COMITE VALMY

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La rose et le réséda
Louis Aragon

mercredi 10 octobre 2018, par Comité Valmy


La rose et le réséda

À Gabriel Péri et d’Estienne d’Orves
comme à Guy Môquet et Gilbert Dru

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Tous deux adoraient la belle
Prisonnière des soldats
Lequel montait à l’échelle
Et lequel guettait en bas

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Qu’importe comment s’appelle
Cette clarté sur leur pas
Que l’un fût de la chapelle
Et l’autre s’y dérobât

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Tous les deux étaient fidèles
Des lèvres du coeur des bras
Et tous les deux disaient qu’elle
Vive et qui vivra verra

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Du haut de la citadelle
La sentinelle tira
Par deux fois et l’un chancelle
L’autre tombe qui mourra

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Ils sont en prison lequel
A le plus triste grabat
Lequel plus que l’autre gèle
Lequel préfère les rats

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Un rebelle est un rebelle
Deux sanglots font un seul glas
Et quand vient l’aube cruelle
Passent de vie à trépas

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Répétant le nom de celle
Qu’aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle
Même couleur même éclat

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Il coule, il coule, il se mêle
À la terre qu’il aima
Pour qu’à la saison nouvelle
Mûrisse un raisin muscat

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
L’un court et l’autre a des ailes
de Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle
Le grillon rechantera
Dites flûte ou violoncelle
Le double amour qui brûla
L’alouette et l’hirondelle
La rose et le réséda

Louis Aragon
Février 1943

les dédicataires de "la rose et le réséda"
Poème paru le 11 mars 1943, "la rose et le réséda" est le dernier poème que publia Louis Aragon avant de rentrer dans la clandestinité. Il fut édité sous forme de tracts anonymes jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale et dédié, en 1944, à quatre résistants de droite et de gauche, deux communistes et deux chrétiens, fusillés par les Allemands :
- Gabriel Péri, homme politique et journaliste français, membre du Parti communiste, fusillé le 15 décembre 1941 ;
- Honoré d’Estienne d’Orves, officier de Marine français, rallié au Général de Gaulle en 1940, fusillé le 29 août 1941.
- Guy Moquet, fils d’un député communiste, fusillé comme otage le 22 octobre 1941, à l’âge de 17 ans ;
- Gilbert Dru, qui organisa la Résistance dans les milieux de la Jeunesse chrétienne, fusillé à Lyon le 17 juillet 1944, à l’âge de 24 ans.

« La rose et le réséda » est un poème dans lequel Louis Aragon appelle le croyant et l’athée à résister ensemble et non séparément. Il s’agit de défendre la France (« la belle/Prisonnière des soldats ») qui est représentée sous la forme d’une allégorie. Cette allégorie se poursuit quelques vers plus bas : « Quand les blés sont sous la grêle », c’est-à-dire quand l’époque est difficile. C’est cette allégorie qui donne le sens du poème : « L’alouette et l’hirondelle/La rose et le réséda ». Ces deux oiseaux, ces deux fleurs représentent les deux personnages opposés qui doivent s’unir pour lutter contre l’envahisseur. L’appel à l’unité est rendu évident par les termes ou expressions « même », « tous les deux », « commun », « un seul glas », etc. Louis Aragon invite les hommes à combattre ensemble quels que soient leurs divergences d’opinion, car « Un rebelle est un rebelle » et leur sang rouge est le même. Le présent de vérité générale souligne l’idée que ce ne sont pas les idées qui prévalent, mais la résistance et l’union dans le combat<.P/>

La saison nouvelle

Le poème s’achève sur l’idée que « le grillon rechantera », que la guerre s’achèvera sur un nouveau printemps (« raisin muscat », « framboise », « mirabelle », « grillon », « alouette », « hirondelle »). Mais sans le sang, le sang des résistants qui se mêle à la terre et la nourrit, il n’y aura pas de « saison nouvelle », pas de rose et de réséda. Le texte s’achève donc sur le vers qui donne son titre au poème. Les fleurs sont des symboles qui, par leur couleur, évoquent une dernière fois le communiste (couleur rouge) et le catholique (couleur blanche), morts pour la France (ce qui explique pourquoi le poème est essentiellement écrit au passé).http://www.ralentirtravaux.com/lettres/sequences/troisieme/poesie-engagee/analyse-rose-reseda.php

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