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L’avancée pour la paix des deux Corées
obligera-t-elle Washington à l’accepter ?
Par Finian Cunningham

lundi 24 septembre 2018, par Comité Valmy


South Korean President Moon Jae-in and North Korean leader Kim Jong Un on the top of Mt. Paektu, North Korea, September 20, 2018 © Pyeongyang Press Corps/Pool / Reuters

L’avancée pour la paix des deux Corées
obligera-t-elle Washington à l’accepter ?

Impossible de faire plus symbolique : cette semaine, les dirigeants des deux Corées se sont serrés la main au sommet de la plus haute montagne de la péninsule, jurant de s’unir dans la paix. La balle est maintenant dans le camp de Washington pour aider à la concrétiser.

Cette année, plusieurs étapes diplomatiques ont déjà été franchies dans le rapprochement entre la Corée du Nord et la Corée du Sud. Mais le sommet de trois jours qui s’est tenu cette semaine a fait progresser encore davantage la cause de la paix dans la péninsule.

Le président sud-coréen Moon Jae-in a été accueilli dans la capitale nord-coréenne par une énorme foule de sympathisants. Avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, d’importants engagements ont été signés en vue du démantèlement des armes nucléaires et de la normalisation des liens entre les deux pays.

Le deuxième jour de sa visite historique, le Président Moon s’est adressé à quelque 150 000 personnes dans le stade du 1er mai à Pyongyang, où il a évoqué à plusieurs reprises « ses frères et sœurs coréens ». Sous des applaudissements enthousiastes, il a appelé à la paix et à la réunification du « grand peuple coréen ».

Le lendemain, Moon et Kim ont escaladé le mont Paektu, avec leurs épouses et leurs délégués. La montagne est vénérée depuis 5000 ans par les Coréens du Nord et du Sud en tant que berceau spirituel de la nation. Comme Moon l’avait noté dans son discours du stade la nuit précédente, les Coréens vivent ensemble en paix depuis des millénaires ; ce n’est qu’au cours des 70 dernières années qu’ils ont été divisés par la Guerre froide et un conflit civil brutal (1950-53).

Le duo de choc pour la paix Moon et Kim au sommet du Mont Paektu, en Corée du Nord. Photo Prensa Latina https://www.plenglish.com/index.php ?o=rn&id=33994&SEO=pyongyang-summit-ends-with-farewell-at-mount-paektu

Cette division semble maintenant prendre fin après le sommet fraternel de cette semaine.

Et ce n’était pas uniquement de la communication. Les deux parties se sont engagées à démilitariser la frontière entre les deux pays et à former un comité militaire conjoint chargé de superviser les mécanismes du processus de paix. Les deux dirigeants ont prévu des plans d’intégration des États par le biais de systèmes de transport et d’une coopération économique [Déclaration conjointe de Moon et Kim ici, en anglais, NdT

En ce qui concerne la douloureuse question du regroupement des familles déchirées par la guerre, il est prévu de régulariser les contacts de part et d’autre de la frontière.

Ce qui stimule les perspectives d’un règlement de paix global, c’est la réaction positive de l’administration Trump. Le président Trump a salué le sommet inter-coréen de cette semaine comme « extraordinaire » et approuvé la dynamique de paix.

Mike Pompeo, le secrétaire d’État américain, a déclaré qu’il donnait l’ordre aux fonctionnaires de reprendre les négociations avec la Corée du Nord « dès que possible ».

« Sur la base de ces engagements importants [de la Corée du Nord et de la Corée du Sud], les États-Unis sont prêts à entamer immédiatement des négociations, » a dit Pompeo.

Jusqu’ici, tout va bien. Le Nord-Coréen Kim a réaffirmé cette semaine son engagement à démanteler les installations de fabrication d’armes nucléaires. Mais il veut que les États-Unis fassent des concessions « correspondantes ».

Il ne s’agira pas d’un processus unilatéral dans lequel le Nord renoncerait à son arsenal nucléaire sans engagement réciproque de Washington. Kim n’a pas précisé ce qu’il souhaite de la part des Américains. Mais il est à imaginer que cela implique des garanties de sécurité de la part des États-Unis sous forme d’un traité de paix qui mettrait un terme définitif à la guerre de Corée.

La Corée du Nord voudrait également que les exercices militaires annuels des États-Unis avec la Corée du Sud, que Pyongyang a toujours considérés comme une menace à sa sécurité, cessent définitivement. En outre, si les deux Corées normalisent leurs liens et entament un processus de réunification, les forces américaines présentes en Corée du Sud — quelques 28 000 hommes — seront obligées de s’en retirer.

Trump et Pompeo semblent avoir beaucoup évolué par rapport aux exigences de dénucléarisation rapide, « complète, vérifiable et irréversible » de la Corée du Nord qui avaient auparavant été formulées. L’administration Trump, ce qui est peut-être surprenant, a fait preuve de souplesse et semble disposée à rétablir la confiance.

Il est étonnant de constater à quel point les relations se sont améliorées ces derniers mois. L’année dernière, à la même époque, Trump avait prononcé un discours belliciste incendiaire devant l’Assemblée générale des Nations Unies, dans lequel il qualifiait le président Kim « d’homme-canon » et s’engageait à « totalement détruire » le pays s’il menaçait les États-Unis avec ses missiles balistiques intercontinentaux.

Kim était souvent tout aussi combatif, notamment en traitant Trump de « sénile » et en le menaçant avec la rhétorique nord-coréenne habituelle sur un « océan de feu ».

De nombreuses personnes dans le monde craignaient une guerre nucléaire. Mais tout a changé lorsque Kim a tendu une main amicale au président sud-coréen Moon au début de l’année et parlé d’unité nationale. Moon, qui a une longue expérience de travail pour la détente entre les deux États, a rapidement rendu la pareille – Moon a été élu en mai 2017 sur la promesse de travailler à la paix avec le Nord.

En avril de cette année, les deux dirigeants coréens ont tenu un sommet historique dans la zone démilitarisée, lors d’une cérémonie où ils ont planté des arbres avec de la terre et de l’eau prises des deux côtés de la frontière.

C’est Moon qui a ensuite facilité le réchauffement entre Trump et Kim, qui a culminé avec le sommet de Singapour en juin – la première rencontre entre un président américain en exercice et un leader nord-coréen.

La semaine prochaine, le président sud-coréen doit rencontrer Trump lors de l’Assemblée générale des Nations unies, où il devrait donner des détails sur les concessions que la Corée du Nord demande de la part des États-Unis avant d’entamer le processus de dénucléarisation.

La balle est dans le camp américain. Trump doit apporter des changements concrets à la politique américaine à l’égard de la Corée. Une déclaration visant à mettre fin à la guerre de Corée serait un début attendu depuis longtemps pour assurer la sécurité de la Corée du Nord et rétablir la paix dans la péninsule.

Mais Trump doit aller plus loin. Jouer les durs avec Pyongyang ne marchera pas. L’assouplissement des sanctions punitives à l’encontre de la Corée du Nord en reconnaissance des mesures concrètes de démantèlement de son arsenal nucléaire semblerait un bon début.

Le danger, c’est que le processus pourrait être saboté par deux factions à Washington, d’abord celle des militaristes et des planificateurs impériaux, qui s’opposeront au retrait américain de la péninsule coréenne. Cette présence militaire américaine, vieille de plusieurs décennies, ne vise pas à « protéger la Corée du Sud », mais à projeter la puissance américaine dans la région Asie-Pacifique, notamment contre la Chine et la Russie.

La deuxième faction qui pourrait faire dérailler les perspectives de paix est l’establishment politique anti-Trump dominé par les Démocrates et leurs partisans des médias. Cette faction déteste tout ce qui concerne Trump, peu importe que ce soient de bonnes choses comme dans la diplomatie avec la Corée du Nord. Accordons à Trump d’avoir réussi à donner une chance à la paix avec Kim Jong-un.

Pourtant, la brigade anti-Trump n’a pas l’air ravie. Le New York Times a titré cette semaine : « Les nouvelles promesses nucléaires de la Corée du Nord ne satisfont pas encore aux exigences américaines ».

Un autre opposant était le Washington Post, qui s’est moqué de la politique de « pression maximale » de Trump et a déclaré, « la Corée du Nord est maintenant sous pression minimale » pour dénucléariser le pays.

De la même manière que le président Trump est empêché par ses ennemis nationaux de normaliser les relations des États-Unis avec la Russie, il pourrait s’avérer que ses offres de paix à la Corée du Nord soient également bloquées. Ce serait certainement une façon perverse d’empêcher la fin d’un conflit historique.

Néanmoins, indépendamment des tactiques américaines, le peuple coréen, du Nord comme du Sud, semble plus que jamais déterminé à façonner son propre destin. Ils essaieront de mettre fin à la guerre, quoi qu’en dise Washington. L’époque des intimidations américaines est sur le déclin.

Finian Cunningham

Traduction Entelekheia

Source :
21 septembre 2018
Korea’s historic peace move puts onus on Washington to end conflict


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