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Le Programme alimentaire mondial, corrompu par des Saoudiens, menace les Yéménites d’une nouvelle famine - par Moon of Alabama

jeudi 3 janvier 2019, par Comité Valmy


Le Programme alimentaire mondial, corrompu par des Saoudiens, menace les Yéménites d’une nouvelle famine

Le Programme alimentaire mondial des Nations Unies est censé venir en aide aux populations qui ont un besoin urgent de nourriture. Il n’est pas censé prendre parti. Mais c’est pourtant ce qu’il fait dans la guerre au Yémen, en menaçant l’autre camp de famine.

La famine au Yémen s’aggrave sans relâche. Ce n’est pas seulement la population du nord du Yémen, sous contrôle houthi et assiégée par la coalition saoudienne, qui est en train de mourir de faim. Ceux qui vivent dans les zones du sud contrôlées par le gouvernement ont les mêmes problèmes. Il y a de nombreux acteurs dans le conflit, ce qui rend la distribution de l’aide difficile. Il y a de la nourriture sur les marchés, mais les gens n’ont pas les moyens de l’acheter.

Beaucoup d’hommes pauvres de la région, y compris des enfants, sont recrutés pour combattre d’un côté ou de l’autre. La coalition de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis et des États-Unis a peu de ses propres soldats sur le terrain. Ils en engagent d’autres pour faire la guerre.

Ce sont les États-Unis qui dirigent la guerre aérienne saoudienne contre le Yémen :

Lorsqu’un avion de combat F-15 saoudien décolle de la base aérienne du roi Khalid dans le sud de l’Arabie saoudite pour aller bombarder le Yémen, ce ne sont pas seulement l’avion et les bombes qui sont américains.

Des mécaniciens américains assurent l’entretien des avions et effectuent les réparations au sol. Des techniciens américains perfectionnent le logiciel de ciblage et les autres technologies classifiées que les Saoudiens ne sont pas autorisés à toucher. Le pilote a probablement été formé par l’armée de l’air américaine.

Et dans une salle des opérations aériennes de la capitale, Riyad, il y a, aux côtés des commandants saoudiens, des responsables militaires américains qui fournissent des renseignements et des conseils tactiques, ...

L’armée américaine prétend vouloir empêcher les attaques contre des cibles civiles, mais, à en juger par les résultats, elle en est loin. La guerre contre les Houthis et leurs alliés au Yémen est une guerre de siège depuis le début. La famine est la principale arme utilisée contre la population des zones contrôlées par les Houthis.

Les Saoudiens ne bombardent pas seulement les puits d’eau et les fabriques alimentaires, ils tuent aussi les pêcheurs yéménites qui ont l’audace d’aller en mer. La coalition saoudienne a également engagé des mercenaires du Soudan et d’ailleurs comme viande à canon. Certains d’entre eux n’ont que 12 ans. Les Houthis recrutent également des jeunes.

Les Émirats arabes unis, qui profitent le plus de la guerre, ont engagé des chefs et des combattants d’Al-Qaïda, comme Abu al-Abbas qui commande quelque 3 000 combattants locaux. L’année dernière, l’administration Trump a imposé des sanctions à Al-Abbas pour avoir financé Al-Qaïda. Mais son allié, les Émirats arabes unis, lui donne des millions par mois pour combattre à ses côtés.

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Le 9 décembre, les parties belligérantes ont tenu leurs premiers pourparlers directs dans le cadre des efforts de paix menés par l’ONU en Suède. Bien que l’ONU ait affirmé que plusieurs accords avaient été conclus, aucun n’a été publié et les deux parties semblaient en désaccord sur la question essentielle, qui est le contrôle du port de Hodeidah par lequel transite l’essentiel de l’aide alimentaire du Yémen. Les Saoudiens et les Emirats Arabes Unis tentent depuis un mois de prendre le port tandis que les Houthis le défendent par tous les moyens, car leur survie en dépend.

Le nouvel accord aurait donné à l’ONU le contrôle du port. Les Houthis ainsi que les forces contrôlées par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis se retireraient du port et de la ville et laisseraient une force non armée de l’ONU diriger le port. Mais les Houthis disent que l’ONU ne protègerait alors le port que le temps que l’organisation resterait sur le terrain.

Le 29 décembre, Associated Press a annoncé que les Houthis avaient cédé le contrôle du port à la garde côtière contrôlée par le gouvernement. Les moqueries des Yéménites l’ont fait changer de disque :

Les rebelles chiites yéménites ont déclaré samedi qu’ils avaient donné le contrôle du principal port de la ville d’Hodeida, sur la mer Rouge, aux garde-côtes et aux administrateurs locaux, mais le gouvernement a nié ce fait, le qualifiant de stratagème des rebelles alignés sur Iran pour maintenir le contrôle des installations stratégiques.

...

"C’était une mise en scène, les Houthis ont remis le port à leurs propres combattants qu’ils avaient revêtu d’uniformes de garde-côtes", a déclaré le gouverneur de Hodeida, al-Hassan Taher.

En effet, une photo montrait un "général de brigade" en uniforme de garde-côte "prenant le contrôle du port". Les garde-côtes du Yémen n’ont pas de généraux. La veille, le "général" était encore un commandant houthi.

L’ONU n’a pas du tout apprécié le stratagème et elle a décidé de traiter les Houthis comme le font les Saoudiens, en les menaçant de davantage de famine.

Pas plus tard qu’hier, l’AP et le Pulitzer Center ont publié un rapport d’enquête sur le pillage des denrées alimentaires livrées par les agences humanitaires pendant leur distribution au Yémen :

Des documents examinés par Associated Press et des entretiens avec al-Hakimi et d’autres responsables et travailleurs humanitaires montrent que des milliers de familles de Taiz ne reçoivent pas l’aide alimentaire internationale qui leur est destinée - souvent parce qu’elle a été saisie par des unités armées alliées à la coalition militaire menée par les Saoudiens et soutenue par les Américains au Yémen .

"L’armée qui devrait protéger la distribution de l’aide est en train de piller l’aide", a déclaré al-Hakimi à l’AP.

L’enquête montre qu’il y a des vols et des pillages similaires d’aide alimentaire dans le camp houthi. On retrouve l’aide alimentaire sur les marchés locaux au lieu qu’elle soit distribuée aux personnes qui en ont besoin. Ce n’est pas vraiment étonnant. Tout programme d’aide de grande envergure dans une zone de conflit rencontre des problèmes similaires. Une partie des livraisons tombe toujours du camion.

Mais l’ONU a ignoré la conclusion équilibrée du rapport de l’AP selon lequel les deux camps se livrent au pillage. Quelques heures à peine après sa publication, le Programme alimentaire mondial de l’ONU accusait exclusivement le camp houthi de détourner l’aide :

Le Directeur exécutif du PAM, David David] Beasley, a averti les autorités houthis de Sanaa qu’à moins qu’elles ne prennent des mesures immédiates pour mettre fin au détournement de l’aide, le PAM "n’aurait d’autre choix que de cesser de travailler avec ceux qui complotent pour priver un grand nombre de personnes vulnérables de la nourriture dont elles dépendent".

Tout comme les Saoudiens, le PAM de l’ONU menace de priver de nourriture les populations qui vivent dans la zone contrôlée par les Houthis :

"Si vous n’agissez pas dans les 10 jours, le PAM n’aura d’autre choix que de suspendre l’aide... qui va à près de trois millions de personnes", indique la lettre.

Les Houthis ont protesté contre cet ultimatum partial :

Les rebelles yéménites houthis ont déclaré mardi qu’ils étaient "surpris" que l’agence alimentaire des Nations Unies les accuse de voler l’aide humanitaire et ils reprochent à l’agence de prendre parti dans cette guerre qui dure depuis près de quatre ans.

Le Programme alimentaire mondial a menacé lundi de suspendre des envois d’aide au Yémen si les rebelles ne faisaient pas en sorte d’arrêter les vols et les fraudes dans la distribution alimentaire, en alertant sur le fait que la suspension affecterait quelque 3 millions de personnes.

La menace du PAM est scandaleuse. L’ONU n’a pas le droit de dire au camp le plus faible d’un conflit : "Nous laisserons mourir 3 millions de personnes si vous ne faites pas ceci ou cela". (Curieusement, le compte Twitter @WFP_Yemen a maintenant été fermé.)

Les Saoudiens et les Émirats arabes unis utilisent les cordons de leurs bourses pour garder le PAM sous contrôle. Il y a deux mois, ils lui ont promis 500 millions de dollars de plus :

"Ce dont le Yémen a le plus besoin, c’est de paix, c’est cela qui ferait vraiment la différence dans la vie de chaque Yéménite", a déclaré David Beasley, Directeur exécutif du PAM. "En attendant, cette importante donation nous aidera à sauver des enfants au bord de la mort. Je remercie les Émirats arabes unis et le Royaume d’Arabie saoudite pour cette contribution qui sauvera vraiment des vies."

C’est inadmissible, je trouve, que l’ONU ou ses organisations acceptent de grosses sommes d’argent saoudien pour remédier à une famine que les Saoudiens provoquent volontairement. L’ONU devrait refuser ces pots-de-vin. Menacer ensuite le camp du conflit qui meurt de faim de ne pas lui envoyer d’aide à cause des problèmes de distribution est tout à fait honteux.

Le Directeur du PAM, David Beasley, un ancien gouverneur de Caroline du Sud, nommé au poste du PAM par l’Ambassadrice des États-Unis auprès de l’ONU, Nikki Haley, devrait être suspendu de ses fonctions. C’est à cause de sa partialité que les Houthis ne peuvent ni ne veulent donner à l’ONU, ni à aucune de ses organisations, le contrôle total d’Hodeidah. C’est le seul port par lequel ils peuvent recevoir des vivres pour les habitants de leur région. Si des organisations de l’ONU qui n’hésitent pas à proférer des menaces partisanes sous la pression des Saoudiens, prenaient le contrôle du port, cela mettrait la dernière touche au siège des zones houthis.

Les Houthis seraient tôt ou tard obligés de s’avouer vaincus. Mais d’ici là, des millions de personnes supplémentaires seraient mortes.

Moon of Alabama
1er janvier 2019

Traduction : Dominique Muselet


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