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Europe Verte et Gilets Jaunes :
Valentin Martin et Jacques Maillard

samedi 16 mars 2019, par Comité Valmy


Europe Verte et Gilets Jaunes :

La révolte des gilets jaunes soutenue par une grande majorité des Français est née d’une augmentation d’une taxe sur le prix du carburant, dans un contexte de hausse générale des prix, non suivie par les salaires et encore moins par les retraites.

Avec le logement et l’alimentation, l’énergie figure parmi les trois principales dépenses des ménages français. Elle représente environ 8% du budget annuel des Français. Cette facture énergétique se décompose en trois parties : l’électricité, le chauffage, le transport. A l’échelle mondiale, ces trois secteurs sont également les principaux producteurs de CO2. La question de l’énergie est donc à la croisée des problématiques sociale, économique et environnementale.

Aujourd’hui, le discours sur la transition énergétique a pris des allures de dogme (note 1). Des choix décisifs sont pourtant faits actuellement. La Programmation pluriannuelle de l’énergie a été proposée le 27 novembre 2017, mise en musique d’une partition écrite à Bruxelles.

De leur coté, des représentants des gilets jaunes se sont mis d’accord sur un ensemble de revendications, qu’ils ont communiquées à la presse https://www.cnews.fr/france/2018-12-18/la-liste-des-revendications-des-gilets-jaunes-801586 . Bon nombre d’entre elles concernent l’énergie, et en particulier l’électricité, le chauffage et les transports.

Il est donc intéressant d’examiner avec attention leurs revendications, les réponses actuellement données, ou plutôt imposées, et les solutions alternatives possibles dans ces trois domaines.

1/ L’électricité

a) Baisser le prix de l’électricité

De 2011 à 2016 le prix de l’électricité a augmenté de 32%. La flambée du prix de l’électricité est la résultante des principaux axes de la politique de l’énergie de l’UE (directives ).

- La fin de la réglementation des tarifs de l’électricité.

- la privatisation d’EDF.

- la politique de transition énergétique imposant à l’Etat d’investir dans les « énergies renouvelables ».

Contrairement à beaucoup de nos voisins, le modèle électrique français n’a nul besoin de cette « transition énergétique ». Grâce à ses centrales nucléaires (72% en 2018) et à ses barrages hydroélectriques (10%), elle produit une électricité quasiment décarbonée (seulement 10% d’énergies fossiles). Au contraire, il s’agit d’un modèle, susceptible d’être pris en exemple et exporté à l’étranger pour lutter contre le réchauffement de la planète.

Le 31 aout 2018, le climatologue André Berger, dont l’ouvrage écrit en 1988, « le Climat de la Terre » est une référence dans le domaine de l’évolution climatique de la terre, a adressé une lettre à Emmanuel Macron dans ce sens (note 2).

Malgré cela, l’UE par sa directive de 2009 sur les énergies renouvelables impose à la France de transformer son modèle en investissant dans les énergies renouvelables pour atteindre 27% d’énergies renouvelables dans la production d’énergie finale d’ici 2030.

Un rapport de la Cour des comptes explique que les 121 milliards d’euros dépensés par les contribuables pour le « soutien aux énergies renouvelables » n’ont servi quasiment à rien, sinon à pénaliser le nucléaire (note 3).

La réduction de la part du nucléaire permet d’augmenter la rareté du Kwh, et donc son prix. Le pétrolier ENI a soutenu Macron parce que ce dernier avait promis de réduire le nucléaire à 50%, ce qui aurait fait suffisamment monter le prix de l’électricité, pour qu’il soit intéressant d’implanter en France des unités de production au gaz.
https://www.challenges.fr/entreprise/energie/pourquoi-le-gazier-eni-se-lance-dans-l-electricite-en-france_463290 . Pour transformer totalement ce secteur en marché, il convient d’abord d’ « organiser la pénurie ». C’est également ce que fit Enron en Californie au début des années 2000 (voir Antimanuel d’économie, Bernard Marris, chapitre 6).

Liée aux caprices du vent et des nuages, l’électricité « verte » a un prix fluctuant. Cette intermittence, conjuguée à la privatisation du secteur, sert de tremplin aux diverses opérations boursières, liées à l’échange de biens énergétiques (électricité mais aussi gaz, quotas d’émission de CO2 etc.). Ces échanges ont lieu dans une bourse de l’énergie, dirigée par une société allemande : Powernext/EEX (European Energy Exchange), dont le siège social est à Leipzig, et qui fait partie du groupe allemand Deutsche Borse.

Imposé par une directive européenne, le compteur Linky permet d’ailleurs d’exploiter pleinement le potentiel de cette énergie fluctuante en coupant le courant à distance, temporairement ou définitivement, des foyers ou entreprises non désirés sur le réseau.

Il faut aussi souligner que depuis quelques années la production de CO2 par la France repart à la hausse, suite à la stagnation de l’énergie nucléaire, l’énergie intermittente devant être accompagnée par la production d’électricité par des énergies fossiles.

b) cesser le soutien public à la voiture électrique

Le développement de la voiture à batteries électriques est censé résoudre en partie le problème du stockage de l’énergie provoqué par le caractère intermittent des énergies renouvelables. Chaque utilisateur de voiture électrique doit acheter ou louer de grosses batteries (250 kg, 8900 euros, ou 100 euros/mois pour la Renault Zoé). Celles-ci permettront d’absorber le surplus de production d’électricité, puis éventuellement de revendre son électricité dans les périodes de pénurie, ou alors d’utiliser l’énergie pour le foyer en cas de black-out. Des modes de « recharge intelligente » seront proposés par les nouveaux véhicules, comme l’explique la directrice de l’innovation de Schneider electric .(http://www.natura-sciences.com/energie/voiture-electrique-recharge774.html). Des milliards de subventions publiques ont été consacrées au développement de véhicules électriques (bornes, auto-lib, aides...). Ceci explique l’attirance pour ce marché de gros industriels, par exemple Total qui a racheté le fabricant de batteries Saft pour près d’un milliard d’euros.

c) renationaliser les barrages

Sur ordre de la Commission européenne, M. Macron a privatisé 150 barrages hydroélectriques (4,3 GW). Certains analystes évoquent un acte de « haute trahison »

https://blogs.mediapart.fr/bertrand-rouzies/blog/160618/privatisation-des-barrages-francais-un-acte-de-haute-trahison

Financés par le passé par les contribuables, ceux-ci sont aujourd’hui amortis et constituent donc des actifs rentables pour la nation. Leur excédent brut est de 2,5 milliards par an. Leur privatisation constitue donc la vente d’une « poule aux œufs d’or », comme la privatisation des autoroutes ou de la Française des Jeux, également imposée par l’UE.

Les syndicats des barrages craignent que les entreprises privées tirent davantage de profit de la commercialisation de l’eau, qui pourrait être utilisée pour l’irrigation en plaine ou pour la création de neige artificielle en montagne. L’Allemagne a réussi jusqu’à présent à éviter cette privatisation en invoquant la spécificité de la gestion de l’eau.

Sur certains barrages, en particulier de montagne, il est possible d’effectuer du « pompage-turbinage », c’est-à-dire la remontée de l’eau à l’aide de pompes électriques pour stocker l’énergie produite par les centrales, et la production d’électricité en période de forte consommation. Cette pratique sera surfacturée grâce au prix négatif de l’électricité : 200 euros offerts pour le pompage d’1 Mwh, 200 offerts pour la production d’1 Mwh, d’où l’intérêt de la privatisation de certains barrages (400 euros sans aucun travail...).

MM. Macron et Hulot ont également fait détruire les barrages de Roche qui boit et de Vezins (15 MW) sous prétexte de protéger la continuité écologique des cours d’eau. Ces barrages n’avaient sans doute pas trouvés d’acheteurs.

d) renationaliser EDF

La nationalisation de l’énergie (la « fée électricité », les houillères, le pétrole) exigée par le programme du Conseil national de la Résistance fut mise en place à la Libération.

La libéralisation de l’énergie constitue le premier objectif de la politique de l’énergie européenne. « La législation européenne (paquets énergie I, II, III et IV) impose l’ouverture progressive des marchés de l’électricité et du gaz à tous les producteurs d’énergie. »

(https://www.touteleurope.eu/actualite/objectifs-et-fonctionnement-de-la-politique-europeenne-de-l-energie.html)

Cette privatisation s’accompagne d’une régionalisation de l’énergie. Baisser le niveau de décision des investissements (régions, villes, communautés, particuliers, au lieu de la nation) sous prétextes divers (« action citoyenne », « communauté participative », « transition énergétique »... ) permet la fragilisation et l’atomisation des consommateurs et producteurs faces aux multinationales (Total/Direct Energy, EON, Siemens...) et aux banques (Rothschild...).

La régionalisation de l’énergie est promue pour affaiblir le consommateur face aux multinationales et détruire à terme EDF. Direct Energy (Total) a construit une centrale au gaz à Landivisiau en partenariat avec Siemens dans le cadre du Pacte Electrique Breton dans le but d’assurer la sécurité énergétique à la Bretagne.

Ces privatisations constituent des bradages, et peuvent impliquer des conflits d’intéret (note 4).

2) Le chauffage

Le chauffage constitue près la moitié de l’énergie totale utilisée par les Français. 80% de l’énergie utilisée par les ménages concerne le chauffage.

Les choix européens privilégient le gaz et la biomasse (bois) pour remplacer d’autres modes de chauffage (note 5).

a) baisser le prix du gaz

Pour la seule année 2018, le prix du gaz réglementé a augmenté de plus de 16%. La réglementation des prix du gaz, couplée à une société nationale puissante comme GDF (privatisée), ainsi que des contrats bilatéraux de longue durée d’Etat à Etat, permettaient aux Français, surtout en ville, de se chauffer pour des prix modiques, et de façon sure.

b) renationaliser GDF

La privatisation de GDF a fait flamber les prix et enrichi certains investisseurs. Le milliardaire belge Albert Frère fut actionnaire de GDF-Suez et vice-président du Conseil d’administration.

La privatisation et vente par appartements a permis de casser des synergies qui existaient entre les sociétés nationales (production, transport, distribution, consommation) pour reformer ces synergies à l’échelle des multinationales. La maîtrise de tout le cycle de production est en effet la véritable condition de l’indépendance d’un pays.

Le gaz est un secteur stratégique qui doit etre intégralement maitrisé par l’Etat, car ce secteur a également des implications géopolitiques sur le peuple français (note 6).

c) grand plan pour l’isolation des logements

L’isolation est une opération coûteuse (pour une fenêtre environ 1000 euros, soit des milliers d’euros par foyer), qu’une grande partie des Français ne peuvent financer seuls. Une bonne isolation permet d’économiser jusqu’à 50% de l’énergie.

Cette isolation est particulièrement nécessaire pour les maisons individuelles, particulièrement énergivores.

Beaucoup de Français ont subi le phénomène de rurbanisation, car ils étaient contraints de quitter les villes pour s’installer dans des pavillons individuels à la campagne (cf « La France Périphérique », de Guilly). Leurs dépenses en chauffage (et en transports) se sont accrues. L’habitant d’une maison consomme deux fois plus que l’habitant d’un immeuble. Il faut pour cela que les logements HLM redeviennent attractifs, en retrouvant leur fonction première de loger les français les plus pauvres.

Remarques :
Davantage que l’électricité et que les transports, le chauffage constitue le champ de progrès extrêmement propice en matière d’économie d’énergies ou d’énergies renouvelables. C’est notamment une des conclusions du rapport de la Cour des Comptes : « si la France avait voulu faire de sa politique en faveur des EnR un levier de lutte contre le réchauffement climatique, elle aurait dû concentrer prioritairement ses efforts sur le secteur des EnR thermiques. » (Rapport CDC, p.22)


- La géothermie de basse intensité est une véritable énergie renouvelable d’avenir pour le chauffage (note 7).

- Une autre solution d’avenir pour le chauffage est la cogénération (note 8).

3) les transports

a) fin de la hausse des taxes sur le carburant

Les politiques de privatisation et de fermeture des transports publics ont rendu beaucoup de Français dépendants de leur voiture. Dans beaucoup de régions, ne plus être en mesure d’utiliser sa voiture pour des raisons financières (trop d’amendes, ou prix du carburant trop élevé) signe un arrêt de mort social, professionnelle, voire physique (accès aux soins) car ces déplacements sont contraints. Or une très forte augmentation de la taxe était prévue par M. Macron (note 9).

Les différentes et successives incitations à utiliser ou à décourager certains types de carburant (gas-oil ou essence) émanent principalement des demandes de l’industrie pétrolière (note 10).

Les taxes sur le carburant sont imposées par une directive européenne de 2003 censée lutter contre la pollution.

https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/ ?uri=CELEX:32003L0096&from=FR

Cette directive fixe des minima de taxation : 421 euros pour 1000 l pour le sans plomb, et 359 euros pour 1000l de gas-oil. Les consommateurs ont également payé le financement du développement du biocarburant (2,6 milliards d’euros entre 2005 et 2010). Cela pour satisfaire à l’objectif de l’UE d’atteindre 10% de biocarburant en 2020. Les plantations d’huile de palme sont un désastre écologique (déforestation, hausse de la production de CO2, perte de la sécurité alimentaire). Le biocarburant a transformé une part importante de l’espace agricole français en champs de colza destinés à alimenter les voitures, au lieu de privilégier la sécurité alimentaire de la France.

b) réouverture des petites lignes de chemin de fer

Appliquant les paquets ferroviaires européens, M. Macron a ouvert la concurrence aux autocars sur les trajets de plus de 100 km tout en maintenant des prix élevés pour le train, ce qui a précipité la fermeture de nombreuses petites lignes. Il s’apprête aussi, suivant les injonctions de l’UE, à « ouvrir à la concurrence », toutes les lignes intérieures. Il a également bradé la branche ferroviaire d’Alstom à Siemens, fusion-acquisition opérée avec le conseil de la banque Rothschild.

Un investissement utile et réellement écologique serait la réouverture de lignes et l’électrification de nombreuses lignes. Sur 30000 km de voies ferrées, 15000 ne sont pas électrifiées. Le coût de la reconstruction est de 2 millions d’euros le km, le coût de l’électrification est de 1 million le km.

La gare de Langogne
Le Cévenol : la SNCF s’acharne contre un train vital - Marie Astier

Le plan actuel de la SNCF est de fermer 56 lignes secondaires, ce qui reportera sur la route et la voiture autant de voyageurs et de fret. De plus la fermeture de ces lignes secondaires sont autant de raisons pour les voyageurs aux moyennes et longues distances d’éviter le rail, en dehors des métropoles, et de reporter sur l’avion, le bus, la voiture, ce qui pollue davantage (note 11).

c) développer le fret ferroviaire

L’ouverture de la concurrence et la privatisation des compagnies de chemin de fer, imposée par l’UE, a fait diminuer la part du fret ferroviaire. Dans tous les pays d’Europe, hormis l’Allemagne, la part modale du ferroviaire dans les transports de marchandises a fortement chuté. Pour l’ensemble de l’UE elle est passé de 19% à 17% en 10 ans, au profit du camion.

Cela augmente la pollution atmosphérique, sonore et visuelle, ainsi que le risque d’accident (note 12).

Notons que l’Allemagne (Eurocargorail) a récupéré la majorité des parts de marché du fret ferroviaire en France

(http://comite-valmy.org/spip.php ?article9909).

d) taxer les cargos et les avions

Une nouvelle pollution est générée par l’augmentation des importations, liée à la désindustrialisation du pays. En 1990, 90% de l’empreinte carbone était nationale. Aujourd’hui 50% de cette empreinte carbone est importée. Pour mémoire, un moteur de porte-conteneurs (MAN 12K98ME) consomme 250 tonnes de fuel lourd par jour, et rejette 860 tonnes de CO2 par jour (http://acelides.pagesperso-orange.fr/Propulsion_nucleaire_2016.pdf ). Et un avion effectuant un trajet de 12000 km produit environ 1t de CO2 par passager.

Depuis Maastricht, la politique douanière est une compétence exclusive de l’UE. Cette taxe à l’importation très difficile à mettre en place à l’échelle internationale (modification de la convention internationale MARPOL) ou européenne pourrait plus facilement être mise en place par la réinstauration de barrières douanières nationales (note 13). L’interdiction des délocalisations et la protection de la production française font évidemment partie des revendications des gilets jaunes.

Etablir une taxe carbone sur les avions volant en France permettrait de reporter un nombre important de passagers vers le ferroviaire (note 14).

e) redévelopper les centres villes

La suppression des services publics de proximité dans la plupart des villes et villages (écoles, bureaux de poste, hopitaux, commissariat, conservatoire, gares, gymnases etc...) oblige beaucoup de Français à faire de longues distances. Cela tient à la privatisation des services publics et à l’amoindrissement des dotations aux communes, créées par la Révolution, corollaire de la nouvelle organisation territoriale européenne (territoire, euro-région, fédération).

La désertification a été renforcée par la disparition des petits commerces urbains, qui n’ont pas résisté à la concurrence des grandes surfaces, des zones commerciales et de la vente en ligne. Le mentor de Macron, Henry Hermand, qui fut également son témoin de mariage, fut le président du groupe Progest qui a construit les plus grands centres commerciaux, en France mais aussi à l’étranger.

Conclusion :

La question de l’énergie est à la croisée des problématiques sociales, économiques et environnementales.

Sociales : la privatisation et déréglementation ont accru les prix de l’énergie, car les investisseurs privés penchent naturellement pour une organisation de la rareté, afin de faire naturellement augmenter les prix. La corollaire écologique de ces pénuries est la philosophie de la décroissance. Il faut remettre en place la réglementation des prix de tous les biens de première nécessité, ce qui est vrai pour l’énergie mais aussi pour l’alimentation. Par exemple, de 1793 à 1986 (acte unique européen), les prix de l’alimentation étaient régulés.

Economiques : aujourd’hui M. Macron est pris entre le feu de deux types de revendications de la part des gilets jaunes : d’une part baisser les taxes et d’autre part développer les services publics. L’économie sociale de marché européenne révèle ici ses contradictions. Certes il faut « que les gros paient gros (Amazon (note 15), Carrefour, Total...) » car la libéralisation européenne a considérablement enrichi les plus grosses fortunes. « De 2008 à 2018, la fortune des 500 plus riches a doublé, à 650 milliards d’euros » (Challenge, juillet 2018). Mais la seule sortie de crise possible est que l’Etat renoue avec ses fonctions industrielles et commerciales, en redevenant propriétaires des outils de production stratégique dont l’énergie fait partie.

Environnementales : la logique de libéralisation est aussi peu efficace en terme économique qu’en termes environnementale. Les progrès les plus sensibles (nucléaire, transports en commun, réseaux de chaleur) ne pourront très réalisés qu’en renouant avec la logique de la coopération et de l’abondance, celle de réseaux industriels et d’infrastructures nationales performantes et interconnectées, dont l’action est harmonisée par un Etat fort planificateur.

Le gouvernement est donc face à une alternative claire :

1) Soit il suit l’avis des scientifiques (André Berger, Bernard Durand, …) et arrête le soutien massif aux prétendues « énergies renouvelables », maintient et développe l’énergie nucléaire, le réseau ferré, et soutient l’isolation thermique des maisons. Il peut explorer d’autres voies, celles de la cogénération, de la géothermie, entre autres. L’argent économisé par l’arrêt de la « transition énergétique » , la relance des industries nationales, lui permettent de financer un tel programme et d’éviter les taxes inutiles et impopulaires. Il se met sans doute à dos l’UE et une autoproclamée « opinion publique » aussi futile que inepte, mais celles-ci devront s’incliner devant un peuple déterminé...

2) Soit il persiste sur la voie de la « transition énergétique », bradant et détruisant le patrimoine public, les savoirs-faire, les emplois qualifiés, creusant les déficits publics, commerciaux et industriels, détruisant les paysages, endettant et ruinant les citoyens et les administrations, mais enrichissant financiers, industries étrangères, affairistes opportunistes. Il sera soutenu par une prétendue « opinion publique » créée de toute pièce par les médias, nombre de promoteurs de l’obscurantisme, des intellectuels sponsorisés, des ONG et autres mouvements inspirés par la « philosophie de la décroissance » (y compris de la population...), par l’UE et les oligarchies. Mais il risque surtout de récolter un ouragan de révolte, dont l’actuel mouvement n’est qu’un avant goût.

26 décembre 2018

Valentin Martin et Jacques Maillard
Comité Valmy

La centrale thermique de Frimmersdorf est l’une des centrales électriques les moins respectueuses de l’environnement : en émettant 1.250 grammes de CO2 pour chaque KWh produit, Frimmersdorf est par deux fois dans la tête du classement. Selon ce même classement, l’Allemagne héberge 6 des 10 sites les plus polluants de l’Union Européenne.

Notes

1) MM Macron et Hulot évoquent la « fin du monde », une bulle papale exige la transition énergétique au nom du « respect de la création », et la Commission européenne impose une politique de déréglementation et de privatisation de l’énergie au nom de cette même transition énergétique.

2) « Parmi les pays industrialisés, la France a les meilleurs performances en ce qui concerne les émissions de CO2. L’intensité en carbone (émissions de carbone/PIB) de la France s’élève à 0,1 kg/dollar, alors que la moyenne mondiale est quatre fois plus élevée (USA 0,3, Allemagne 0,2, Chine 1,0). Si tous les pays adoptaient le modèle énergétique français, les émissions de CO2 seraient divisées par 4, ce qui permettrait d’atteindre quasiment la neutralité en carbone et la stabilisation de la température. Bénéficiant d’une électricité décarbonée, la France pourrait aller encore plus loin en électrifiant ses transports et par la production de chaleur. Cette performance extraordinaire résulte de la proportion importante de l’énergie nucléaire dans le bouquet énergétique français. »

http://huet.blog.lemonde.fr/2018/10/25/emmanuel-macron-ecrit-sur-lenergie-nucleaire/

3) Le rapport « le soutien aux énergies renouvelables » révèle le montant du soutien public auquel s’est engagé l’Etat par les contrats signés avant 2017 au bénéfice des producteurs d’électricité d’origine éolienne et photovoltaïque : 121 milliards d’euros. Par exemple, 38,4 milliards d’euros d’argent public auront été dépensés pour le photovoltaïque, lequel n’a atteint que 0,7% de la production d’électricité. « La place consacrée aux énergies renouvelables électriques dans la stratégie française répond à un autre objectif de politique énergétique, consistant à substituer les énergies renouvelables à l’énergie de source nucléaire. » (p.22 du rapport de la CDC) En clair, la facture des ENR, payée par les contribuables français, sert à rendre le nucléaire moins compétitif sur le marché de l’énergie, et à se débarrasser à terme de cette énergie, peu compatible avec la libéralisation totale des marchés.

4) M. Hulot ainsi que ses émissions télévisées ont longtemps été financées par Rhone-Poulenc, Total ou L’Oréal. Selon le documentaire « Le casse du siècle », M. Macron, qui a été associé-gérant chez Rotschild, aurait cherché un soutien financier de Rotschild. En tant que ministre de l’économie, il a signé le bradage d’Alstom à General Electric, puis à Siemens, avec la médiation/conseil de Rotschild, première banque en fusion-acquisition en France pour l’année 2017. Alstom produit notamment des pièces critiques, stratégiques pour l’industrie militaire (turbines de sous-marin et de porte-avions, satelites), et l’industrie civile (turbines de centrales nucléaires). Cela rend possible l’espionnage américain sur la France, sans réciprocité.

https://www.cf2r.org/recherche/racket-americain-et-demission-d-etat-le-dessous-des-cartes-du-rachat-d-alstom-par-general-electric/

5) Le gaz peut améliorer la qualité de l’air, notamment dans les villes, car il ne dégage pas de particules fines ou d’imbrûlés. Mais il contribue également au réchauffement de la planète. Le gaz ne produit que 25% d’émissions de CO2 de moins que le pétrole pour une énergie équivalente dégagée. Par ailleurs il produit également du méthane, qui est un gaz à effet de serre 28 fois plus puissant que le CO2.

Quant aux feux de bois baptisés « énergie biomasse », ils peuvent se révéler doublement polluants (émission de CO2 à la combustion et disparition d’un arbre). Le bois brûlé constitue ainsi environ 70% des énergies renouvelables en Allemagne en 2012. (http://comite-valmy.org/spip.php ?article4362/). Présentée comme « renouvelable », cette énergie favorise la déforestation et l’effet de serre, surtout lorsque le bois est importé dans des conditions très opaques.

6) Le choix du gaz comme moyen de chauffage par l’Europe augmente la dépendance énergétique de la France par rapport aux puissances exportatrices d’hydrocarbures : gaz de schiste américain, et gaz russe, iranien, qatari... Cela augmente notre implication, directe et indirecte, dans des conflits liés à l’exploitation et à l’acheminement de ce gaz, et à leurs épiphénomènes, comme les attentats terroristes et les crises migratoires. Par exemple, l’opposition de la Commission européenne et du parlement européen (décembre 2018) au projet North Stream 2 dévoile l’influence jouée par les Etats-Unis sur les institutions européennes en matière d’énergie. L’Amérique du nord cherche à exporter davantage de gaz de schiste en Europe.

7) Plus on descend sous terre, plus la température est élevée. Le gradient géothermique moyen est de 3° tous les 100m, parfois 10° tous les 100m. Dans les années 1980, de nombreux puits ont été ouverts, pour chauffer une partie de la région parisienne. La Maison de la Radio à Paris construite en 1960 est toujours chauffée avec le meme puits. L’aéroport d’ Orly est chauffé par de l’eau pompée à 1750m d’une température de 74°

(http://www.geothermie-perspectives.fr/sites/default/files/20130411_academie_orleans-tours.pdf) .

L’objectif était alors de chauffer 800000 logements grâce à la géothermie. Cette énergie supposait un engagement actif de fonds de garantie financés par l’Etat pour supporter le risque lié à l’exploration. Ceux-ci ont été supprimés dans les années 90, date à laquelle la géothermie a subi un coup d’arret. Des puits, gérés par GDF (privatisée) ont, parait-il, été fermés et remplacés par un chauffage au gaz.

Autant la géothermie basse intensité de faible profondeur semble adaptée au chauffage urbain, autant la géothermie haute intensité grande profondeur, destinée à produire de l’électricité, est coûteuse, dangereuse (risque de séismes), et peu efficace. L’UE encourage pourtant cette pratique, ainsi que la vente de climatisations réversibles (pompes à chaleur) pour les particuliers, système également coûteux, complexe et fragile.

8) Nos centrales, notamment nucléaires, ont un rendement qui ne dépasse pas 35%. Plus de la moitié de l’énergie est dépensée sous forme de chaleur dans le cycle vapeur. Selon une étude réalisée en 2012, si l’on récupérait cette énergie pour chauffer nos villes, nous pourrions économiser 25% de l’énergie finale française.
(https://www.connaissancedesenergies.org/sites/default/files/pdf-pt-vue/la-cogeneration-nucleaire-une-formidable-economie-energie.pdf). ). Le projet Thermos visait à chauffer la ville de Grenoble (Saclay ?) à partir d’un petit réacteur nucléaire. Beaucoup de pays réutilisent cette énergie : la Russie vient de créer l’Akademic Lomonozov, une centrale nucléaire flottante en co-génération pour chauffer des villes de Sibérie. Selon cet article du Monde, « La faisabilité technique de la cogénération nucléaire est établie », assure Henri Safa (direction scientifique du CEA). Les performances thermiques des canalisations permettent de « transporter de l’eau chaude sur une distance de 100 kilomètres avec moins de 2 % de perte de chaleur » (

https://www.lemonde.fr/planete/article/2013/10/29/et-si-on-testait-le-chauffage-nucleaire_3504725_3244.html)

La Russie prévoit d’exporter d’autres plate-formes, par exemple vers le Soudan. Cette co-génération pourrait avoir d’autres applications : l’industrie qui utilise 72% de l’énergie sous forme de chaleur, l’agriculture sous serres. Comparée aux dépenses engagées pour l’éolien et le solaire, cette solution est économiquement réalisable. Selon la même étude, si toute la ville de Paris était reliée à la seule centrale de Nogent-sur-Seine, en sept ans, les Parisiens auraient du chauffage bon marché et assuré.

9) D’un montant initial de 7 €/t de CO2, elle a été réévaluée chaque année pour atteindre 44,60 € en 2018. Sa trajectoire d’évolution a été programmée par la loi de finances 2018 : 65,40 € en 2020 et 86,20 € en 2022. »

(https://fr.wikipedia.org/wiki/Taxe_carbone_en_France)

10) Les mesures de dissuasion à utiliser alternativement le gas-oil ou l’essence découlent aussi d’un objectif de mieux rentabiliser les tours de distillation des pétroliers. Il faut en effet écouler des quantités déterminés de gas-oil et d’essence qui proviennent de la même tour de distillation. La confusion, entretenue par les médias, entre la production de particules fines (mauvaise qualité de l’air, maladies respiratoires) et le CO2 (gaz à effet de serre) rend possible cette politique. Le gas-oil produit moins de CO2 que l’essence, mais davantage de particules fines, en l’absence de filtre. Le gaz produit du CO2 mais pas de particules fines. L’adaptation entre la consommation d’essence et de gas oil n’a pas seulement pour but la lutte contre la pollution, mais l’optimisation des raffineries.

11) De 2014 à 2017, le nombre de passagers transportés en autocar est passé de 0,1 million à 7 millions. Le train rejette en moyenne seulement 4 grammes de CO2 par voyageur et par kilomètre, contre 30 grammes pour l’autocar. Il y avait 0,294 milliards km passagers en 2015, il y a 2,236 milliards km.passagers en 2017. Les émissions de CO2 produites par ce secteur sont alors passées de 8 millions kg à 67 millions de kg. La compagnie allemande Flixbus est devenue leader dans le secteur.

12) Par exemple, l’usine d’embouteillage Butagaz d’Aubigny-sur-Nere autrefois approvisionnée par train, est, depuis la fermeture de la ligne de chemin de fer, approvisionnée par la route. Une dizaine de camions-citernes chargés de gaz traversent ainsi les villes et villages de France.

13) Par exemple, un porte-conteneurs effectue la rotation Europe du Nord – Chine en soixante jours. Une taxe identique à celle de l’essence imposée à minima par l’UE sur l’essence s’élèverait à 421 euros pour 1000l de fuel lourd. Pour 60 jours de mer à 280 tonnes jour, cela ferait une taxe de 6,3 millions d’euros pour l’ensemble de la traversée (voyage quasiment à lège Europe-Chine et retour chargé Chine-Europe), somme qui dissuaderait certainement les industriels de délocaliser leur production en Asie, et qui favoriserait au contraire une stratégie de substitution des importations.

14) Le chef du service transport de l’Ademe, Jérémie Almosni, explique au Figaro qu’il est « légitime de considérer qu’une taxe sur le kérosène pourrait financer le transport ferroviaire »

(http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2018/11/16/20002-20181116ARTFIG00206-carburants-pourquoi-les-avions-et-les-bateaux-echappent-aux-taxes.php)) .

Taxer les vols internationaux passant par la France permettrait de démondialiser notre économie, voire d’encourager le développement de moyens de transport alternatif (trains très rapides, bateaux nucléaires...).

15) Les GAFA sont une industrie polluante et énergivore. Les multinationales du numérique consomment environ 10% de l’électricité de la planète à cause de leurs centres de données (data centers), cloud (mémoires) et réseaux.


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