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Oui, les Gaulois sont réfractaires au changement…
et ils ont raison !
par ROLAND HUREAUX

samedi 15 septembre 2018, par Comité Valmy


Oui, les Gaulois sont réfractaires au changement…
et ils ont raison !

Ce qu’on appelle « réformes » constitue souvent des effets de mode irréfléchis. Leur point commun est de bouleverser sans aucun profit ce qui avait rendu de grands services, plaide l’essayiste*, crânement conservateur. HUREAUX, ROLAND

En visite au Danemark, le président Macron s’est gaussé des « Gaulois réfractaires au changement ». L’idée n’est pas nouvelle. On répète depuis des décennies que la France serait un pays irréformable. L’argumentation courante peut être ainsi résumée : les réformes à accomplir pour redresser le pays sont connues. Malheureusement, le peuple résiste par attachement aux privilèges et en raison d’un corporatisme désuet. Après avoir tant tergiversé, il nous faut enfin un gouvernement assez courageux pour passer en force.

Mais à quelles réformes les Français résistent-ils ? À peu près aux mêmes depuis vingt, trente voire cinquante ans, décidées par une bureaucratie française ou européenne qui ne doute pas de sa légitimité : pour elle, les résistances, quelles qu’elles soient, sont à rejeter dans les ténèbres de l’irrationnel et des égoïsmes catégoriels. Or, les réformes ainsi promues sont en fait le ressassement, dans chaque domaine, de deux ou trois idées simplistes.

Et si ces idées qui inspirent l’action publique n’étaient pas si bonnes que le croient leurs promoteurs ? Et s’il y avait dans les résistances plus de raison qu’on ne pense ?

Prenons l’exemple de l’organisation territoriale. Les 36 000 communes sont une tare française, entend-on de tous côtés. Il faut les regrouper, promouvoir des intercommunalités de plus en plus larges et si possible leur fusion en « communes nouvelles ». Or, à partir de 1992 et surtout depuis le début des années 2000, l’intercommunalité, supposée engendrer des économies, s’est traduite par le recrutement de plus de 300 000 agents publics tandis que les effectifs des communes, loin de décroître, ont continué d’augmenter.

La fusion des régions décidée par François Hollande a elle aussi engendré des dépenses nouvelles, à une échelle beaucoup plus modeste. Les politiques et l’administration ignorent cette loi fondamentale de toute fusion des structures dans la sphère publique : 2 + 2 = 5. Ces fusions dont on attend des économies se traduisent toujours par des surcoûts.

N’en doutons pas, la fusion des régimes de retraite risque d’avoir le même effet. Par ailleurs, s’agissant de la santé, l’idée de transférer une partie du risque maladie à l’assurance privée est dans l’air depuis quarante ans. François Fillon l’avait, fort imprudemment, intégrée à son programme, ce qui n’a pas fait peu pour le disqualifier - car la droite n’est naturellement pas exempte de ces idées fixes. Or, en France, le régime général d’assurance-maladie peut avoir un coût moyen de gestion inférieur à celui des mutuelles.

En matière de services publics, l’ouverture généralisée à la concurrence a été imposée par de nombreuses directives européennes. Des économistes très qualifiés, par exemple Élie Cohen, ont pourtant montré qu’il existe, dans certains cas, là où ont été construits des réseaux matériels (électricité, chemin de fer), ce qu’on appelle des monopoles naturels, rendant préférable une organisation intégrée appelant un contrôle public.

Pour tout arranger, ces réformes qu’on vante tant, quand elles aboutissent, mettent presque toujours le plus grand désordre dans des organisations qui fonctionnaient bien jusqu’alors. Considérons ce qu’est devenu le renseignement téléphonique. La gendarmerie, l’administration centrale et les services déconcentrés du ministère des Finances sont gravement désorganisés. C’est ce qui guette aussi le chemin de fer.

Tout se passe comme si nos dirigeants tenaient le raisonnement suivant : les institutions européennes nous demandent des réformes, faisons-en, bonnes ou mauvaises, qu’importe.

À l’inverse, les vrais problèmes : immigration, délinquance, croissance des dépenses publiques ne sont abordées que de manière cosmétique.

Tout cela, les Français le sentent confusément. Les « Gaulois » freinent des quatre fers et résistent à des changements dont ils devinent au fond d’eux-mêmes qu’ils ne servent à rien. Contrairement à ce que croit Emmanuel Macron, une réforme vraiment utile et bien expliquée emporterait leur adhésion. Mais en a-t-il dans les cartons ?

En définitive, l’urgence n’est pas de réformer la France mais de réformer la rigidité intellectuelle des réformateurs. Inaptes à appréhender la complexité, nos décideurs combinent l’arrogance avec le conformisme. Louis Althusser avait montré comment toute organisation sécrétait son idéologie, pour ne plus en démordre. Le vrai mal français est là.

Il fut un temps où, aux idées trop simples, des hommes politiques chevronnés, à la fois parlementaires et maires, combinant l’expérience du terrain et la connaissance des problèmes, savaient résister. En existe-t-il encore ? En tout cas, tout est fait aujourd’hui pour les affaiblir. La réduction du nombre des députés voulue par le président est un signal clair envoyé au pays : ils ne servent à rien, l’administration s’en tirerait aussi bien si elle gouvernait directement !

Emmanuel Macron a été présenté, au moment de son élection, comme le président de « la dernière chance de réformer le France ». Et s’il était plutôt la dernière chance d’une technocratie de lui imposer ses lubies ? Pour notre plus grand malheur.

ROLAND HUREAUX
12 septembre 2018

* Ancien élève de l’École normale supérieure et de l’École nationale d’administration, Roland Hureaux a été le collaborateur de Philippe Séguin. Il est notamment l’auteur de Les Nouveaux Féodaux, l’erreur de la décentralisation (Gallimard, 2004).


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