COMITE VALMY

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Un colonel sanctionné
pour son parler-vrai.
par Claude Angeli « Le Canard enchaîné »

vendredi 8 mars 2019, par Comité Valmy


Un colonel sanctionné pour son parler-vrai.

Il a osé qualifier d’échec stratégique la guerre menée en Syrie sous l’égide des Américains.

AUTEUR d’un article « militairement incorrect » paru en février dans la revue « Défense nationale », le colonel François-Regis Legrier est menacé de sanctions. Avec l’aval de l’Elysée, la ministre Florence Parly a demandé à l’état-major des armées de convoquer et de punir cet insolent. La revue qui a publié ce texte n’a pourtant rien d’un manifeste antimilitariste. Hébergée dans les célèbres locaux de l’Ecole militaire, elle est éditée sous la responsabilité du général de réserve Jérôme Pellistrandi, rédacteur en chef ; et de Thierry Caspar-Fille-Lambie, ancien inspecteur général des armées, et tous deux sont censés savoir lire. Aujourd’hui, après les reproches véhéments de Parly, ils reconnaissent avoir « manqué de discernement », et le sulfureux article a été retiré du site Internet de la revue.

Cette tempête sous les képis a provoqué un certain malaise dans la hiérarchie militaire et au Quai d’Orsay, où de nombreux diplomates partagent le constat dressé par le colonel Legrier sur la guerre menée en Syrie par la coalition internationale, dont la France fait partie. Mais, à entendre d’autres officiers, le colonel n’aurait jamais dû rédiger un article dans lequel il pose cette impertinente question : « Victoire tactique, défaite stratégique ? » les lecteurs militaires ou civils de « Défense nationale » pourraient en déduire que Macron est mi mauvais chef de guerre, ce qui serait désolant pour sa réputation. « La bataille de Hajin a été gagnée, écrit le colonel, niais (...) à un coût exorbitant et au prix de nombreuses destructions. Certes, les Occidentaux, en refusant d’engager des troupes au sol, ont limité les risques et, notamment, (celui) d’avoir à s’expliquer devant l’opinion (...). Extrêmement à l’aise pour remplir les grands états-majors multi-nationaux d’une ribambelle d’officiers, les nations occidentales n’ont pas eu la volonté d’envoyer 1 000 combattants aguerris régler en quelques semaines le sort (de Hajin) et d’épargner à la population des mois de guerre. » Villes et villages détruits Vient ensuite ce constat : « Nous avons donné à la population une détestable image de ce que peut être une libération à l’occidentale (...). La question qui se pose est de savoir si (cette libération) ne peut se faire qu’au prix de la destruction des infrastructures (hôpitaux, lieux de culte, routes, ponts, habitations, etc.). C’est là l’approche assumée, sans complexe, hier et aujourd’hui, par les Américains, ce n’est pas la nôtre (...). La bataille ne se résume pas ci détruire des cibles comme au champ de foire."

En résumé, le colonel met indirectement en cause l’Elysée, qui a admis, en Syrie comme en Irack, la conception américaine de la guerre : détruire depuis le ciel, et grâce à l’artillerie, les villes et villages détenus par des djihadistes. Remarque d’un expert militaire : « En incriminant ainsi l’allié américain, cet officier a franchi la ligne blanche. » Peut-être, mais n’a-t-il pas raison ? D’octobre 2018 à février 2019, le colonel a été, en Irak et aux frontières de la Syrie, le patron de la tank force « Wagram » (avec ses canons Casser — de 6 à 8 coups à la minute), et il sait de quoi il parle. Depuis leur entrée en action, en 2016, ces canons à très longue portée (42 km) ont balancé 10 000 obus pour la reconquête de Mossoul, en Irak, et 3 500 pour la reprise de Baghouz, en Syrie. On doit reconnaître à cet artilleur une relative franchise quant aux ravages provoqués par sa propre artillerie. Pour sa défense, face à la ministre Party et aux généraux qui l’accusent de« manquement au devoir de réserve », le colonel pourrait invoquer les encouragements lancés à ses subordonnés par le général François Lecointre, chef d’état-major des armées. A diverses reprises, et le 18 janvier encore, il les a incités « à prendre le temps d’écrire (...) et à tirer les enseignements » de leurs missions. Car, dit-il, « lorsqu’elle se porte sur le fait militaire, la pensée n’a pas pour vocation unique d’explorer la conduite de la guerre. Elle permet également (...) d’explorer les pistes qui permettent de l’éviter ou de la prévenir ». Le Général Lecointre osera-t-il défendre un officier qui l’a pris au mot ? Par le plus grand des hasards, un rapport de la mission d’assistance des Nations unies donne indirectement raison au colonel Legrier. Publié le 24 février, ce texte pointe le nombre record de civils afghans tués l’an dernier — 10 993, parmi lesquels 927 enfants.

Les talibans, les terroristes de Daech et ceux d’Al-Qaida ne sont pas les seuls responsables de ces massacres. Le rapport de l’ONU incrimine explicitement l’antiterrorisme aérien pratiqué par l’US Air Force. Donadd Trump va pouvoir encore clamer que l’ONU fait partie des ennemis de la Grande Amérique.

Claude Angeli « Le Canard enchaîné »
— mercredi 27 février 2019


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