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Comment Yasser Arafat a conduit les Palestiniens
à « l’accord du siècle » de Trump
par As`ad AbuKhalil - Consortium News, -

dimanche 4 novembre 2018, par Comité Valmy


Comment Yasser Arafat a conduit les Palestiniens
à « l’accord du siècle » de Trump

Les compromis faits par le regretté dirigeant de l’OLP ont ouvert la voie à l’accord le plus humiliant jamais proposé aux Palestiniens, commente As`ad AbuKhalil.

L’administration Trump travaille d’arrache-pied sur «  l’accord du siècle » qui vise essentiellement à mettre fin au conflit israélo-arabe en excluant les Palestiniens de toute négociation sur leur avenir.

Cette approche a déjà été expérimentée sous d’autres noms, dont l’infâme « option jordanienne » par laquelle le roi de Jordanie a été chargé de parler au nom du peuple palestinien, qui le méprisait.

Dans la poursuite de cet « accord », la Maison-Blanche a récemment pris plusieurs mesures pour sanctionner les Palestiniens, tandis que Jared Kushner a souligné au New York Times qu’une telle sanction ne porterait pas préjudice au « processus de paix ». Le gouvernement américain a mis fin au financement de l’UNRWA, l’agence des Nations unies qui vient en aide aux réfugiés palestiniens, et a coupé 200 millions de dollars que l’Agence des États-Unis pour le développement international consacrait à des projets d’infrastructure en Cisjordanie.

Les États-Unis ont également cessé de verser les 25 millions de dollars aux hôpitaux de Jérusalem-Est, ce qui mettrait fin au traitement du cancer, même pour les enfants palestiniens. Mais l’administration a gardé son financement de 60 millions de dollars pour les forces de sécurité palestiniennes de répression (qui sert essentiellement de réplique de l’Armée du Sud-Liban – une milice qui est au service de l’occupation israélienne). L’administration sait quelles sont ses priorités.

Le fait que nous ayons atteint ce point où les États-Unis s’identifient aux priorités de l’occupation israélienne ne devrait pas être une surprise. Cela n’a pas commencé avec Trump : c’est l’aboutissement d’un long processus qui avait été mis en place pas à pas par les administrations démocrate et républicaine successives.

En fait, c’est peut-être le bon moment pour les États-Unis de se débarrasser, une fois pour toutes, de leur simulacre d’« intermédiaire honnête ». Tout le processus de cette pacification destructrice pour les Palestiniens a été construit sur le postulat trompeur que les États-Unis ont uniquement besoin de tromper les Palestiniens en leur faisant croire qu’ils pouvaient faire confiance aux USA et que ceux-ci laisseraient alors tomber Israël. En d’autres termes, que Washington exercerait les pressions nécessaires sur Israël en échange de concessions palestiniennes majeures.

C’en est arrivé au point où les conseillers de l’équipe de négociation de l’OLP dans le soi-disant « processus de paix » ont finalement conclu publiquement que les États-Unis ne sont pas un intermédiaire honnête. Cette prise de conscience aurait été beaucoup plus bénéfique pour le peuple palestinien si elle avait été réalisée par les fonctionnaires de l’OLP sous l’administration de Bill Clinton, de George W. Bush ou de Barak Obama. Ce n’est pas Donald Trump qui a mis fin au rôle mythique d’« intermédiaire honnête » américain.

Il a été ironique de voir sur Twitter et dans les pages d’opinion des responsables du « processus de paix » des administrations successives dénoncer les mesures de Trump comme si les administrations dans lesquelles ils avaient servi étaient moins hostiles au peuple palestinien que celles de Trump. Trump est aussi hostile aux Palestiniens que ses prédécesseurs, cependant il n’a pas masqué ses sentiments ou ses intentions.

Arafat : Il a cédé aux États-Unis et à Israël. (Scanpix)

La culpabilité de l’OLP

Les dirigeants palestiniens de l’OLP (qui résident maintenant dans l’enclave corrompue et collaborationniste de Ramallah) sont directement responsables d’avoir conduit le peuple palestinien dans le gouffre. De Yasser Arafat à ses successeurs corrompus, l’équipe de négociation palestinienne a agi en partant du principe que les concessions unilatérales palestiniennes conduiraient inévitablement à des concessions israéliennes – ou que les États-Unis les garantiraient.

La décision d’Arafat de se rendre (et c’est exactement ce qui s’est passé) aux États-Unis et à Israël est le résultat direct de ses propres erreurs de calcul depuis le début des années 1970. Arafat n’était pas loin de la maxime du président égyptien de l’époque, Anouar el-Sadate, selon laquelle « 100 % des cartes du règlement sont entre les mains des États-Unis ». Arafat était très proche de Sadate (il était présent au parlement égyptien lorsque Sadate a promis d’aller à Jérusalem occupée) et n’a rompu avec lui, quoique à contrecœur, qu’après la visite de Sadate à Jérusalem.

Le camp saoudien à la tête de l’OLP (représenté principalement par Khalid Al-Hasan) fait pression depuis de nombreuses années en faveur d’un règlement avec l’État israélien et pour que les aspirations nationales palestiniennes se limitent à la Cisjordanie et à Gaza. Les riches Palestiniens qui ont financé l’OLP (comme Munib Masri, Hasib Sabbagh et Basil `Aql) ont tous fait pression pour un règlement minimaliste avec Israël et se sont opposés à la lutte armée comme voie de libération palestinienne.

Mais Arafat traînait les pieds parce que toute la base de son mouvement Fatah s’opposait à un tel règlement et parce qu’il n’y avait pas d’offre sérieuse de la part d’Israël ou des États-Unis. Les deux ont insisté pour qu’Arafat remplisse toutes les conditions qui lui étaient imposées sans bénéfice clair en retour si ce n’est le fait qu’Israël et des États-Unis consentiraient à entamer un dialogue avec l’OLP.

Arafat, qui a dirigé le mouvement national palestinien bien plus mal que le célèbre Hadj Amin al-Husseini, a traité ses relations avec le régime saoudien comme une priorité absolue. Des documents américains déclassifiés datant des années 1970 révèlent que les États-Unis ont fait pression sur le gouvernement saoudien pour qu’il fasse dérailler la voie de la lutte armée des dirigeants de l’OLP et la pousse dans une direction plus conciliante. Peu à peu, Arafat – une fois son contrôle au Liban établi – a sapé toutes les activités révolutionnaires palestiniennes et même libanaises contre Israël, et n’a permis aux groupes de l’OLP de s’engager dans des opérations militaires symboliques qu’aux dates anniversaire de leur fondation.

Le monstre bureaucratique de l’OLP nécessitait un flux régulier de financement : le régime saoudien imposait une taxe aux Palestiniens d’Arabie saoudite et donnait l’argent à Arafat, qui bénéficiait également des contributions pétrolières. D’autres régimes arabes ont également versé des fonds dans les caisses de l’OLP et Arafat a partagé une partie du butin avec d’autres dirigeants et organisations de l’OLP pour s’assurer de leur loyauté et décourager une action révolutionnaire indépendante de leur part. Cette tactique a malheureusement fonctionné : même l’attitude de rejet du Front Populaire pour la Libération de la Palestine a faibli au fil des années et en 1982 Arafat a pu gérer les négociations avec les États-Unis, qui ont eu pour résultat l’évacuation désastreuse de toutes les forces de l’OLP de Beyrouth.

Arafat s’attendait à de grandes récompenses de la part des États-Unis et du Conseil de coopération du Golfe (CCG) pour sa décision de quitter le Liban, mais il n’a reçu que le plan de paix Reagan, qu’Israël a simplement ignoré. L’administration Reagan était plutôt intéressée à ignorer Arafat et à pousser le roi Hussein de Jordanie, détesté par les Palestiniens, à parler en leur nom. Hussein a essayé, mais par l’éclatement de la première Intifada en 1988, mais après avoir lu les inscriptions sur le mur – littéralement dans ce cas – il savait que les Palestiniens n’accepteraient pas qu’un dirigeant non-OLP parle à leur place.

Miser sur Saddam

Saddam : Le grand espoir d’Arafat.

Arafat plaçait alors de grands espoirs en Saddam Hussein d’Irak, qui exploitait opportunément les frustrations palestiniennes pour accroître sa popularité arabe à la suite de l’invasion du Koweït par l’Irak en août 1990. Arafat et son équipe, dans leur esprit, ont fortement exagéré la puissance militaire de Saddam et étaient convaincus qu’il l’emporterait dans l’affrontement qui suivrait.

L’universitaire palestinien Edward Saïd (entre autres) a essayé de dissuader Arafat, mais son aide principal, Bassam Abu Sharif, a continué à assurer à Saïd à New York que Saddam avait des armes secrètes qui allaient modifier l’équilibre des forces au Moyen-Orient. Il était trop tard pour qu’Arafat se rétracte (bien que le roi Hussein, qui a défendu Saddam avec beaucoup plus d’enthousiasme qu’Arafat, ait été rapidement pardonné par les puissances occidentales et les pays du CCG probablement à la demande du lobby israélien à Washington). Arafat a perdu une importante source de financement irakienne pour son organisation, et les riches Palestiniens ont également subi des pressions de la part des régimes américains et du CCG pour qu’il cesse de recevoir des fonds.

C’est dans ce contexte, alors que la gouvernance de l’OLP était à son plus bas niveau, qu’Arafat a pris la décision stupide d’entamer des négociations secrètes directes avec l’État d’occupation israélien. Ayant perdu sa base militaire au Liban, et ayant perdu son financement du Golfe, Arafat a décidé que c’était un moment opportun pour négocier avec ses occupants.

La débâcle d’Oslo

Toute la base des accords d’Oslo, signés il y a eu 25 ans cet été, était viciée d’autant plus qu’Arafat a choisi les membres les plus faibles de la direction de l’OLP pour gérer ces négociations. (De tous les dirigeants de l’OLP et des fondateurs du Fatah, Mahmoud Abbas était peut-être le seul à ne disposer d’aucune base politique de soutien au sein du mouvement).

Arafat était trop impatient de retourner en Palestine occupée depuis la Tunisie (où un bombardement israélien du siège de l’OLP en 1985 a tué 60 personnes). Les accords d’Oslo en ont ouvert la voie. Le dirigeant de l’OLP a reconnu le droit israélien d’occuper toute la Palestine de 1948, et il a également reconnu que les États-Unis étaient la partie compétente pour arbitrer entre les deux parties malgré son approbation claire et sans équivoque de toutes les positions israéliennes.

De plus, Arafat a dénoncé unilatéralement la lutte militaire de son peuple et a renoncé à recourir à la violence politique contre l’occupation et l’agression israéliennes.

En retour, Arafat n’a reçu que le droit d’entrer dans une prison à ciel ouvert gérée par Israël en Cisjordanie et à Gaza. Il n’a pas insisté sur la reconnaissance de l’existence d’un État palestinien et n’a pas obtenu cette reconnaissance. Son équipe et lui n’ont pas non plus insisté pour que l’on s’engage à mettre fin à toutes les activités de colonisation ou pour obtenir l’assurance que Jérusalem-Est appartiendrait à la partie palestinienne.

Arafat n’a pas réussi à libérer un millimètre de Cisjordanie ou de Gaza de l’occupation israélienne.

Selon les accords d’Oslo, Israël a divisé la Cisjordanie en trois zones, mais la division était symbolique : Israël s’est octroyé le droit de pénétrer, envahir et attaquer quand et où il voulait. Les ressources en eau, l’espace aérien et la mer étaient tous sous contrôle israélien, et Israël a décidé – et décide toujours – qui peut entrer et sortir de tous les territoires palestiniens.

Arafat s’est rendu compte trop tard qu’il avait trop donné et que les États-Unis ne lui « livraient » pas Israël. Il s’est également plaint du fait que toute l’équipe du « processus de paix » au Moyen-Orient des administrations américaines successives était pratiquement dirigée par des fonctionnaires du lobby israélien (des deux partis).

Dans ses dernières années, Arafat a voulu relancer subrepticement l’aile militaire du Fatah en Cisjordanie et à Gaza (Kata’ib Shudada’ Al-Aqsa), surtout après que l’administration Bush eut traité les dirigeants palestiniens de menace terroriste, comme Al-Qaïda après le 11 septembre. C’est à ce moment-là qu’Arafat a été tué, à mon avis, certainement par Israël avec l’accord des États-Unis.

Abbas : Encore plus humilié.

Mahmoud Abbas a conclu de l’expérience d’Arafat qu’encore plus de concessions palestiniennes sont nécessaires alors qu’absolument aucune concession israélienne n’est exigée. Il a transformé les forces de sécurité palestiniennes en un bras efficace de l’occupation israélienne. Elles ont été lancées sous les accords d’Oslo par Arafat qui a permis que des Palestiniens qui envisageaient de résister à Israël soient torturés et assassinés.

Pour conforter son avenir politique, Abbas n’a jamais renoncé aux promesses israéliennes et américaines d’un mini-État – et seulement dans une partie de la Cisjordanie et de Gaza (c’est-à-dire dans moins de 24 % de la Palestine historique). Il n’est donc pas surprenant que l’équipe de Trump-Netanyahou ait décidé d’humilier, encore plus qu’avant, les dirigeants palestiniens en faisant pression sur eux pour qu’ils acceptent un non-État en échange de « zones industrielles » dans les territoires palestiniens occupés. C’est censé être le marché du siècle. Abbas a refusé de participer à cette mascarade.

Le reniement de MBS

Tout comme les États-Unis ont cherché à nommer le roi Hussein comme représentant des Palestiniens pendant une grande partie des années 1970 et 1980, l’administration Trump et Israël ont décidé que le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane devrait être le représentant de la direction palestinienne. Mais le roi saoudien s’est récemment réveillé en voyant les concessions faites par son fils. Il a retiré certaines des positions saoudiennes adoptées par MBS, et le gouvernement saoudien a pris ses distances avec cet « accord ».

Le peuple palestinien est dans une impasse. La lutte palestinienne n’avancera pas à moins que l’ensemble du dispositif d’Oslo à Ramallah ne soit démantelé. Les Palestiniens doivent inventer de nouvelles formes de lutte, sans se soucier de l’approbation des gouvernements occidentaux, des médias et des organismes de défense des droits humains. La créativité du peuple palestinien a déjà été sous-estimée auparavant.

As`ad AbuKhalil
, 17 septembre 2018

As`ad AbuKhalil est professeur de sciences politiques libano-américain à la California State University, Stanislaus. Il est l’auteur du Dictionnaire historique du Liban (1998), de Ben Laden, de l’Islam et la nouvelle “guerre contre le terrorisme” de l’Amérique (2002) et de The Battle for Saudi Arabia (2004)(bataille pour l’Arabie Saoudite). Il dirige également le populaire blog The Angry Arab News Service.

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