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Aprés le sud de la Syrie, l’armée Syrienne se dirigera vers les villes de Fua et Kfarya : L’astucieux Erdogan, nouveau sultan de la Turquie, domine l’échiquier moyen-oriental (2/3) - Elijah J. Magnier | ايليا ج مغناير

mercredi 4 juillet 2018, par Comité Valmy


Aprés le sud de la Syrie, l’armée Syrienne
se dirigera vers les villes de Fua et Kfarya :
L’astucieux Erdogan, nouveau sultan de la Turquie,
domine l’échiquier moyen-oriental (2/3)

Malgré les nombreuses manœuvres astucieuses de la Turquie, il est encore trop tôt pour dire qu’elle ressort totalement victorieuse de la guerre syrienne (voir partie 1). Une fois terminée la bataille en cours au sud de la Syrie, la guerre sera pratiquement terminée sauf au nord, où se trouvent aujourd’hui deux forces d’occupation : les USA et la Turquie. L’armée syrienne est déterminée à éliminer toutes les poches isolées encore aux mains des djihadistes et d’autres militants, la politique visant un « changement de régime » a échoué et aucune force ne peut déséquilibrer l’autorité du gouvernement central à Dama. Sauf que les deux pays qui occupent le nord de la Syrie n’ont pas l’intention de partir de sitôt.

Le premier groupe d’occupants, ce sont les Américains qui contrôlent (et bloquent) le principal passage frontalier commercial entre la Syrie et l’Irak à al-Tanf , sans que leur intérêt national en retire le moindre avantage. C’est que les USA ne veulent pas que les deux pays tirent profit du commerce et de l’échange de biens qui pourraient rapporter à chacun des centaines de milliards de dollars par an. L’Irak et la Syrie sortent tous les deux d’une longue guerre destructrice contre le terrorisme et ont besoin de renflouer leurs coffres en rétablissant leurs échanges commerciaux.

C’est en octobre 2017 que les USA ont mis fin à la bataille de Raqqa. Depuis, les forces US se sont abstenues d’éliminer Daech à l’est de l’Euphrate, pour que le groupe terroriste puisse continuer à lancer des attaques sur une route secondaire (mais la seule disponible) entre Albou Kamal et al Qaem, qui relie la Syrie et l’Irak.

Les USA contrôlent aussi la province d’Hassaké et une partie de la province de Deir Ezzor, riche en pétrole et en gaz, en utilisant les Kurdes comme boucliers humains pour protéger leurs forces. Damas considère les forces US comme les occupants les plus dangereux, car ils possèdent le potentiel militaire et les capacités financières pour déstabiliser non seulement la Syrie, mais aussi l’Irak, le Liban et l’Iran. Depuis l’arrivée des forces russes en Syrie, en réponse à la demande du gouvernement syrien en septembre 2015, Washington est très préoccupé par le maintien de son hégémonie mondiale et de sa domination sur le Moyen-Orient.

La seconde force d’occupation qu’est la Turquie apparaît moins dangereuse que les forces US, mais n’a pas exprimé non plus son intention de quitter la Syrie bientôt. La présence turque au nord a servi les intérêts de la Syrie quand l’armée syrienne était occupée à combattre dans d’autres parties du pays. La Russie, l’Iran et la Syrie ont convenu de diviser la Syrie en zones de priorité. La Turquie a pris une lourde charge de son propre chef en s’opposant à la création d’un État kurde régi par les USA, le long de la frontière entre la Turquie et la Syrie.

Le président Erdogan est parvenu à empêcher les forces US de créer un État kurde (le Rojava) s’étalant du nord-est (Hassaké) au nord-ouest (Afrin). La Turquie a créé une brèche dans le plan américain d’occuper tout le secteur nord en poussant ses forces vers Jarablous, en évinçant les forces kurdes d’Afrin, puis en tordant le bras des Américains pour qu’ils éloignent leurs mandataires kurdes de Manbij.

De plus, les forces d’Ankara ont établi des postes d’observation statiques, convenus à Astana entre la Russie, l’Iran et la Turquie, de Tal al-Iss à Idlib et ses environs, qui servent de ligne de démarcation entre l’armée syrienne et les djihadistes au nord.

En réponse à une demande russe à Astana, au Kazakhstan, la Turquie s’est chargée d’éliminer tous les extrémistes de la zone sous son influence directe, y compris ceux d’al-Qaeda qui sont toujours basés dans la ville d’Idlib.

Après avoir repris le contrôle du sud de la Syrie à la frontière avec Israël (les hauteurs du Golan occupé) et la Jordanie (le passage frontalier de Nassib), le gouvernement central à Damas va pousser son armée vers le nord occupé. Les Américains ont beau être perçus par le gouvernement syrien comme la véritable menace au Levant, Damas n’aura évidemment pas la possibilité d’affronter les USA directement et la Russie n’est pas intéressée ou prête à s’engager dans une guerre mondiale élargie.

La Syrie devrait ainsi exercer des pressions diplomatiques auprès des USA et de l’ONU, puis soutenir la résistance locale contre les forces occupantes. Les USA seront cernés s’ils restent dans le territoire qu’ils occupent sans objectif stratégique autre que d’assurer un soutien tactique à l’armée de l’air israélienne, qui a utilisé leurs installations militaires à de nombreuses reprises pour bombarder l’armée syrienne et ses alliés.

L’armée syrienne devrait donc se concentrer sur la présence des djihadistes autour d’Idlib. En premier lieu, il y a les villes assiégées de Kafraya et de Foua, sporadiquement attaquées par les djihadistes qui les encerclent. La libération de ces villes a été remise à plus tard à la suite d’une requête russe pour donner la possibilité à la Turquie d’étendre son contrôle sur l’ensemble des djihadistes. Une différence existe entre la Russie et la Syrie en ce qui a trait à la question turque : la Russie ne veut pas s’engager elle-même contre les forces turques, mais elle va soutenir le gouvernement syrien si les djihadistes l’attaquent.

La priorité du président Erdogan pendant son nouveau mandat sera de s’occuper de l’économie intérieure. L’engagement de ses forces dans une guerre contre les forces syriennes en territoire syrien n’aura pas d’effet positif sur les affaires de l’État turc. C’est une chose pour la population et les partis de la Turquie de s’entendre afin d’empêcher la création d’un État kurde à la frontière turque (en raison de son importance pour la sécurité nationale d’Ankara), mais c’est une tout autre chose que de s’engager dans une guerre à grande échelle contre le gouvernement syrien, dont les forces sont déterminées à récupérer le territoire qui leur appartient.

Le président Erdogan devra négocier avec le président Assad. Mais c’est loin d’être fait, en raison des milliers de djihadistes qui sont toujours contenus par un petit nombre de forces turques à Idlib. Comment vont-ils réagir ? Erdogan va-t-il les « adopter » en Turquie ? Le nouveau sultan à Ankara doit examiner soigneusement quelles seront les prochaines étapes à suivre en Syrie.

Elijah J. Magnier : @ejmalrai
3 juillet 2018

Traduction : Daniel G.

Elijah J. Magnier | ايليا ج مغناير
Middle East Politics


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