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Donbass : l’opération "mains sales"
par Karine Bechet-Golovko

lundi 1er octobre 2018, par Comité Valmy


Donbass : l’opération "mains sales"

Comme nous l’avions écrit, la mort de Zakhartchenko, le leader de la jeune République populaire de Donetsk - DNR (voir notre texte ici), a provoqué des tremblements politiques dont l’ampleur ne finit pas de grandir. Sur la vague de l’installation quelque peu douteuse du non moins douteux Pouchiline ( voir notre texte ici) à la tête d’un intérim qu’il entend bien rendre définitif, le processus électoral se transforme en opération de neutralisation politique d’un espace tout juste naissant. Faire de DNR un ectoplasme politique, amorphe, ne peut entrer que dans un scénario de renforcement de dépendance ou de rattachement. Mais à qui ? Dans tous les cas, ces technologies non seulement ternissent l’image de la Russie mais risquent de soulever des questions de sécurité interne.

De troubles évènements se sont déroulés ces derniers jours, qui ressemblent fortement à un mini coup d’état intérieur. Et cela concerne tant la préparation des législatives, que la préparation des élections du dirigeant de DNR .

Le mouvement Svobodny Donbass (Donbass Libre) est le principal mouvement d’opposition, à la tête duquel se trouve la femme de Gubarev, le principal opposant de Pouchiline. Or, l’assemblée générale qui devait se tenir ce 29 septembre pour donner la liste des candidats aux élections législatives a été l’objet d’une opération de substitution qui, pour les fins gourmets, rappellera ce qui s’était passé avec le parti Pravoe Delo en Russie lorsqu’il fallut lancer l’oligarque Prokhorov, sans aucun succès par ailleurs. A cette époque justement, Sourkov était en charge de la politique intérieure à l’Administration présidentielle russe, qui supervise aujourd’hui le Donbass. Les habitudes semblent avoir la peau dure. Ainsi, le 29 septembre, 400 personnes se sont présentées devant des portes closes, l’assemblée s’est tenue dans la rue et évidemment la liste des candidats n’a pu être établie. Les gens étaient d’autant plus inquiets que Ekaterina Gubareva, leader de ce mouvement, avait disparu.

Pendant ce temps-là, l’agence d’information de la République DAN annonce que l’assemblée générale de Svobodny Donbass s’est parfaitement tenue et que la liste des députés a été établie. En fait, il s’agit d’une autre assemblée générale, qui a été organisée notamment par Roman Khramenkov, obscure candidat lancé faire de la figuration contre Pouchiline, Alexandre Malkov et Yuri Sivokonenko, dont les liens avec le Bloc Timoshenko sont établis. Ce qui est assez surprenant... Ainsi, le mouvement a changé de mains et Ekaterina Gubareva a été écartée. Fragilisant par là même le candidat Gubarev.

Elle est réapparue ensuite ... chez Pouchiline :

Et elle décrit ce qui s’est passé sur le mur de son mari - certes, ce n’est pas objectif, mais pour information :

Ekaterina Gubareva :

"Vers 10h, je suis sortie de la maison pour aller à l’AG. L’on m’a demandé de venir pour une discussion, où l’on m’a prévenu que l’AG de Svobodny Donbass se passera sans ma participation. Dans la liste Svobodny Donbass, j’étais N°1. Maintenant, je n’y suis plus. Au bout d’un certain temps l’on m’a relâchée, rendu mes affaires. Merci à tous pour votre soutien. Ensuite, je suis tombée chez Pouchiline"

Parallèlement, des méthodes non moins de bandits sont utilisées dans le cadre des élections pour déterminer qui dirigera la jeune République. Gubarev, de son côté, a pu déposer les signatures, bien que des pressions très fortes sont exercées dans les entreprises sur les gens, paraît-il, pour qu’ils ne le soutiennent pas, allant jusqu’à une menace de perdre son emploi. Voici la déclaration en ce sens :

Par ailleurs, l’autre candidat qui pouvait faire de l’ombre à Pouchiline est l’ancien ministre de la défense de DNR, qui se présente sous les couleurs communistes, Khakimzainov a été l’objet d’un attentat. Juste à point, une explosion a eu lieu également ce 29 septembre après l’AG, faisant 4 blessés et permettant de faire brûler les documents devant être présentés à la commission électorale pour l’enregistrement de sa candidature. C’est alors que la même agence d’information de Donetsk, DAN, qui avait légitimé la fausse AG de Svobodny Donbass, déclare que le candidat a lui-même organisé l’explosion - pour se faire de la publicité. Cela rappelle dangereusement la rhétorique ukrainienne et occidentale, notamment sur Odessa et en général dès qu’il y a des victimes civiles : ils se font exploser eux-mêmes, ils se font brûler eux-mêmes. Les réactions dans les réseaux sociaux furent assez virulentes face à ses déclarations. Surtout que d’un point de vue logique, il est dans cette optique impossible d’expliquer pourquoi Khakimzianov a finalement retiré sa candidature. En fin de compte, l’attentat contre lui ressemble beaucoup plus à une menace. Et elle a porté.

Tout cela fait penser à un mini-coup d’état, une sorte d’opération "mains sales". Le premier résultat est de transformer DNR en une sorte d’ectoplasme apolitique, manoeuvrable, mais absolument non viable. Il doit donc être réintégré et la question se pose de savoir où.

Si le renvoie vers l’Ukraine est envisagé, la Russie perdra toute crédibilité sur la scène internationale (bien au-delà de la question ukrainienne) et la pression sera mise ensuite sur la Crimée. Sans compter que des attentes fortes de justice continuent à émerger de la population russe et dans le Donbass et que ce mouvement de retour, quelle que soit la communication organisée autour, serait considéré comme une trahison. Il serait surprenant que les gens restent tranquillement chez eux, en tout cas ils pourraient parfaitement être récupérés.

Si le rattachement vers la Russie est organisé, avec de telles méthodes de bandit, l’on sera de toute manière très loin de l’euphorie qui a succédé la Crimée. A quoi bon salir, déstructurer, décrédibiliser ? Cela pourrait donner l’idée d’un corps malade. Ce qui ne permettra pas, d’un point de vue cynique et froid, d’en retirer les avantages politiques escomptables.

Dans tous les cas, ces manipulations vont beaucoup trop loin.

Karine Bechet-Golovko
lundi 1 octobre 2018


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