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L’ennemi commun des peuples

Nouvelles sanctions américaines contre la Russie :
quelle place pour la dissidence internationale ?
par Karine Bechet-Golovko

dimanche 5 août 2018, par Comité Valmy


Nouvelles sanctions américaines contre la Russie :
quelle place pour la dissidence internationale

Les Etats-Unis viennent d’adopter de nouvelles sanctions contre la Russie, ou plutôt contre une petite banque russe qui aurait offert ses services au représentant d’une banque nord-coréenne - basé à Moscou. Le département américain du Trésor porte haut le drapeau du gendarme international, question de principe, qui oblige à s’interroger à la marge de manoeuvre de la Russie dans ce Concert des Nations.

Nous étions habitués aux sanctions liées à la guerre civile ukrainienne, aux accusations non prouvées d’ingérence dans les affaires intérieures américaines par la Russie, aux préoccupations américaines de lutte contre la corruption ... en Russie, etc. Le Trésor américain vient d’élargir la palette et d’adopter des sanctions contre une banque privée russe, la Agrosyuz Commercial Bank, pour avoir effectué une importante transaction pour le compte du représentant à Moscou de la Banque nord-coréenne du commerce extérieur, qui se trouve - et c’est là l’élément-clé - sous sanctions américaines. Ainsi que contre les sanctions adoptées par l’ONU :

The United States will continue to enforce UN and U.S. sanctions and shut down illicit revenue streams to North Korea. Our sanctions will remain in place until we have achieved the final, fully-verified denuclearization of North Korea,” said Treasury Secretary Steven Mnuchin.

Il faut rappeler que les relations commerciales entre ces banques russe et nord-coréenne durent depuis 2009 et le volume des transactions pèse plusieurs millions de dollars. Mais entre-temps, la Russie a voté la résolution de l’ONU contre la Corée du Nord, faisant l’espace d’un instant partie du clan du "Bien".

Donc, il faut l’appliquer. Et respecter les sanctions américaines. Comment la Russie aurait-elle osé ne pas respecter les sanctions adoptées par les Etats-Unis à l’égard de personnes ressortissant d’un Etat tiers ? Alors que les autres pays sont tellement dociles, même si parfois ils s’offusquent un instant, ils finissent toujours par s’aplatir respectueusement, c’est-à-dire revenir à la place que le Gendarme du monde laisse à ses "partenaires". Regardez la manière dont les pays européens perdent poliment le marché iranien. Aucune exception ne peut être acceptée, car s’il est une seule fois possible de passer outre aux sanctions américaines, le système de contraintes unilatérales va s’écrouler.

En plus de cela, la représentante des Etats-Unis à l’ONU s’insurge contre la politique russe à l’égard de la Corée du Nord, puisque celle-ci continue à accorder des visas de travail à ses ressortissants, en violation des sanctions adoptées dans le cadre de l’ONU.

Si le vice-ministre russe des affaires étrangères, Riabkov, souligne avec raison que cette politique de sanctions américaines n’aura pas pour effet de remettre en cause la ligne politique russe, qu’elle ne pourra que détériorer les relations russo-américaines déjà à leur plus bas niveau historique, il faut s’interroger sur la ligne politique à tenir par la Russie dans les organes internationaux. Voter les sanctions contre la Corée du Nord n’entrait pas directement dans les intérêts russes, surtout que le pays ne présente en réalité aucun danger particulier, que la possession d’armes, même atomiques, est sa seule condition de survie - physique. C’est-à-dire de ne pas être rasé de la surface de la Terre. Le régime n’est pas démocratique ? Soit, ils sont de plus en plus nombreux à ne pas (plus) l’être. Et à la différence de l’Arabie Saoudite, il ne finance pas de groupes terroristes qui viennent nous attaquer. La Russie a voté cette résolution en pensant faire ainsi partie intégrante du Concert des Nations. Cette résolution se retourne contre elle. A la différence des Etats-Unis ou des autres pays occidetaux du Conseil de sécurité, la Russie avait quelque chose à perdre.

C’est un détail, mais symbolique, un détail qui doit faire réfléchir à la possibilité pour la Russie aujourd’hui d’être acceptée dans la communauté internationale sans avoir à payer le prix fort, c’est-à-dire celui de sa souveraineté, le droit d’avoir et de défendre ses intérêts propres, nationaux et extérieurs. Ce système globalisé et américano-centré ne laisse aucune place pour la dissidence internationale. Sinon, il ne serait plus global.

Karine Bechet-Golovko
samedi 4 août 2018

Russie politics


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