COMITE VALMY

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Impact de la guerre commerciale
des USA envers la Chine
Général Dominique Delawarde

jeudi 15 novembre 2018, par Comité Valmy


Impact de la guerre commerciale des USA envers la Chine

Le 8 mars dernier, les premières mesures protectionnistes américaines sur l’acier et l’aluminium ont marqué le début d’une véritable guerre commerciale entre les USA et la Chine. Cette guerre est allée en se durcissant, chacun des camps répliquant coup pour coup aux mesures hostiles prises par le camp adverse. Le but affiché des USA était de réduire le déficit de leur balance commerciale avec la Chine, mais il s’agissait aussi de ralentir la croissance chinoise et de retarder sa conquête, trop rapide, de la suprématie économique mondiale.

Neuf mois après l’application de ces premières mesures
peut-on entrevoir l’issue de cette guerre commerciale ?

La réponse aux trois questions suivantes
permet de s’en faire une première idée.


- L’objectif de réduction du déficit commercial USA-Chine est-il en voie d’être atteint ?

- L’activité commerciale chinoise a-t-elle été affectée, tant au niveau planétaire qu’au niveau bilatéral USA-Chine ?

- Quels pays sont déjà, et seront plus encore demain, les « victimes » de cette guerre commerciale ?

***

L’ objectif de réduction du déficit commercial USA-Chine
est-il en voie d’être atteint ?

L’analyse des chiffres publiés par le département US du commerce sont inquiétants. En fin d’année 2018, le déficit commercial US avec la Chine, pour l’échange des biens, pulvérisera son record de 2017 qui avait lui-même pulvérisé celui de 2016. Ce déficit était de 347 milliards de dollars en 2016, de 375 en 2017, il devrait atteindre entre 400 et 410 milliards de dollars en fin d’année 2018. Il continue de se creuser malgré les nouveaux tarifs douaniers US visant à le réduire.

Rappelons, pour mémoire, que ce déficit n’était que de 6 millions de dollars en 1985 ; 10,4 milliards en 1990 ; 84 en 2000 ; 273 en 2010 et, qu’au rythme actuel, il pourrait atteindre 500 milliards en 2020…

Plus inquiétant, le déficit se creuse toujours davantage et toujours plus vite, mois après mois, sans qu’aucun signe d’inversion de la tendance n’apparaisse. Ainsi pour la première fois en septembre (dernier chiffre connu), le déficit a dépassé les 40 milliards de dollars en un seul mois…

On me rétorquera qu’il faut du temps pour que les mesures prises commencent à porter leurs fruits. Le problème est que les USA, plombés par une dette de 22 000 milliards de dollars en fin d’année, dette toujours non maîtrisée, n’ont plus vraiment beaucoup de temps, d’autant qu’une dé-dollarisation des échanges commerciaux a été initiée. Elle concerne toujours plus de pays et toujours plus d’échanges.

Point n’est besoin d’être un grand expert pour réaliser que cette guerre commerciale ne tourne pas, aujourd’hui, à l’avantage des USA. Ces derniers ont d’ailleurs dû accorder une dérogation à la Chine pour l’achat du pétrole iranien parce qu’ils savaient fort bien que la Chine ne se soumettrait pas à leur diktat et risquait de répondre plus fortement à de nouvelles sanctions en remettant sur le marché toujours plus de créances US pour déstabiliser le dollar…

***

L’activité commerciale chinoise, à l’échelle
de la planète et au niveau bilatéral USA-Chine,
a-t-elle été vraiment affectée par les mesures US ?

Pas vraiment, si l’on en croit les chiffres publiés par le service des douanes chinoises le 8 novembre 2018 qui nous disent ceci : « Les importations de la Chine ont augmenté de 26,3% en glissement annuel en octobre, tandis que ses exportations ont progressé de 20,1%, dépassant dans les deux cas les attentes. L’excédent commercial s’est élevé à 233,63 milliards de yuans (environ 33,76 milliards de dollars) le mois dernier, contre 213,23 milliards de yuans en septembre. Pendant les dix premiers mois de l’année, le commerce extérieur de la Chine a totalisé 25.050 milliards de yuans, en hausse de 11,3% par rapport à la même période l’année dernière. Le commerce extérieur avec l’Union européenne, le plus grand partenaire commercial du pays, a grimpé de 8,4% sur un an (3.680 milliards de yuans de janvier à octobre). Durant la même période, le commerce avec les États-Unis, le deuxième plus grand partenaire commercial de la Chine, a augmenté de 7,4% (3.440 milliards de yuans), suivi par celui avec l’ASEAN, son troisième plus grand partenaire commercial, atteignant 3.180 milliards de yuans. » ; soit une hausse de 13,7%.

La simple lecture des chiffres ci-dessus se passe de commentaire. On peut les balayer d’un revers de main en prétendant qu’ils ne sont pas sincères et que l’on baigne dans la propagande. Le problème est que ces chiffres sont confirmés, à quelques détails près, mois après mois, par les publications du département du commerce US, ce qui devrait faire taire les sceptiques.

A retenir : les USA ne sont plus les premiers partenaires commerciaux de la Chine. Devancés par l’UE aujourd’hui, ils le seront par l’ASEAN dès 2020. A retenir également que la Chine étend son emprise commerciale sur le monde entier en diversifiant toujours plus ses partenaires et en accélérant la réalisation de son grand projet « La ceinture et la route » qui dope son commerce. A noter enfin qu’une part croissante de ces échanges se négocie désormais en monnaies nationales (hors dollar).

La part des USA dans le commerce chinois va donc progressivement et inéluctablement se réduire, ce qui ne peut que renforcer la capacité de résistance de la Chine aux mesures hostiles.

Quels seront les «  victimes »
de cette guerre commerciale USA-Chine ?

La lecture attentive des deux derniers rapports trimestriels du FMI (juillet et octobre 2018) fait apparaître les futures victimes de cette guerre commerciale initiée par les USA.

Elles seront d’abord les économies les plus fragiles, qui auront de plus en plus de difficultés à trouver des financements pour réaliser leur développement. Le continent africain sera probablement le plus touché, avec deux effets collatéraux : celui d’exacerber la crise migratoire, qui affectera notamment l’Europe, la divisera et donc l’affaiblira toujours plus ; celui de pousser ces pays méprisés (qualifiés de « pays de merde » par le président US) dans les bras de la Chine et de la Russie.

Selon le FMI, le Japon, le Canada et l’UE, tous alliés des USA, seront plus affectés, à court terme, que les États-Unis eux-mêmes. Leur croissance sera plus réduite qu’espérée en fin d’année 2018 : perte de 0,2 à 0,3 point de croissance par rapport aux prévisions de fin 2017.

Les États-Unis pourraient, après cette année d’élection 2018 « euphorique », une liesse financée par la dette, connaître un recul de croissance dès 2019. Selon les scénarios envisagés par le FMI, ils pourraient perdre jusqu’à 0,9 point de leur croissance actuelle à moyen terme (-30%).

La Chine souffrirait aussi, mais moins que les USA avec une perte maximale envisagée par le FMI de -0,6 point de croissance, à moyen terme, soit -10% avec une croissance de l’ordre de 6%.

Lorsqu’on sait, par expérience, que les prévisions du FMI sont, en général, plutôt optimistes pour les Occidentaux, et légèrement pessimistes pour les non-occidentaux (BRICS-OCS notamment), chacun peut imaginer ce qui va vraisemblablement se produire.

Un autre point de vue, plus inquiétant que celui du FMI, est argumenté dans la vidéo ci-après, réalisée et sous-titrée en anglais. Un ancien parlementaire US, expert de la finance, nous décrit avec pédagogie ce qui, selon lui, devrait arriver à court terme. Ses propos sont à prendre avec précaution car ils ne sont pas désintéressés. Toutefois les faits exposés dans son argumentation sont incontestables et nous éclairent sur ce qui surviendra tôt ou tard. Ce document porte bien son titre : « COLLAPSE 2019 »

En conclusion, il y a fort peu de chance que les USA gagnent la guerre commerciale qu’ils ont initiée. Peut-être ont-ils agi trop tard ; peut-être ont-ils eu « les yeux plus gros que le ventre » en s’attaquant simultanément à trop de partenaires ou d’adversaires économiques ; peut-être les conseillers en place, sous influence néoconservatrice, (Bolton, Pompeo, Haspel) ont-ils été aveuglés par leurs certitudes d’un « New American Century » et ne donnent-ils pas les bons conseils au président US ? L’évolution de la géopolitique « économique » mondiale risque donc de s’accélérer d’ici le 6 novembre 2020, date de la prochaine élection présidentielle aux Etats-Unis…

S’agissant des dirigeants européens, beaucoup semblent manquer de vision à long terme. Ils préfèrent ignorer les réalités qui dérangent et me font penser à l’homme qui tombe du 100ème étage et qui, à chaque niveau, répète : « jusqu’ici, tout va bien » ! Le problème est qu’ils passent aujourd’hui devant le 2ème étage, le sol se rapproche, le « splash » pourrait être cruel.

N’est-il donc pas grand temps de revoir, en l’améliorant, la relation avec notre partenaire russe pour qu’une Europe puisse continuer d’exister, de compter entre la Chine et les USA et de remettre en question la soumission à notre meilleur et plus habile ennemi (car « allié »). Il nous tire dans les pattes en toute occasion, espionne et fait chanter nos dirigeants et nous impose sa volonté extraterritoriale, en minant nos économies, en s’asseyant sur les intérêts de l’UE en général et sur les intérêts de la France en particulier ?

Général Dominique Delawarde
12 novembre 2018


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