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Le dirigeant communiste italien Marco Rizzo dénonce l’héritage eurocommuniste de Berlinguer à la 20ème Rencontre internationale des Partis communistes et ouvriers

mercredi 28 novembre 2018, par Comité Valmy


Le dirigeant communiste italien Marco Rizzo dénonce
l’héritage eurocommuniste de Berlinguer
à la 20ème Rencontre internationale
des Partis communistes et ouvriers

Dans un discours fort prononcé lors de la 20ème Rencontre internationale des Partis communistes et ouvriers, qui s’est tenu à Athènes, le Secrétaire général du Comité Central du Parti communiste italien (Partito Comunista), Marco Rizzo, a vivement critiqué l’héritage idéologique et politique du soi-disant "euro-communisme", courant développé en Italie par Enrico Berlinguer, et ayant conduit à l’auto-dissolution du PCI.

Nous publions ci-dessous son intervention complète - Traduction NK pour Solidarité Internationale PCF

Chers camarades,

Le Parti communiste (Italie) salue les délégués des partis frères présents à cette rencontre internationale et remercie en particulier le Parti communiste de Grèce - KKE, pour l’organisation de cet important événement.

Le sujet à l’étude est très exigeant et nécessite un effort d’analyse qui ne peut évidemment pas se limiter à cette réunion. Nous pensons que les partis communistes doivent approfondir de manière scientifique et systématique l’analyse de ce qu’est la classe ouvrière aujourd’hui et quelle est sa situation réelle dans le capitalisme monopoliste. Trop souvent, on entend tout cela de manière abstraite, strictement référentielle, sans tenir compte des transformations que la classe a subies, non seulement en termes quantitatifs mais aussi du point de vue de la conscience de classe. Parfois, surtout dans des positions opportunistes, on évoque la question de manière expéditive, comme une espèce menacée, par opposition à l’émergence supposée de "nouveaux sujets", identifiés selon le sexe ou l’orientation sexuelle, sans aucune approche de classe. L’analyse scientifique de la réalité de la classe ouvrière exige que le problème des difficultés de quantification des catégories marxistes soit abordé, avec un effort d’étude collectif, en utilisant les données officielles des comptes nationaux et des instituts statistiques, qui utilisent des critères non marxistes de classification et de traitement des données.

Malgré la substitution technologique et les délocalisations à l’étranger, la classe ouvrière (près de 9 millions de salariés dans les trois macro-secteurs) reste en Italie la classe sociale la plus importante, constituant près de cinquante pour cent des travailleurs dépendants et, depuis 2011, présentant une tendance stable à la croissance. Cependant, la force potentielle que constitue le nombre est compensée par la faible concentration, ce qui représente un sérieux facteur de faiblesse. Vingt-deux pour cent seulement de la main-d’œuvre est employée dans les entreprises de plus de deux cent cinquante travailleurs, tandis que quarante-cinq, trente-cinq pour cent est employée dans les petites et microentreprises de moins de dix travailleurs. Il s’agit là d’un grave facteur de faiblesse. La dispersion du travail rend les travailleurs plus faibles que leurs employeurs et plus facilement victimes de chantage, même si l’on tient compte du fait que, dans les entreprises de moins de 15 salariés, la protection juridique du statut des travailleurs est violée. En outre, la faible concentration de la main-d’œuvre tend à remplacer le sentiment d’appartenance de classe par le sentiment d’appartenance géographique (comme en témoignent le vote populaire pour la Ligue du Nord et les épisodes de localismes entre travailleurs d’un même secteur ou même de différents établissements dans une même entreprise). La fragmentation et la dispersion territoriale engendrent de sérieuses difficultés dans l’organisation de l’activité du Parti au sein de la classe ouvrière dans la construction d’un syndicat de classe combatif.

Notre Parti estime cependant qu’il est indispensable de construire des cellules communistes, surtout dans les usines, et plus généralement sur les lieux de travail, pour recomposer et renforcer la conscience de classe, pour intensifier les conflits et élever le niveau politique des luttes.

Du point de vue de la rémunération, les salaires ont subi une baisse significative, aggravée par la crise, mais due à la tendance, endémique au capitalisme, à la compression des salaires. La faiblesse politique et organisationnelle de la classe ouvrière et la connivence des syndicats réformistes avec le monde des affaires expliquent la diminution, de 1,42% selon les données de l’OCSE, y compris des salaires nominaux, dans la période 2015-2017. La baisse des salaires réels, dont la variation annuelle est demeurée constante sous le taux d’inflation réel, à l’exclusion de la période 2014-2016, a été encore plus marquée. Le salaire relatif a également diminué au cours de la même période, comme le montrent nos compilations statistiques officielles. En fait, le capital a réagi à la crise en augmentant sa productivité, c’est-à-dire l’exploitation de la main-d’œuvre. Le capital s’est presque entièrement approprié la valeur ajoutée (la catégorie de l’économie bourgeoise qui se rapproche le plus de celle de la plus-value), produite par l’augmentation de la productivité. En fait, au cours de la période 2005-2017, la part de la valeur ajoutée allouée aux salaires a chuté de moins de 4,44%, tandis que celle allouée aux bénéfices est passée à 8,36%. On peut donc dire que le fossé social s’est creusé entre la classe ouvrière, qui s’est appauvrie, et les capitalistes, qui se sont enrichis malgré la crise.

La crise capitaliste, cependant, a frappé encore plus durement - proportionnellement - de larges secteurs de la petite bourgeoisie : les données confirment une baisse verticale de la rémunération des employés, des cadres et des managers, des salaires des artisans, des petits entrepreneurs et de certaines catégories des professionnels libéraux, confirmant la prévision scientifique marxiste de la prolétarisation de la classe moyenne.

La dévastation sociale, créée par le capitalisme décadent, ouvre d’énormes espaces au travail des communistes pour l’agrégation autour de la classe ouvrière d’un bloc social alternatif à celui qui domine aujourd’hui, qui se fixe comme objectif la suppression révolutionnaire des arrangements actuels du pouvoir bourgeois et du mode de production capitaliste. Notre Parti doit aussi savoir parler aux couches populaires, qui ne sont pas prolétaires ou en voie de prolétarisation, victimes non seulement de la crise capitaliste, mais aussi du renouveau capitaliste et de la "reprise légère". En tant qu’avant-garde de la classe ouvrière, nous devons être capables de formuler des lignes et des propositions politiques capables d’agréger et d’organiser ces classes, de conquérir leur consensus, de leur faire comprendre l’universalité des intérêts de la classe ouvrière, d’en faire leurs alliés dans le processus révolutionnaire de suppression du capitalisme et de la construction ultérieure de l’État prolétarien et de l’économie socialiste. En ce sens, notre Parti contribue à la création d’organisations de masse, orientées dans une direction anticapitaliste, qui peuvent rassembler ces couches sociales, les soustrayant à l’influence néfaste de la droite raciste, xénophobe et fasciste.

Nous tenons à souligner que nous parlons ici d’alliances sociales de la classe ouvrière, alors que nous rejetons fermement toute alliance politique entre les partis, que ce soit à des fins électorales ou - pire encore - pour soutenir des gouvernements supposés de gauche, mais toujours bourgeois. Le mouvement ouvrier italien a payé très cher ces lignes de collaboration et de compromis avec les partis réformistes, qu’ils soient d’orientation chrétienne ou social-démocrate. L’eurocommunisme, que l’on pourrait appeler dans sa variante italienne le "berlinguerisme", l’une des pires dégénérescences révisionnistes et opportunistes, basée sur des détournements et falsifications de la pensée de Gramsci, reniant le marxisme-léninisme, a ratifié la dénaturalisation du P.C.I., ce qui a conduit d’abord à un soutien ouvert au gouvernement bourgeois avec unité nationale dans les années 1970, puis à l’acceptation de l’OTAN et de la CEE naissante, à la rupture avec le mouvement communiste international et, finalement, à son auto-dissolution. La fin sans gloire de ce qui avait été le plus grand parti communiste du monde capitaliste devrait faire réfléchir tout le monde, y compris les partis qui, dans notre pays, ont cherché à recueillir formellement l’héritage du PCI, sans une analyse critique et autocritique appropriée des dommages du compromis eurocommuniste avec l’État bourgeois. Dans son cas également, leur participation, interne et externe, aux gouvernements bourgeois et aux coalitions de centre-gauche, les ont rendu complices de l’approbation des pires mesures anti-populaires, détestées par les masses et, finalement, les a privé depuis des années de leur soutien et, c’est-à-dire, de leur représentation parlementaire. Là où l’eurocommunisme avait pris racine, les partis communistes - malgré leur force - ont disparu. Les mêmes résultats ont été atteints par les tentatives d’autres partis communistes de créer des coalitions "de gauche", au nom de tel ou tel objectif atteignable, ou de l’"urgence nationale". Nous pensons que ces positions sont une manifestation de la théorie opportuniste des " étapes progressistes ", intermédiaires entre le capitalisme et le socialisme, et qu’elles conduisent, dans tous les cas, à la défaite et à la disparition des partis prolétariens de la scène politique.

Avec la même fermeté, toujours basée sur l’expérience historique, nous rejetons les théories du "socialisme de marché", en nous rappelant comment la décadence, qui a conduit à la victoire transitoire de la contre-révolution en URSS et dans les pays socialistes, a été déterminée par l’introduction d’éléments du capitalisme, qui ont rendu au marché le rôle de régulateur de l’économie au détriment de la planification centralisée. Il s’agit de la privatisation des moyens de production dans l’agriculture, transférés de l’État au Kolkhoze dans les années 1958, de l’octroi de l’autonomie aux régions et aux entreprises, de l’introduction du concept de rentabilité basée sur l’échange plutôt que sur l’usage, du renforcement de l’échange mercantile-monétaire. Il s’agit essentiellement des réformes contre-révolutionnaires initiées par Khrouchtchev lors du 20ème Congrès du PCUS et poursuivies par Kossyguine dans les années suivantes. "Qu’est-ce qui a produit ce renversement de tendance ?" Les partis qui aujourd’hui voient d’un bon œil le "socialisme de marché" devraient se poser la question. Elle a produit la restauration du capitalisme, la contre-révolution, la nette détérioration des conditions de vie des masses laborieuses.

Le Parti communiste (Italie), sur la base de l’analyse des expériences négatives mentionnées ci-dessus, exclut fermement toute alliance partisane, toute participation à des coalitions électorales de "gauche", tout soutien aux gouvernements bourgeois et, tout en travaillant à développer au maximum les alliances sociales de la classe ouvrière dont elle est l’avant-garde, lève fièrement le drapeau rouge avec la faucille et le marteau, sous lesquels elle appelle à la lutte de tous les communistes italiens, pour la suppression du capitalisme dans notre pays, l’instauration de la dictature du prolétariat, la construction du socialisme-communisme.

VIVE LE MOUVEMENT COMMUNISTE INTERNATIONAL !

PROLÉTAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS !


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