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L’histoire redressée :
qui a vraiment voulu le mur de Berlin ?
Par Nikolay Starikov

samedi 29 septembre 2018, par Comité Valmy


L’histoire redressée :
qui a vraiment voulu le mur de Berlin ?

En réalité, les Soviétiques ont tout fait pour tenter de réunifier l’Allemagne occupée en tant que puissance neutre. Ce sont les Anglo-Américains qui ont assuré qu’elle resterait divisée

Je pense que certains d’entre vous ont peut-être entendu, plus d’une fois, parler du tyran Staline, qui, en 1948, avait bloqué Berlin-Ouest et comment les nations éprises de liberté avaient organisé le pont aérien de Berlin pour le contourner. Mais aujourd’hui, nous vous permettons d’apprendre ce qui s’est réellement passé.

Après le refus de Staline de se laisser entraîner dans l’accord draconien de Bretton Woods et le célèbre discours de Churchill à Fulton, Missouri, l’Occident a commencé à faire pression sur l’URSS, sur tous les fronts disponibles.

Le front le plus pratique pour cela était le pays vaincu, l’Allemagne.

Zones d’occupation de l’Allemagne en 1946

Immédiatement après avoir vaincu les nazis, les Alliés ont convenu de diviser l’Allemagne en trois zones d’occupation : russe, britannique et américaine. Mais le pays lui-même n’était nullement divisé par des frontières – c’était l’Allemagne unie mais sans aucun semblant de pouvoir d’État à l’intérieur de ses propres frontières, à l’exception des autorités militaires d’occupation. Berlin a été découpée de la même manière. La ville avait été prise d’assaut par les troupes soviétiques, mais comme convenu, l’URSS a permis aux forces alliées d’entrer dans la capitale allemande. Le 5 juin 1945, la Déclaration de Berlin a été adoptée, qui annonçait le partage de l’autorité suprême en Allemagne entre toutes les puissances ayant vaincu les nazis. Plus tard, sous l’insistance de Charles de Gaulle, les Français ont également découpé leur propre territoire allemand – la région de la Sarre leur a été donnée pour occupation ainsi qu’un secteur de Berlin. Il y avait maintenant quatre zones d’occupation. Puis, le 30 août 1945, un organe de direction fut créé – le Conseil de contrôle – grâce auquel les Alliés pouvaient travailler ensemble et qui détenait le pouvoir suprême dans ce pays occupé. Le 1er janvier 1946, le commerce entre les zones soviétique et britannique commençait. Pendant un moment, tout s’est bien déroulé, du fait que l’URSS n’avait pas encore refusé de reconnaître la suprématie du dollar de la Réserve fédérale… Cependant, une fois ce Rubicon franchi, les choses ont commencé à s’envenimer.

5 mars 1946 : date du discours de Churchill et début de l’ouverture des hostilités en provenance de l’Ouest.

6 août 1946 : le général américain Lucius Clay fait une annonce à Stuttgart sur l’unification imminente de deux zones d’occupation.

2 décembre 1946 : les États-Unis et la Grande-Bretagne signent un accord à New-York pour fusionner leurs zones d’occupation. Une entité au nom étrange de Bizone émerge sur la carte de l’Europe.

1er janvier 1947 : tout le commerce entre Bizone et les autres zones doit désormais se faire en dollars de la Réserve fédérale. Et quelle monnaie avait été utilisée pour commercer avec la zone soviétique tout au long de 1946 ? Le Reichsmark. L’URSS n’a pas de dollars et les Allemands y ont encore moins accès. Quelle est la raison pour exiger que le commerce soit effectué uniquement en dollars ? Cela signifie que le choix est soit se soumettre, soit cesser tout commerce entre les deux moitiés de l’Allemagne.

12 mars 1947 : le président Truman prononce son discours sur la Doctrine Truman devant le Congrès et la guerre froide commence officiellement.

5 juin 1947 : le célèbre plan Marshall est adopté.

23 février – 6 mars 1948 : la Conférence des six puissances de Londres se tient, les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg sont représentés. Lors de la conférence, une décision distincte est prise pour créer un État allemand dans la limite des trois zones d’occupation [occidentales].

Ainsi, les États-Unis et le Royaume-Uni se sont engagés à diviser l’Allemagne en deux États. En réponse, l’URSS s’est retirée du Conseil de contrôle le 20 mars 1948 et a immédiatement cessé ses travaux. L’Occident n’avait plus besoin d’un organe de direction pour superviser toute l’Allemagne. Il forgeait un nouvel État allemand.

Mais alors quelque chose de très intéressant s’est produit. Entre le 20 et le 21 juin 1948, une réforme monétaire a été menée dans les trois zones d’occupation de l’ouest, elle ressemblait beaucoup à un hold-up en rase campagne. Le Reichsmark utilisé par Hitler a été remplacé par le Deutschemark. Chaque Allemand était autorisé à échanger 60 Reichsmark au taux de 1 pour 1. Quarante mark pouvant être échangés immédiatement et les 20 autres deux mois plus tard. La moitié de leurs économies pourrait être échangée à un taux de 1 pour 10, tandis que la seconde moitié était gelée jusqu’à une date ultérieure où elle pourrait être échangée à 1 pour 20. Mais les pensions, les salaires, les paiements et les taxes ont été recalculés dans la nouvelle monnaie à un taux de 1 pour 1.

Un Deutschemark des alliés en 1948

Les personnes morales étaient confrontées à un sort encore plus triste. Toutes les entreprises ont reçu 60 marks par employé. Toutes les dettes publiques dues en ancien Reichsmark ont été annulées sans aucune compensation ! En conséquence, environ les deux tiers des actifs bancaires, qui avaient été investis dans des obligations d’État, étaient désormais sans valeur. Et tout cela s’est passé d’un seul coup – comme une opération militaire bien planifiée. Les marks allemands ont été secrètement imprimés aux États-Unis et mis en circulation sans avertissement.

Maintenant, étudions cette situation pendant un petit moment. Que pensez-vous qu’il se soit passé dans un pays où une nouvelle monnaie a été introduite dans la moitié du pays [occidentale], alors que l’ancienne monnaie continuait à être utilisée dans l’autre moitié [orientale] ? Les Allemands [sous contrôle occidental] avaient eu la possibilité d’échanger leurs économies à un taux de 1 pour 10 ou 1 pour 20, alors quelle serait la prochaine étape logique à suivre ? Ils ont essayé de dépenser leurs anciens marks partout où cet argent était encore accepté. En d’autres termes – dans la zone d’occupation soviétique. Et c’est exactement ce qui s’est passé. Les Allemands se sont précipités pour transformer leurs anciens Reichsmarks en marchandises dans la zone orientale. Ils ont tout dévalisé sur les étagères des magasins, en se concentrant uniquement sur la liquidation de leur argent devenu inutile. Compte tenu de cette situation scandaleuse, que devait faire l’administration soviétique ? Elle a dû sceller les frontières de sa zone et essayer d’endiguer ce flot d’argent, sinon l’économie se serait effondrée et il ne serait rester aucune marchandise dans les magasins. Et c’était précisément ce sur quoi l’Occident comptait : inciter à une émeute pour provoquer l’URSS dans une «  répression sanglante contre les manifestations populaires ».

Les frontières de la zone d’occupation pouvaient bien sûr être scellées, mais que faire à Berlin ? Il n’y avait pas encore de mur là-bas – la ville était encore indivise. Et « comme par hasard », la réforme monétaire devait prendre effet dans le secteur ouest de Berlin trois jours plus tard que dans la zone d’occupation de Bizone et de la France – le 25 juin 1948. C’était comme si quelqu’un voulait que les Allemands comprennent le truc – emmenez vos Reichsmarks à Berlin ! Ils les acceptent toujours là-bas. Et les voitures de toute l’Allemagne seraient désormais remplies de billets et conduites directement dans la capitale allemande. Mais heureusement, les Alliés, et les Allemands travaillant pour eux, devaient avoir un laissez-passer spécial pour se rendre à Berlin en traversant la zone soviétique. Que faire ? Le gouvernement soviétique décida d’interdire l’entrée à Berlin et le trajet vers Berlin par la zone soviétique. Et les habitants du secteur ouest de la ville ont été empêchés d’entrer à l’est, juste pour siphonner tout ce qui se trouvait sur les étagères des magasins. C’était le « blocus » de Berlin-Ouest que Staline avait proclamé.

Le mark est-allemand serait introduit beaucoup plus tard.

Le 1er juillet 1948, les gouverneurs militaires des trois zones d’occupation présentèrent, aux ministres-présidents des onze États allemands qui relèvent de leur juridiction, les documents connus sous le nom de documents de Francfort. La décision avait été prise à Londres d’ordonner effectivement aux Allemands de créer un nouveau gouvernement national ! Les capitales occidentales ne craignaient pas que cela divise à la fois le pays et sa population.

La future Allemagne de l’Ouest occuperait 52,7% du territoire allemand d’avant-guerre et hébergerait 62% de sa population.

Après cela, les événements se sont déroulés allègrement, selon le script familier. Le 23 mai 1949, la naissance de la République fédérale d’Allemagne (RFA) a été annoncée. Le degré d’indépendance accordé à la politique étrangère de cet État fantoche ressort clairement du fait que le ministère fédéral des Affaires étrangères d’Allemagne de l’Ouest n’existait même pas avant le 15 mars 1951 et que les gouvernements des États-Unis et du Royaume-Uni n’ont pas proclamé la pleine souveraineté de l’Allemagne de l’Ouest dans les affaires étrangères avant trois ans, le 24 juin 1954.

Pendant ce temps, l’URSS faisait tout son possible pour s’opposer aux projets de l’Occident de créer un État allemand dans une partie seulement du pays, laissant la question de la structure et de la neutralité futures de l’État à la décision des Allemands eux-mêmes.

Moscou réagit à la création de l’Allemagne de l’Ouest en proclamant la formation de la République démocratique allemande (RDA) le 7 octobre 1949. Cependant, Staline pensait que c’était une erreur d’avoir deux « Allemagne » au cœur de l’Europe. Par conséquent, le 10 mars 1952, l’URSS envoya une proposition à l’Occident, que l’histoire appellerait plus tard la «  note de Staline ». Ce document montre clairement que le but du dirigeant soviétique n’était pas de créer son « propre » État allemand, mais d’unifier l’Allemagne afin d’empêcher Washington et Londres d’utiliser les Allemands comme pions dans leur propre politique.

L’Union soviétique voulait mener des négociations immédiates sur la réunification de l’Allemagne et des élections libres sur tout son territoire, avec la formation ultérieure d’un gouvernement unique qui devrait conserver un statut neutre. Dois-je rappeler à quelqu’un que l’Occident a ignoré la « note de Staline » ?

Lorsque quelqu’un, naïf ou sans instruction, commence à se demander qui est responsable des décennies de division du peuple allemand, rappelez-lui simplement ce fait : l’Occident a bloqué les négociations entre les deux « Allemagne », et l’Allemagne de l’Ouest n’a pas reconnu l’Allemagne de l’Est jusqu’en 1972. Avant cela, les deux États allemands n’avaient pas de relations diplomatiques.

Si vous demandez à une personne d’aujourd’hui qui prend ses informations dans les médias « indépendants » quelle est la différence entre l’Allemagne de l’Ouest et de l’Est, vous entendrez probablement parler de « totalitarisme ». Supposant par là qu’un Allemand était libre d’un côté et pas de l’autre. Si vous le pressez de s’expliquer, vous entendrez très probablement qu’il n’y avait pas de système de partis multiples en Allemagne de l’Est, qui était dirigée uniquement par le Parti communiste, tandis que l’Allemagne de l’Ouest abritait de nombreux partis politiques. Eh bien… C’est un mensonge absolu. Le 10 juin 1945, l’administration militaire soviétique en Allemagne avait déjà autorisé les activités des partis démocratiques et des syndicats dans sa zone.

Elle l’a fait avant que nos « Alliés » ne prennent des mesures similaires dans leurs zones d’occupation. Quatre partis ont été créés en juin et juillet 1945 et, en 1946, deux d’entre eux ont fusionné pour créer le Parti de l’unité socialiste d’Allemagne (SED), qui deviendra plus tard le parti au pouvoir. Je pense que beaucoup de lecteurs trouveront intéressant d’apprendre qu’un système de partis multiples existait jusqu’aux derniers jours de la République démocratique allemande. Le tout premier parlement est-allemand – la Chambre populaire provisoire – comptait 330 députés en 1949 : le SED détenait 96 sièges, les libéraux démocrates et la CDU 46 sièges chacun, les démocrates nationaux 17 et le Parti démocrate des agriculteurs 15.

Les sièges restants étaient répartis entre les syndicats et la Jeunesse allemande libre. Et si quelqu’un pensait que ce n’était que pour la vitrine et que le « régime sanguinaire » a étranglé plus tard le système de partis multiples alors cette personne se tromperait complètement. Si vous essayez d’affirmer que le parlement est-allemand n’était qu’une simple façade, vous devez admettre que tous les autres parlements du monde méritent également ce label. La vérité est la suivante : l’Allemagne socialiste et son système de partis multiples a continué à se développer à l’unisson. En 1986, les 500 députés de la Chambre du peuple comprenaient dix groupes provenant de cinq partis, des syndicats, du Komsomol, de la Fédération des femmes démocrates d’Allemagne, de l’Association culturelle de la RDA et même de l’Association mutuelle d’aide aux paysans.

Le monde actuel diffuse souvent des clichés sur le « Pacte de Varsovie agressif ». C’est un autre mensonge évident. L’Occident a créé l’OTAN en 1949 et l’URSS a fondé l’Organisation du Traité de Varsovie en 1955. Ce bloc militaire est apparu en réponse à la militarisation de l’Europe par l’Occident. L’URSS n’a pas réagi à la création de l’OTAN avant que l’Allemagne de l’Ouest ne devienne membre de ce bloc.

Dans une déclaration spéciale du 15 janvier 1955, l’Union soviétique déclara que les négociations entre les deux États allemands sur la neutralité perdraient tout leur sens si l’un d’entre eux rejoignait un bloc militaire occidental. Mais les États-Unis et la Grande-Bretagne ont délibérément créé une menace militaire en Europe. Ils avaient besoin d’une situation anormale dans laquelle un peuple divisé avait deux gouvernements et devait être équipé de deux armées qui s’affrontaient. Londres et Washington n’ont été que trop heureux de reproduire cette situation à plusieurs reprises : en Inde et au Pakistan, à Chypre et au nord de Chypre, en Irlande et en Irlande du Nord, en Croatie et en Serbie, enfin en Russie et en Ukraine… [et en Corée, NdT]

Ainsi l’Allemagne est devenue membre de l’OTAN le 9 mai 1955. En réaction, le bloc militaire du pacte de Varsovie a été créé le 14 mai 1955. Même la célèbre armée est-allemande – l’une des plus belles du monde au cours des trente-quatre années de son existence – n’a été créée qu’après le viol sans vergogne par les « Alliés » de la décision prise lors de la conférence de Potsdam en 1945, qui interdisait à l’Allemagne de disposer de ses propres forces armées. Bonn a officiellement annoncé la formation de la Bundeswehr le 12 novembre 1955, mais ce n’est qu’en 1956 que l’Armée populaire nationale de la RDA a été créée…

Alors, qui a entamé une confrontation inconciliable au cœur de l’Europe après la Seconde guerre mondiale et quarante ans de division du peuple allemand ?

Nikolay Starikov
– Le 1er septembre 2018

Nikolai Starikov est un célèbre historien intellectuel et nationaliste russe.

Traduction le Saker Francophone

– Source


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