COMITE VALMY

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Les Gilets jaunes :
Macron et/est la Chienlit
par Karine Bechet-Golovko

vendredi 23 novembre 2018, par Comité Valmy


Les Gilets jaunes : Macron et/est la Chienlit

De retour en France en mai 1968 après un voyage écourté en Roumanie pour cause de troubles persistants dans notre beau Royaume de France, De Gaulle déclare, quel que peu énervé : "La réforme oui ! La Chienlit, non !". Or, Macron n’a pas même cette alternative, car la Chienlit, c’est lui, non pas personnellement, mais ce qu’il représente. Le fils spirituel de la Chienlit qui s’est emparé du pays. Les Gilets jaunes sont une sorte de contre-Mai 68. Un mouvement de ras-le-bol de ce peuple dénigré par des élites politiques de plus en plus globalisées et déconnectées des réalités quotidiennes. Comme l’affirme Gerard Larcher : encore un peu et ils mettront des Gilets tricolores ! En effet, que pourrait-il y avoir de pire Messieurs ?

Alors que les élites politiques françaises prenaient de haut ce mouvement des Gilets jaunes, dont la dernière annonce d’une hausse des taxes sur l’essence a provoqué une sorte de réaction de survie, l’inquiétude pointe face à une forme de résistance profondément populaire.

Or comment une élite qui tient, au moins formellement, sa légitimité du peuple peut-elle longtemps s’y opposer frontalement ? Rappelons que 70% des Français soutiennent toujours ce mouvement, selon le très systémique BFM, malgré une campagne uniforme de dénigrement des médias français. Et des meneurs des réseaux sociaux qui ont tenté leur campagne balance ton gilet jaune, car il est bien connu que ce sont des brutes homophobes et racistes, sinon ils auraient dû soutenir la manifestation des MeeToo. Mais les femmes, elles, ont préféré porter le gilet. Tout se perd ...

Ce gilet qui est décrié par les Syndicats, notamment la CFDT, avec un Laurent Berger déclarant que les Gilets jaunes ne sont pas "démocratiques". En effet, ils sont le peuple.

Ce gilet jaune qui devient indicible, une insulte, une infraction au règlement intérieur de l’Assemblée nationale, une obligation pour la sécurité routière. Lassale en a fait les frais, à hauteur d’une amende de 1500 euros. Pour cela, pour un gilet qui ne peut être ignoré, qui met en échec le système bien rôdé de l’Assemblée, une impasse qui oblige une décision très grave de suspension de séance :

Le régime de Macron vient de s’offrir son premier dissident politique, comme d’autres régimes l’ont fait avant lui en d’autres temps et d’autres lieux.

Il faut dire que le système post-68 se trouve mis à mal. Comment réagir sans montrer le visage de la répression ? Il y a bien une tentative de communiquer une mauvaise image, "fachosphère", "racistes", "homophobes"... Bref, des salauds de blancs. Mais chutt, ça non plus ça ne se dit pas. Et c’est vrai qu’en regardant les images, ils sont largement majoritaires.

Comme on peut le lire ici :

À Cognac, en Charente, une automobiliste noire a été la cible de propos racistes. Sur la vidéo de l’agression diffusée par La Charente libre on voit la jeune femme invectivée alors qu’elle tente de circuler. "Retourne chez toi, retourne dans ton pays", "Dégage" ou encore "Casse-toi pouffiasse !" lui lancent certains manifestants.

Cette jeune femme n’y est pour rien, mais elle devrait se retourner contre le Gouvernement. Car la politique incontrôlée No Borders qui est menée ces dernières années conduit à un sentiment de rejet, à une impossible intégration et à une augmentation tant des tensions sociales que de l’insécurité. Les Gilets jaunes sont cette France qui existe aussi, qui a aussi le droit d’exister et qui estime que la France ne peut être la destination inconditionnelle de toute immigration économique. De cette France qui est fière d’être une terre d’asile, lorsqu’il s’agit de personnes en danger réel dans leur pays, individuellement, en raison de leurs opinions, et qui viennent trouver refuge en France et qui respectent ce beau pays. Les Gilets jaunes sont cette France qui se respecte et qui demande à être respectée. Qui n’est pas globale. Qui est elle.

L’action des Gilets jeunes perturbe, car elle n’est pas concentrée dans quelques grands centres urbains, autour des quelques figures médiatisées, mais elle touche ce qui est appelé, avec toute la condescendance dont cette caste est capable, la France périphérique. Ce peuple qui prend sa voiture et non le TGV ou l’avion pour aller au travail. Ce peuple, l’on dirait presque secondaire. Peu développé - culturellement bien sûr. Voire dérangeant pour l’entre-soi.

« La nouveauté, ce sont ces violences types urbaines qui ont lieu paradoxalement aussi dans des zones rurales car les rassemblements sont à portée de domicile », constate un haut gradé de la gendarmerie.

La radicalisation, paraît-il, est inquiétante, je cite :

|En Seine-Maritime, ce sont des rassemblements de pêcheurs à Dieppe ou Fécamp qui suscitent la vigilance, alors que le SCRT estimait la menace faible la semaine dernière.|

D’où cette angoisse de ces institutions dépassées, la démission des syndicats, la panique des politiques : que faire face à un peuple qui se soulève ? C’est bon pour l’Ukraine du Maïdan de dire qu’il faut laisser faire. Ici, c’est hors de question, l’on est du "bon côté", de celui contre lequel l’on ne proteste pas. L’on ne peut pas laisser faire, car notre poste, c’est notre gagne-pain, c’est notre système qui enfin existe pour nous après tout ce temps, toute cette Chienlit qu’il a fallu instaurer. Enfin, l’on s’en goinfre. A l’écoeurement. On veut continuer, il est impensable de tout perdre. D’où le cri d’angoisse du président du Sénat :

C’est tout le régime actuel qui est en danger, semble-t-il, mis en danger par le peuple lui-même. Seul face à un peuple qu’il a pris l’habitude de ne plus voir (combien au CAC 40 ?), avec lequel il ne parle pas (il est inclusif ?), dont il ne se penche pas sur les intérêts (quels intérêts ? la souveraineté est européenne aujourd’hui !) :

Un régime qui a déconstruit la mécanique pointue des institutions, qui n’a pas été capable de mettre en place un nouveau système institutionnel légitime et qui se retrouve face à "une masse" qu’il n’arrive pas à endiguer :

Et lorsqu’ils se sont rapprochés de l’Elysée, la liberté d’expression a pris fin :

Macron s’est enfermé dans une impasse. Soit il force le conflit, réprime pour faire peur et montre que ce régime n’a pas le soutien de la majorité, qu’il ne tient qu’avec l’appui d’une bulle politique, soit il cède et il montre la faiblesse, la réalité de l’absence totale de légitimité de ce régime et des choix politiques qui sont faits. Dans tous les cas, la crise de légitimité a éclaté.

Au-delà de la manifestation qui a été interdite à la Concorde, mais autorisée au Champs de Mars, ce mouvement des Gilets jaunes aura-t-il le réseau nécessaire pour mener dans le temps ces actions clandestines ponctuelles de type "résistance", éparpillées sur le territoire, qui sont le meilleur moyen de faire s’écrouler ce monstre aux pieds d’argile ?

PS : Et le choix de la chanson n’est pas innocent ...

Karine Bechet-Golovko
jeudi 22 novembre 2018

Russie politics


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