution - devant Dieu tout-puissant’, a déclaré Guaido, alors que la masse de ses partisans levait la main. ’Je jure d’assumer formellement le pouvoir du bureau exécutif national en tant que président du Venezuela.’ »

Pour couvrir l’illégalité de l’acte du hasardeux Guaidó « s’assermentant » lui-même, le Times affirme que le président Maduro avait fait de même. La différence dans la formulation semble mineure, mais elle témoigne du mépris total pour la constitution et les lois, de Guaidó et de ses partisans.

Juan Guaidó a quitté le Venezuela le 22 février, en dépit d’une décision de justice lui enjoignant de rester dans le pays. C’est pourquoi il pourrait toujours être arrêté. Mais s’il n’était pas revenu, sa carrière de « président par intérim » aurait pris fin. Le rapport du NYT ci-dessus et des articles similaires dans d’autres médias s’accordent sur le fait que :

« Si Guaidó ne rentre chez lui que pour y être arrêté, la campagne de l’opposition - qui a attiré des milliers de Vénézuéliens dans les rues au cours des dernières semaines - pourrait être stoppée. Mais s’il reste à l’étranger, l’effort risque également de faiblir. »

La campagne de l’opposition peut échouer d’une troisième manière. Elle peut simplement être ignorée. Il suffit de ne pas regarder et les monstres vont échouer.

Guaidó a appelé à de nouveaux rassemblements pour son soutien :

« ’je rentre à la maison’, a tweeté Guaido lundi matin. Dans des messages récents à ses partisans, Guaido a lancé un appel pour que d’énormes manifestations coïncident avec son arrivée afin de faire pression sur Maduro pour qu’il démissionne. Des travailleurs ont installé une scène sur une place de Caracas où les manifestants ont l’intention de se rassembler et des manifestations ont été organisées ailleurs dans le pays. »

C’est une période difficile pour les manifestations à Caracas. C’est le carnaval, les vacances au Venezuela, et beaucoup de gens sont en dehors de la ville. Il est également difficile de savoir combien de temps il reste aux partisans de Guaidó après l’échec de ses acrobaties d’aide humanitaire et après sa semaine à l’étranger au cours de laquelle il semblait complètement délirant :

« Question : Voyez-vous un moyen de vous débarrasser de Maduro ?

Guaidó : Je vois beaucoup de façons de se débarrasser de Maduro. Il est complètement isolé, à tel point que son seul recours est de continuer à réprimer et à utiliser la force contre le peuple du Venezuela. L’usage de la force est fait par des groupes paramilitaires, ce n’est même pas la garde nationale.

Question : L’armée est-elle divisée ? Il y a eu 200 défections de l’armée, mais de nombreux officiers n’ont pas fait défection.

Guaidó : Deux cents c’est seulement une petite partie. La grande majorité des forces armées, 80%, me soutient et rejette le régime. Ce n’est que le haut commandement qui résiste. Il y a beaucoup de peur à cause des tactiques qu’ils utilisent. »

Au cours du week-end, John Bolton, conseiller en matière de sécurité nationale de Trump, s’est de nouveau efforcé de convaincre les habitants du Venezuela que l’Empire américain était à l’origine de toutes les démarches entreprises par Guaidó :

John Bolton @AmbJohnBolton - 01h59 - 4 mars 2019

«  Le président par intérim du Venezuela, Juan Guaido, a annoncé son retour prévu au Venezuela. Toute menace ou tout acte visant à empêcher son retour en toute sécurité suscitera une réaction forte et significative de la part des États-Unis et de la communauté internationale. »

Bolton aurait peut-être espéré que Guaidó soit arrêté. Si tel était son plan, il a échoué. Mais ces tweets ont une conséquence. Ils démontrent que Guaidó est une marionnette US et que cela n’augmente pas le soutien à cette personne. Du moins pas en Amérique latine.

Dans une interview accordée à CNN dimanche, Bolton a également veillé (vidéo, transcription) à réduire le soutien des voisins du Venezuela au plan dirigé par les États-Unis :p :>

« BOLTON : [..] Je pense que la plupart de mes tweets sont également en espagnol, parce que nous voulons atteindre le public latino-américain en particulier, que beaucoup de gens, en particulier de gauche, dans l’hémisphère et le monde entier, comprennent maintenant que l’expérience ratée de Hugo Chavez et Nicolas Maduro doit prendre fin.

Donc, j’aimerais voir une coalition aussi large que possible pour remplacer Maduro, pour remplacer le régime corrompu tout entier. C’est ce que nous essayons de faire. ...
TAPPER : Mais ne voyez-vous pas que le soutien des États-Unis à d’autres dictateurs brutaux dans le monde sape la crédibilité de l’argument que vous avancez ?

BOLTON : Non, je ne le pense pas. Je pense que c’est différent. Et je pense que dans cette administration nous n’avons pas peur d’utiliser l’expression ’Doctrine Monroe’. C’est un pays de notre hémisphère. Les présidents américains depuis Ronald Reagan ont eu pour objectif de créer un hémisphère complètement démocratique.

J’ai mentionné à la fin de l’année dernière que nous nous intéressions beaucoup à la troïka de la tyrannie, incluant Cuba, le Nicaragua et Maduro. Une partie du problème au Venezuela tient à la forte présence cubaine, entre 20 000 et 25 000 responsables de la sécurité cubaine, selon des informations rendues publiques.

C’est le genre de chose que nous trouvons inacceptable. Et c’est pourquoi nous poursuivons ces politiques. »

Quelque 20 000 médecins cubains travaillent au Venezuela. Je ne trouve aucun rapport indiquant que des responsables de la sécurité cubains seraient venus dans ce pays.

En évoquant Reagan et la Doctrine Monroe vieille de deux cents ans, Bolton s’assure que, ni la gauche politique, ni la droite en Amérique latine ne soutiendront les actions que les États-Unis vont entreprendre. Les habitants de ces pays savent ce que les États-Unis leur ont fait au fil des siècles et s’opposeront à toute intervention future. Le fait que Bolton menace ouvertement de continuer le comportement impérial rend plus difficile le soutien des autres pays.

Il est également beaucoup plus difficile pour Guaidó d’obtenir un soutien plus important. Ken Silverstein, qui vient de rentrer du Venezuela, constate que même si les partisans du Chavisme n’aiment pas Maduro, tout le monde déteste son faux concurrent :

« Il semble que Maduro ne soit pas très apprécié, mais il est certainement plus populaire que le caniche en peluche du président Donald Trump, Juan Guaido. »

Maduro va s’en sortir. Les revendications de Guaidó à la présidence sont clairement illégales. Il n’a pas réussi à obtenir de soutien à chaque étape de son parcours. L’armée est fermement derrière le gouvernement. Aucune vague humaine ne semble avoir transporté « l’aide humanitaire » depuis l’autre côté de la frontière. L’opposition ne sait pas quoi faire maintenant.

Tous les pays voisins se sont prononcés contre une intervention militaire. La Russie et la Chine empêcheront les démarches négatives à l’ONU. Alors que les États-Unis assiègent économiquement le pays, d’autres sont disposés à l’aider. Les sanctions seules ne font presque jamais tomber un gouvernement.

Maduro peut simplement laisser Guaidó faire le clown à Caracas ou partout où il veut aller. Le gars semble incapable de réussir quoi que ce soit. Plus sa campagne durera longtemps, moins il aura de soutien. Dans quelques mois, le problème pourrait bien disparaître.

Que fera Bolton lorsqu’il reconnaitra enfin ce fait ?

Moon of Alabama
− Le 4 mars 2019

Traduit par jj, relu par Wayan pour le Saker Francophone


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