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Reconnaissance de
l’indépendance du Kosovo en recul.
par alain jejcic

vendredi 12 octobre 2018, par Comité Valmy


Reconnaissance de l’indépendance du Kosovo en recul.

La proclamation unilatérale par le Parlement du Kosovo, le 16 février 2008, de la République du Kosovo est sans conteste l’acte politique majeur de l’histoire récente des Balkans. Depuis, objectif important de la politique occidentale, la reconnaissance internationale de l’état du Kosovo autoproclamé, par la Serbie y compris, oriente les activités des multiples facteurs (gouvernemts, organisations internationales, ONG, socités civiles etc) à l’œuvre dans la région en pesant sur l’ensemble des « Balkans occidentaux ».

Bien que la Communauté Internationale (C.I.) soit très majoritairement acquise, et pour cause, à l’indépendance du Kosovo, en cette fin d’année 2018, plus de dix ans après, la proclamation continue à souffrir d’une reconnaissance internationale incontestable. Et, sur ce point, il semblerait bien qu’avec le temps un mouvement de reflux se déssine : le nombre de pays ayant reconnu le Kosovo indépendant diminue ! Aussi surprenant que cela puisse paraître, compte tenu des multiples initiatives de la C.I. et de ses membres pris un à un (la France a reconnu l’indépendance du Kosovo dès le lendemain de la proclamation) en faveur du Kosovo indépendant, la tendance est bien réelle si l’on en croit les déclarations récentes du ministre des affaires étrangère serbe, Ivica Dačić.

Comme il semble que le silence soit de mise sur cette question, il paraît pertinent de se faire l’écho de la conférence de presse qu’a tenue le 29 septembre 2018 Ivica Dačić à son retour de New York lorsqu’il a évoqué l’état présent de la situation.

Faisant l’historique de ses activités, le ministre a rappelé, qu’après avoir beaucoup travaillé et discuté, en octobre dernier le Surinam retirait sa reconnaissance du Kosovo indépendant. Premier état à revenir sur la reconnaissance octroyée à l’indépendance du Kosovo, le Surinam ouvrait ainsi une brêche dans le mouvement de reconnaissance de l’état crée en 2008 avec le soutien de la C.I. sous la direction des Etats Unis d’Amérique.

Bientôt après, alors qu’un nouveau gouvernement avait été élu à la tête du pays, c’était au tour de Sao Tome et Principe de retirer sa reconnaissance, accordée en 2012. Une dynamique semblait alors se mettre en place en vue de revoir les reconnaissances accordées à la faveur des conditions internationales particulières.

Et de fait, peu avant la fin de l’année 2017, la Guinnée Bissau d’emboitait le pas. Contrairement aux affirmations des autorités de Priština selon lesquelles la Guinée Bissau figurait au nombre des états ayant reconnus l’indépendance du Kosovo, le premier ministre Oumaro Sissoko Embalo faisait savoir qu’il n’existait aucun document émanant de l’état guinéen témoignant de la reconnaisance de l’indépendance kossovare. On réalisait alors que le décompte des états ayant reconnu l’indépendance du Kosovo, mis en avant officielement par les autorités de Priština, était tout simplement faux !

Par la suite, au début de l’année 2018, alors qu’à Priština on célébrait le dizième anniversaire de l’indépendance du Kosovo, le Burundi, à son tour, faisait savoir qu’il retirait sa reconnaissance. Bientôt après suivait le Libéria qui motivait sa décision par le constat qu’en 2008, quand sa décision avait été prise de reconnaître le Kosovo indépendant, elle avait observé l’absence de volonté de dialogue de Belgrade pour trouver une solution pour sa région méridionale. Compte tenu de la situation présente, elle ne saurait maintenir son point de vue et, par voie de conséquence, continuer à soutenir l’indépendance du Kosovo.

Par ailleurs, durant sa conférence de presse, Dačić a évoqué le cas de pays, comme la Somalie, où les responsables politique s’etonnaient de figurer sur la liste des pays ayant reconnu de l’indépandance du Kosovo puisque, selon le ministre des affaires étrangères de la Somalie, « le Kosovo et la Métochie font partie de la Serbie et la Somalie soutient son intégrité territoriale ».

Bien qu’ils figurent sur la liste, l’Oman, l‘Ouganda et le Lesotho n’avaient pas reconnu l’indépendance du Kosovo, devait rappeler Dačić confirmant de la sorte le caractère problématique de la liste des états ayant reconnu le Kosovo indépendant.

Finalement, Ivica Dačić déclarait qu’il s’attendait que, suite aux nombreuses réunions que la délégation serbe avait eu à New York en marge de l’Assemblée Générale, d’ici la fin de l’année, cinq à dix états supplémentaires viendraient s’ajouter au premiers cinq états ayant retiré leur reconnaisance au Kosovo indépendant durant les douze derniers mois.

Il est évident que si les prévisons du ministre des affaires étrangères de la Serbie se réalisaient le statut international du Kosovo indépendant se trouverait passablement compromis. L’érosion, atteignant alors plus de 10% des reconnaissances obtenues, ne saurait être négligée d’autant plus que tout laisserait alors à penser qu’une dynamique est à l’œuvre, susceptible d’entrainer d’autres retraits.

Dans l’hypothèse qu’il en irait ainsi, alors inévitablement surgie la question de savoir quel facteur politique soutend le mouvement ? Certes, l’activisme du ministre serbe n’est pas étranger aux résiliations. Aussi, la Serbie, bénéficiant des liens privilégiés que la Yougoslavie avait instauré avec les pays du tiers-monde dans le cadre du mouvement des non-allignés, peut faire valoir des solidarités que l’on méconnaît mais qui peuvent s’avérer décisives. Ceci n’est pas non plus négligeable. Mais, au-delà de ces facteurs, sommes toutes contingents, comment comprendre que la plupart des pays remettant en cause la reconnaisance qu’ils avaient accordé soient en Afrique ? Serait-il alors éxagéré de dire que l’Afrique tourne le dos au Kosovo ? Et pourquoi le ferait-elle ? Par défiance vis-à-vis de l’Occident ?

Sous l’influence de la Chine, de plus en plus présente sur continent ?

Gageons que d’ici la fin de l’année on en saura plus pour éventuelement commencer à comprendre les enjeux soutendant le mouvement de résilitions de la reconnaissance du Kosovo affectant l’Afrique.

L’indépendance de l’état auto-proclamé du Kosovo, si ardament defendue par les Etats Unis d’Amérique et ses alliés, bute sur le réel de la situation internationale actuelle. En devoilerait-elle, indirectement, de nouveaux enjeux politiques, notamment en Afrique ?

Quoi qu’il en soit, le Kosovo indépendant comme solution des problèmes posés par la présence de la minorité albanaise en Serbie est une voie sans issue, tel semble être, en fin de compte, l’enseignement à tirer du mouvement de retrait des reconnaissances accordées.

Si bien que l’application pleine et entière de la résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations Unis prévoyant « pour le Kosovo une autonomie substantielle, qui tienne pleinement compte des accords de Rambouillet et du principe de souveraineté et de l’intégrité territoriale de la République Fédérale de la Yougoslavie », s’impose comme l’unique voie possible pour sortir de l’impasse.

alain jejcic


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