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Etats-Unis : l’affaire Cohen
ou le jusqu’auboutisme anti-Trump
par Karine Bechet-Golovko

mardi 28 août 2018, par Comité Valmy


Etats-Unis : l’affaire Cohen
ou le jusqu’auboutisme anti-Trump

L’affaire Cohen défraie la chronique depuis une semaine, d’aucuns s’extasient sur les "révélations" de l’ancien avocat du Président américain, espérant en sous-main l’apparition d’une procédure d’impeachment qui tomberait à point nommé avant les élections de mi-mandat qui s’annoncent difficiles pour les démocrates. Mais personne ne semble choqué par la remise en cause de la relation avocat-client qu’implique cette affaire, pourtant au socle des valeurs américaines. Pourquoi le système politique américain est-il prêt à remettre en cause ses valeurs, à se discréditer, quitte à sombrer lui-même espérant dans ce suicide collectif entraîner le président Trump ?

Un scandale qui tombe à pic

L’ancien avocat de Donald Trump, Michael Cohen, a conclu un accord avec la justice américaine et plaide coupable. Il a ainsi donné des informations concernant le paiement par Trump de deux femmes avec lesquelles Trump a eu des relations sexuelles :


Michael Cohen, l’ex-avocat personnel de Donald Trump, a plaidé, mardi 21 août, coupable de huit chefs d’accusation : cinq pour fraude fiscale, deux pour violation des lois sur le financement des campagnes électorales et un pour fraude bancaire.


Lors d’une audience au tribunal fédéral de Manhattan, il a, en outre, déclaré avoir payé deux femmes affirmant avoir eu une liaison avec M. Trump, « à la demande du candidat », et « avec l’intention d’influencer l’élection »présidentielle 2016. Interrogé par le juge William Paule, il a affirmé leur avoir versé des sommes de 130 000 et 150 000 dollars en échange de leur silence.

L’on parle de faits qui n’ont pas eu lieu lors de la campagne, mais qui se situent vers ... 2006. Il y a 12 ans. Et qui ressortent - maintenant. Trump accuse son ex-avocat de mensonges : rien n’a été fait à sa demande et les fonds ne concernent pas la campagne :


Contredisant le témoignage sous serment de Michael Cohen, Donald Trump a déclaré mercredi sur Fox News qu’il n’avait pris connaissance que "plus tard" des paiements versés aux deux femmes.


"Ce n’est même pas une infraction" aux lois électorales", a-t-il affirmé. Les fonds "ne venaient pas de l’équipe de campagne, ils venaient de moi".


Son ancien lieutenant a "cédé" face à la pression des enquêteurs, avait plus tôt dénoncé M. Trump dans un tweet, accusant le juriste d’avoir "inventé des histoires afin d’obtenir" son accord de négociation de peine.


Donald Trump a aussi ironisé : "Si quelqu’un cherche un bon avocat, je suggère fortement que vous ne vous attachiez pas les services de Michael Cohen !"

C’est certainement immoral de coucher avec des actrices pornos ou des playmates, de leur donner de l’argent pour qu’elles se taisent, mais quel est le rapport avec l’élection de 2016, avec la légalité ? Deux adultes consentants font ce qu’ils veulent. L’on pourrait même voir les choses d’un autre point de vue : pourquoi des femmes, 12 ans plus tard, veulent faire des révélations sur leurs relations avec un de leurs nombreux amants, justement lorsque celui-ci se présente à la présidence ? Ca ne ressemble pas un petit peu à du chantage ?

Il faut dire que tout cela tombe à pic. Lorsque les élections de mi-mandat s’approchent et que les républicains sont donnés favoris. Les résultats économiques sont là, ce qui finalement intéresse plus la population : une hausse du PIB de 4,1%. Ce qui ne s’était pas vu depuis 2014. Et Trump garde la confiance de son parti et de sa base.

Deux questions se posent :

Quid de la relation avocat-client ?

La première question est celle de la sacrosainte relation entre l’avocat et son client. Dans le système libéral, elle est comparable à celle qu’il est possible d’avoir dans un système traditionnel avec un prêtre : vous pouvez tout lui dire, car rien ne sortira.

Le secret est la base de la confiance. Or, dans un système social fondé sur le business et ultrajudiciarisé comme l’est le système américain, l’attitude de Cohen, encouragée par les enquêteurs et la justice, qui a enregistré son client à son insu, qui viole le secret de son client pour le marchander à ses propres fins, remet en cause un des fondements de la société américaine. Ce qui, semble-t-il, n’est remarqué par aucun analyste ...

Car la vision n’est pas systémique, elle est conjoncturelle, la fin justifiant les moyens : faire tomber Trump - à n’importe quel prix ?

Quel prix le système américain
est-il prêt à payer
pour faire tomber Donald Trump ?

La question n’est pas rhétorique. Trump est une "erreur" du point de vue de la logique politique électorale américaine. Dans tout pays, les élections doivent permettre un renouvellement des visages, pour que la population ne se lasse pas, mais pas un changement idéologique et certainement pas un renouvellement des élites. Les élites dirigeantes sont un corps idéologiquement homogène, dont les représentants se succèdent aux différentes élections.

Si à chaque élection les élites changeaient, le pays serait ingouvernable en raison de l’impossibilité de prévoir ce qui se passera, de l’impossibilité de mettre en place des politiques à long terme. Il y a certes des changements, mais pas sur le cours fondamental de la politique. Ils sont techniques, augmenter ou baisser le taux d’impôt, changer la limitation de vitesse, etc. Ils ne peuvent pas remettre en cause les axes stratégiques, ils doivent au contraire les renforcer. Ce que fait par exemple Macron en France en renforçant l’idéologie néolibérale portée par l’Union européenne, quitte à être impopulaire, car sa véritable mission est portée par ces élites, non par les Français.

Or, l’arrivée de Trump aux Etats-Unis a remis en cause les axes stratégiques et idéologiques du système politique gouvernant : remise en cause de traités de globalisation (économiques, climatique etc.), du culte des minorités (homosexuelles, ethniques, etc.). S’il devait rester longtemps au pouvoir, cela deviendrait dangereux pour l’existence même de cette élite qui garde encore le pouvoir institutionnel, comme cela se voit avec la presse et la justice.

Et justement pour garder le pouvoir, cette élite est obligée de remettre en cause le "voile de protection" qui lui permettait d’agir en coulisses tout en gardant les apparences. Apparence de la liberté - et de la diversité - de la presse qui a volé en éclats, tous les médias sont anti-Trump. Apparence de l’indépendance absolue de la justice, que l’on voit instrumentalisée contre Trump. Maintenant, vole en éclats la sacrosainte relation avocat-client, fondamentale dans la société américaine.

Dans le même temps, l’on remarque bien que tout ça tourne en rond. C’est comme si le système politique américain avait buggué en 2016, s’était arrêté et, incapable d’avancer, cherchait à réécrire l’histoire, le moment où il a perdu le contrôle absolu . D’où cet acharnement sur une mythique collusion de Trump avec la Russie. Clinton et les démocrates ne peuvent pas avoir perdu en raison de leur faiblesse ou du rejet populaire, il faut donc un responsable extérieur. Le système idéologique ne peut être remis en cause. Alors il buggue et revient inlassablement sur la même période. Or, l’on arrive aux élections de mi-mandat et les républicains continuent à avancer, et Trump n’a toujours pas d’impeachment. Bientôt il y aura les nouvelles élections présidentielles et les démocrates seront toujours bloqués sur 2016.

Dans tous les cas, les démocrates et le système idéologique qu’ils représentent sont dans l’impasse. S’ils font tomber Trump ainsi, ils peuvent faire chuter avec eux les Etats-Unis dans sa version idéologique 2016 - ce qui a été est déjà passé et ne reviendra jamais -, soit Trump est réélu et avec un deuxième mandat ils s’écrouleront de toute manière.

Karine Bechet-Golovko
lundi 27 août 2018

Russie politics


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